Lettre à l’inspecteur antiraciste

Salut Xavier Camus!

Je communique avec toi ici sur mon blogue au lieu de Facebook parce que ça va t’être plus facile que de demander à un ami de te faire une capture d’écran, étant donné que tu m’as bloqué sur Facebook. Mais tu dois te demander pourquoi je suis aussi gentil…

Eh! bien! c’est que j’ai lu une de tes publications où tu parles du groupe que j’ai créé sur Facebook (Boycottons le Festival de jazz de Montréal #JeSuisSLAV) et j’ai trouvé que tu t’es amélioré. Même si tu réduis tous les membres du groupe à la catégorie « droite identitaire » sur une base discutable, tu n’as tout de même pas été jusqu’à nous qualifier d’« extrême-droite ». Même s’il te manquait seulement un tout petit pas pour y arriver. Tu t’es visiblement gardé une petite gêne et je t’en félicite.

Pour t’encourager à poursuivre dans cette voie, je vais m’excuser de t’avoir traité de « nabot intellectuel ». Ce n’était pas chic de ma part… J’avais beau être fâché contre toi. J’avais beau être en furie de m’être fait bloquer après avoir tout simplement voulu discuter calmement d’un litige entre nos deux points de vue. Rien de tout ça ne pouvait justifier un coup aussi bas de ma part. Mea culpa. Par contre, je tiens à t’offrir plus et mieux.

Je sais que tu es un prof de philo, alors j’aimerais contribuer. Donc, je t’offre un petit cours en accéléré sur l’antiracisme. J’espère que ça te servira, que ça te fera voir les choses plus grandement. Trêve de bavardage, je me lance!

Le cours : première partie

Dans le monde occidental, l’antiracisme traditionnel œuvrait essentiellement pour l’inclusion des groupes minoritaires dans le groupe majoritaire. Ce que la ségrégation ou tout autre système discriminatoire empêchait. (Je fais cette distinction pour rappeler que le racisme dans le monde occidental ne se résume pas à ce qui s’est passé au États-Unis, même si cet exemple est parfois bien utile.)

Ces antiracistes voulaient faire disparaître ces murs érigés par les arguments en faveur du bien-fondé des catégories raciales et de leur classement. Alors que ce classement avait pour but de permettre de juger de la valeur des individus inclus dans ces catégories. Comme de juger de la valeur de ces catégories. Pour permettre de justifier des discriminations envers les minorités non blanches.

En somme, cet antiracisme travaillait à faire disparaître l’importance de la couleur de la peau dans les rapports sociaux.

Alors que pour l’antiracisme actuel, il y a eu, on ne comprend pas trop comment, un retournement de situation. Celui-là oeuvre essentiellement pour l’auto-exclusion des groupes minoritaires du groupe majoritaire (entre autres, triste réalité, parce que des membres du groupe majoritaire sont toujours racistes, malgré le travail des antiracistes traditionnels).

Pour y arriver, cet antiracisme érige un mur entre la catégorie raciale blanche majoritaire et les autres – ceci en y incluant dorénavant la catégorie religio-culturelle. Et cela, pour pouvoir juger de la valeur des individus dans ces catégories selon un filtre victimaire : pour avoir de la valeur, une personne « racisée » doit s’identifier comme étant victime de racisme et une personne blanche doit acquiescer à cette victimisation (il faut noter ici que s’identifier comme étant victime de racisme n’est pas nécessairement en être victime dans les faits). Alors, ce filtre crée un autre mur – transcendant étrangement les catégories raciales – entre les tenants de ce nouvel antiracisme et les autres. Ce qui fait en sorte que dans cette nouvelle dynamique de séparation des races, pour ne pas dire de « ségrégation », un antiraciste blanc a plus de valeur qu’un noir qui n’adhère pas à ses idées. Comme un noir antiraciste a plus de valeur qu’un blanc qui ne l’est pas (en tout cas, pas selon ses termes actuels, alors qu’il peut tout à fait l’être selon l’antiracisme traditionnel).

En somme, cet antiracisme travaille à faire réapparaître l’importance de la couleur de la peau (et de la religion et de la culture) dans les rapports sociaux.

Deuxième partie

Autrement expliqué, en se servant de l’exemple états-unien, selon les antiracistes traditionnels, on pouvait considérer raciste quelqu’un qui se rendait dans une réunion du KKK. Et avoir minimalement un sentiment de suspicion envers quelqu’un qui allait voir un spectacle mettant entre autres en scène des comédiens blancs, peinturlurés, personnifiant des personnages noirs, parce qu’il n’était pas question que des noirs se mélangent à des blancs.

Alors que toute évidence, selon les antiracistes actuels, en se servant de l’exemple québécois, on peut considérer raciste quelqu’un qui se rend dans une réunion pour la laïcité de l’État. Tout comme quelqu’un qui va voir un spectacle mis en scène par un blanc, et dont la vedette principale est blanche, parce qu’il est entre autres au sujet de l’esclavage des noirs états-uniens et que culturellement sa matière première est certains de leurs chants.

En conclusion

Au-delà de trouver des victimes et des coupables, il faut se demander ce que ça donne comme résultat. Les nouveaux antiracistes auront beau justifier la légitimité de leurs recherches, il reste qu’au bout du compte le résultat n’est pas une plus grande paix sociale. Même qu’il est, pour certains individus plus fragiles, une raison de plus de sombrer dans le malheur, puisque cet antiracisme magnifie l’apparence d’inégalités, autant pour ceux qui peuvent se sentir victimes de racisme que pour ceux qui ont à coeur de les défendre.

Là où l’antiracisme traditionnel faisait œuvre utile en dénonçant le racisme direct, l’antiracisme actuel, en ajoutant et même en mettant au centre de ses revendications le racisme indirect, dilue son combat contre le racisme direct, le seul qui peut être pourfendu devant notre système de justice et trouvé à être prévenu légitimement par les instances gouvernementales.

Alors, s’il faut comprendre que les antiracistes actuels voudraient que le système de justice et les instances gouvernementales se transforment au point de punir le racisme indirect malgré la grande difficulté d’y arriver – comment par exemple prouver hors de tout doute l’incidence directe du racisme d’antan sur une personne « racisée » d’aujourd’hui en excluant totalement l’apport de sa propre subjectivité? -, les antiracistes traditionnels comme moi peuvent tout à fait avoir peur que l’arbitraire prenne le pas sur la liberté à un point liberticide. Et que les racistes, enfin ceux que nous combattons conjointement, y trouvent une raison de plus de hausser le ton. Si ce n’est, de passer à un niveau supérieur de violence.

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