Lettre à l’inspecteur antiraciste

Salut Xavier Camus!

Je communique avec toi ici sur mon blogue au lieu de Facebook parce que ça va t’être plus facile que de demander à un ami de te faire une capture d’écran, étant donné que tu m’as bloqué sur Facebook. Mais tu dois te demander pourquoi je suis aussi gentil…

Eh! bien! c’est que j’ai lu une de tes publications où tu parles du groupe que j’ai créé sur Facebook (Boycottons le Festival de jazz de Montréal #JeSuisSLAV) et j’ai trouvé que tu t’es amélioré. Même si tu réduis tous les membres du groupe à la catégorie « droite identitaire » sur une base discutable, tu n’as tout de même pas été jusqu’à nous qualifier d’« extrême-droite ». Même s’il te manquait seulement un tout petit pas pour y arriver. Tu t’es visiblement gardé une petite gêne et je t’en félicite.

Pour t’encourager à poursuivre dans cette voie, je vais m’excuser de t’avoir traité de « nabot intellectuel ». Ce n’était pas chic de ma part… J’avais beau être fâché contre toi. J’avais beau être en furie de m’être fait bloquer après avoir tout simplement voulu discuter calmement d’un litige entre nos deux points de vue. Rien de tout ça ne pouvait justifier un coup aussi bas de ma part. Mea culpa. Par contre, je tiens à t’offrir plus et mieux.

Je sais que tu es un prof de philo, alors j’aimerais contribuer. Donc, je t’offre un petit cours en accéléré sur l’antiracisme. J’espère que ça te servira, que ça te fera voir les choses plus grandement. Trêve de bavardage, je me lance!

Le cours : première partie

Dans le monde occidental, l’antiracisme traditionnel œuvrait essentiellement pour l’inclusion des groupes minoritaires dans le groupe majoritaire. Ce que la ségrégation ou tout autre système discriminatoire empêchait. (Je fais cette distinction pour rappeler que le racisme dans le monde occidental ne se résume pas à ce qui s’est passé au États-Unis, même si cet exemple est parfois bien utile.)

Ces antiracistes voulaient faire disparaître ces murs érigés par les arguments en faveur du bien-fondé des catégories raciales et de leur classement. Alors que ce classement avait pour but de permettre de juger de la valeur des individus inclus dans ces catégories. Comme de juger de la valeur de ces catégories. Pour permettre de justifier des discriminations envers les minorités non blanches.

En somme, cet antiracisme travaillait à faire disparaître l’importance de la couleur de la peau dans les rapports sociaux.

Alors que pour l’antiracisme actuel, il y a eu, on ne comprend pas trop comment, un retournement de situation. Celui-là oeuvre essentiellement pour l’auto-exclusion des groupes minoritaires du groupe majoritaire (entre autres, triste réalité, parce que des membres du groupe majoritaire sont toujours racistes, malgré le travail des antiracistes traditionnels).

Pour y arriver, cet antiracisme érige un mur entre la catégorie raciale blanche majoritaire et les autres – ceci en y incluant dorénavant la catégorie religio-culturelle. Et cela, pour pouvoir juger de la valeur des individus dans ces catégories selon un filtre victimaire : pour avoir de la valeur, une personne « racisée » doit s’identifier comme étant victime de racisme et une personne blanche doit acquiescer à cette victimisation (il faut noter ici que s’identifier comme étant victime de racisme n’est pas nécessairement en être victime dans les faits). Alors, ce filtre crée un autre mur – transcendant étrangement les catégories raciales – entre les tenants de ce nouvel antiracisme et les autres. Ce qui fait en sorte que dans cette nouvelle dynamique de séparation des races, pour ne pas dire de « ségrégation », un antiraciste blanc a plus de valeur qu’un noir qui n’adhère pas à ses idées. Comme un noir antiraciste a plus de valeur qu’un blanc qui ne l’est pas (en tout cas, pas selon ses termes actuels, alors qu’il peut tout à fait l’être selon l’antiracisme traditionnel).

En somme, cet antiracisme travaille à faire réapparaître l’importance de la couleur de la peau (et de la religion et de la culture) dans les rapports sociaux.

Deuxième partie

Autrement expliqué, en se servant de l’exemple états-unien, selon les antiracistes traditionnels, on pouvait considérer raciste quelqu’un qui se rendait dans une réunion du KKK. Et avoir minimalement un sentiment de suspicion envers quelqu’un qui allait voir un spectacle mettant entre autres en scène des comédiens blancs, peinturlurés, personnifiant des personnages noirs, parce qu’il n’était pas question que des noirs se mélangent à des blancs.

Alors que toute évidence, selon les antiracistes actuels, en se servant de l’exemple québécois, on peut considérer raciste quelqu’un qui se rend dans une réunion pour la laïcité de l’État. Tout comme quelqu’un qui va voir un spectacle mis en scène par un blanc, et dont la vedette principale est blanche, parce qu’il est entre autres au sujet de l’esclavage des noirs états-uniens et que culturellement sa matière première est certains de leurs chants.

En conclusion

Au-delà de trouver des victimes et des coupables, il faut se demander ce que ça donne comme résultat. Les nouveaux antiracistes auront beau justifier la légitimité de leurs recherches, il reste qu’au bout du compte le résultat n’est pas une plus grande paix sociale. Même qu’il est, pour certains individus plus fragiles, une raison de plus de sombrer dans le malheur, puisque cet antiracisme magnifie l’apparence d’inégalités, autant pour ceux qui peuvent se sentir victimes de racisme que pour ceux qui ont à coeur de les défendre.

Là où l’antiracisme traditionnel faisait œuvre utile en dénonçant le racisme direct, l’antiracisme actuel, en ajoutant et même en mettant au centre de ses revendications le racisme indirect, dilue son combat contre le racisme direct, le seul qui peut être pourfendu devant notre système de justice et trouvé à être prévenu légitimement par les instances gouvernementales.

Alors, s’il faut comprendre que les antiracistes actuels voudraient que le système de justice et les instances gouvernementales se transforment au point de punir le racisme indirect malgré la grande difficulté d’y arriver – comment par exemple prouver hors de tout doute l’incidence directe du racisme d’antan sur une personne « racisée » d’aujourd’hui en excluant totalement l’apport de sa propre subjectivité? -, les antiracistes traditionnels comme moi peuvent tout à fait avoir peur que l’arbitraire prenne le pas sur la liberté à un point liberticide. Et que les racistes, enfin ceux que nous combattons conjointement, y trouvent une raison de plus de hausser le ton. Si ce n’est, de passer à un niveau supérieur de violence.

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SLAV, Picasso, yoga et taches de rousseurs…

Hier, je suis tombé sur une publication Facebook d’un ami. Elle était ouverte seulement à ses « amis ». Voici pourquoi je ne le nommerai pas. Et en plus, il est un roux. (J’utilise sa rousseur à escient, vous comprendrez pourquoi plus tard.) Le plus important, c’est qu’il écrivait : comment fait-on pour s’approprier une culture? Picasso a-t-il fait disparaître l’art africain?

Ça m’a fait aussitôt penser à un conférencier, que j’ai écouté via YouTube, qui disait comment une économie basée essentiellement sur la connaissance serait supérieure à notre économie actuelle, basée essentiellement sur les biens matériels.

Parce qu’avec la connaissance – comme avec la culture -, contrairement à la matière, il n’y a pas de perte quand on la partage. On ne perd pas de connaissance en la partageant. Elle se dédouble et se dédouble. Elle est une ressource infinie. Il est donc possible d’avoir une économie basée sur la croissance infinie puisque le risque d’épuiser la ressource est nul. Et en plus, personne ne peut être lésé.

L’éclairage du succès

Alors, si Picasso s’est approprié la culture africaine, elle n’a tout de même rien perdu. Au contraire, elle s’est perpétuée. On a connu plus amplement l’existence de cette culture via cet artiste. Et si on considère qu’il y a eu une perte pour les Africains, c’est seulement dans un sens subjectif, interprétatif, lié à la nature étrangère de celui qui s’en est inspiré avec succès. Parce que, visiblement, il n’y a que le succès pour permettre de pointer l’éclairage sur cette inspiration. Ce qui me donne une bonne occasion ici de faire un lien avec la controverse à propos du spectacle SLAV, déprogrammé du FIJM : Betty Bonifassi s’est nourrie artistiquement des chants d’esclaves pendant une bonne vingtaine d’années, ce qui – oh! ironie – a même donné un spectacle au Festival international de jazz de Montréal, sans être inquiétée. Alors, on comprend bien son désarroi actuel…

Donc, un des problèmes avec cette idée d’appropriation culturelle, c’est qu’elle s’inspire de la logique de la dénonciation du capitalisme – ce capitalisme basé sur une économie de production de biens qui requiert en effet appropriation de matière et de force de production -, alors que la réalité de la culture est intangible, infiniment malléable et surtout, exponentielle.

Une vision propriétaire de la culture

Et si on regarde le terme « appropriation », on remarque son lien sémantique avec « propriété ». Cela parle beaucoup. On accuse le partage et l’influence interculturelle d’être du vol de propriété, mais en les condamnant ainsi on met aussi de l’avant une vision propriétaire de la culture, dans son sens large. Comme s’il était question des droits d’auteur pour les oeuvres des artistes vivants qui oeuvrent à nourrir une culture ou une autre, tout en espérant gagner leur croûte.

Dans le cas de ces derniers, il peut bien s’agir d’un vol de propriété, puisqu’il est possible de considérer que ces artistes peuvent perdre quelque chose qui aurait dû leur revenir de droit, dans le cas où leur paternité (maternité?) artistique est évidente. Mais dans le cas d’une culture ou d’une autre, puisqu’il n’y a pas pour ainsi dire d’évidence quant à l’appartenance directe pour des individus en particulier, il est seulement possible de considérer que c’est un vol de s’en inspirer ou de l’interpréter qu’avec une pirouette intellectuelle. Et cela, en confondant culture, comme fait d’un groupe identifié, et justice sociale, envers des groupes considérés comme lésés, économiquement, socialement et (peut-être même pas) culturellement. Parce que si on creuse un peu, l’accusation d’appropriation culturelle ne repose pas vraiment sur la culture…

Viser à côté

Ce n’est pas en soi le fait de s’inspirer d’une culture qui choque. Les humains l’ont toujours fait. Ni de faire carrément du mimétisme. Singer ce que les autres font est dans la nature humaine. Ce qui choque, c’est le fait que cette culture soit liée à une communauté digne d’être défendue. Et à des individus, qui se réclament de cette culture et qui se sentent lésés personnellement, pour des raisons surtout autres que culturelles. Qu’on touche à leur culture leur semble le comble!

Voilà pourquoi cette accusation d’appropriation culturelle vise la plupart du temps à côté en condamnant des manifestations culturelles qui sont respectueuses et surtout dont la genèse est un ensemble de bonnes intentions. Comme pour le spectacle SLAV. Ou en condamnant des pratiques qui font seulement du bien à des individus, comme pour le yoga. Etc. Alors que cette accusation semble bizarrement incongrue si on l’utilise pour dénoncer le Canada, pays de culture majoritairement anglophone, qui s’est construit identitairement et culturellement avec des éléments issus de la culture francophone : « Canada » étant le nom original de la « province de Québec », sa feuille d’érable étant un symbole qui remonte à l’époque de la Nouvelle-France, et son hymne national étant originalement un chant patriotique composé pour la Société Saint-Jean-Baptiste. Et cela, tout en ayant noyé petit à petit l’importance de ce peuple fondateur jusqu’au coup de grâce du multiculturalisme, qui a officialisé son droit de se taire, ce qui a toujours été le cas des peuples autochtones jusqu’à récemment.

Faire germer la beauté de la laideur

Si c’était possible, Picasso se retournerait dans sa tombe pour être bien certain de tourner le dos à ce que ce monde est devenu. Et mon ami, parce qu’il fait partie de la minorité des roux, pourrait m’accuser d’appropriation intellectuelle étant donné que ses mots ont servi d’inspiration à ce texte. Même si le temps que j’ai passé dessus ne me rapportera pas une traître cenne.

Mais il ne le fera pas. Je suis sûr qu’après l’avoir lu, il considérera avoir bien assez reçu en retour. Peut-être même beaucoup. J’ose espérer. Et c’est ce que devraient aussi penser tout ceux qui préféraient taire en eux la blessure bien personnelle et hautement respectable de la réalité historique de l’esclavage. Et ceux qui préféraient la dénoncer politiquement, entre autres par empathie. Parce qu’ils avaient oublié ou ne savaient pas comment les chants qui sont nés de cette laideur inhumaine sont beaux. Même chantés par une blanche et mis en scène par un blanc. Puisque la beauté est par essence inclusive.

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SLAV et les murs en bêtise armée

Décortiquons la pensée de ces gens qui, en usurpant l’antiracisme, trouvent à redire du spectacle Slav sans même l’avoir vu. Et cela, parce qu’il n’est pas entièrement conçu et interprété par des noirs alors qu’il est basé sur des chants d’esclaves noirs. Parce que l’interprète principale, Betty Bonifassi, et le metteur en scène, Robert Lepage, sont blancs. Et parce que sur six choristes, il n’y a que deux personnes noires.

Transparence totale, je ne l’ai pas vu non plus. Mais si on peut se permettre de porter des jugements sur la proposition de base et sur ses acteurs, je peux bien aussi les critiquer.

L’appropriation culturelle comme prise d’otage

Pour avoir assez lu et entendu leurs arguments, j’ai pu comprendre qu’il faudrait que tout artiste blanc qui veut s’appuyer sur un ou des éléments identifiés à la culture noire pour créer s’abstienne ou offre gracieusement son idée et sa démarche à un ou des artistes noirs. Sinon, c’est de l’appropriation culturelle. (On remarquera que cette expression prend en otage l’idée même de mixité culturelle et de l’apport nécessaire de l’influence en art.)

Donc, Betty Bonifassi aurait dû laisser le fruit d’une vingtaine d’années de travail, de passion (et une rencontre artistique très importante pour sa carrière avec le grand artiste Robert Lepage) à un ou des interprètes noirs. Même que Robert Lepage aurait dû refuser ou, tant qu’à y être, refiler le projet à un metteur en scène noir.

Mais, de toute façon, Betty Bonnifassi n’aurait jamais dû être choisie pour faire de la recherche sur les chants d’esclave en lien avec un projet théâtral (ce qui a été la genèse de ce projet et de deux albums où elle a enregistré ces chants). Et en plus, à la base, elle n’aurait jamais dû pouvoir trouver de matériel, puisque ce sont des blancs, le musicologue John Lomax et son fils Alan, qui ont travaillé d’arrache-pied depuis les années 30 pour archiver tous ces chants.

La voie de la disparition

Le choix que nous offrent ces antiracistes de pacotille :

– La lente disparition de cette partie essentielle de la culture noire.

– Une générosité disproportionnée de la part d’artistes blancs, imposée par la culpabilité.

Si ce n’avait été du travail de ces deux blancs pour les archiver, de concert avec des noirs qui ont bien voulu collaborer, cette culture serait déjà en voie de disparition. Et si on devait compter sur la générosité de quelconque artiste en lui imposant un sentiment de culpabilité, il ne se passerait pas grand-chose : le fait d’être artiste est déjà un « don de soi » qui demande en contrepartie, et c’est très légitime (pour les noirs comme pour les blancs) un « retour sur l’investissement ». Cela sonne pour le moins capitaliste, mais en-dehors de l’idéalisme et de la vertu, la réalité est que l’humain ne peut pas qu’être désintéressé, même en étant généreux. Il ne ferait que perdre.

Des communautés en vase clos

Alors, s’il fallait respecter la grille d’analyse de ces antiracistes, il ne se passerait absolument rien de transcendant dans la société. Les communautés noires et blanches travailleraient chacune de leur côté en vase clos, gardant jalousement leurs terrains culturels. Et si la mixité culturelle ne pouvait être possible que pour les noirs, il n’y aurait que la culture blanche pour s’immiscer dans leur culture. Et la diluer par le fait même, si on fait un calcul comptable.

En somme, leur vertu antiraciste encourage la cristallisation des communautarismes et enferme les cultures dans des exclusivités raciales, alors que cet adjectif d’un autre temps devrait plutôt être banni du vocabulaire. Puisqu’il donne des munitions à ce racisme insidieux qui met de l’avant le droit de propriété culturelle. Ce qui est plutôt ironique pour des gens qui pourfendent le capitalisme et qui ne réussissent qu’à voir dans Slav un projet de blancs qui profitent de la culture noire. Sans oublier qu’ils prônent aussi l’inclusion.

Pourtant, dans les faits, l’univers culturel est plus inclusif grâce entre autres aux Lomax, Betty Bonifassi et Robert Lepage de ce monde.

Enfin, si on considère que la société devrait ressembler à un espace ouvert, de bonne volonté, où les cultures se donnent la main au lieu de rester dans leurs coins à bâtir des murs, en bêtise armée, de victimisation et de culpabilisation.

Ces exagérations qui ne sont rien de moins que les armes des faibles de coeur et d’esprit, qui minent la paix sociale en jouant, comme des enfants, alors qu’ils sont surtout censés être des citoyens responsables, aux guerriers de la justice.

L’idéalisme mérite beaucoup mieux.

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Le mépris des hommes


Le mépris des hommes a le dos large…

J’aimerais pointer ici une citation de la poète Nicole Brassard, féministe et militante LGBT, qu’un ami a débusqué et déposé dans la section commentaire de mon compte Facebook, dans la foulée du débat concernant Denys Arcand et les « féministes enragées » :

Marc Lépine était aussi vieux que l’Homme et son mépris pour les femmes

Si je comprends bien, selon sa vision des choses, l’humanité s’est construite sur le mépris des femmes, puisque ce sont les femmes qui portent les enfants. Tout ce mépris aurait donné de l’élan aux coups de bassin de tous les hommes. Tout ce mépris aurait maintenu certains hommes avec leurs familles, comme il aurait brisé d’autres familles par adultère, sans doute parce que ce mépris aurait besoin de s’étendre…

Je veux bien, mais le problème en est que le mépris maladif personnel d’un Marc Lépine envers les femmes peut-il vraiment être comparé à ce mépris ancestral que Nicole Brassard voit assurément dans les moeurs sociales « patriarcales » des époques précédentes? Alors que ce mépris ancestral, s’il existe, n’était visiblement pas la conséquence d’une réaction directe, d’un ensemble de récriminations identifiées par un manifeste antiféministe, comme c’était le cas pour cet homme en particulier?

Le complot du patriarcat

Ce qui ne fonctionne pas avec cette vision des choses, c’est qu’il n’est pas vraisemblable que tous les hommes participaient activement et consciemment à ce « patriarcat », comme s’ils étaient les acteurs d’un complot savamment orchestré, basé sur un mépris masculin fondamental envers les femmes, pour les maintenir dans un rôle différencié; et je ne conteste aucunement ici la réalité de cette différenciation. D’ailleurs, il n’est même pas vraisemblable qu’il y ait eu, quelque part, à une époque ou à une autre, un projet de société patriarcal consciemment mis en place par un seul ou plusieurs hommes qui aurait fonctionné et donné des fruits… Et même si c’était le cas, sur quelle base pourrait-on justifier une culpabilité à rebours aujourd’hui?

Ce qui est vraisemblable, c’est que ces rôles avaient surtout une utilité; et qu’il va de soi que tout le reste en a découlé. Et ce n’est pas un hasard si dans l’histoire les femmes qui ont eu un grand pouvoir étaient surtout des femmes de milieux aisés qui n’avaient pas à se taper les tâches ménagères et à s’occuper à temps plein des enfants… Sinon, chez les gens ordinaires de bonne volonté, les petits pouvoirs se départageaient selon les impératifs pratiques liés à ces rôles.

S’aveugler de la nécessité et des différences

En conséquence de quoi, force est de constater que ces récriminations historiques envers les hommes sont malheureusement mues, et encore aujourd’hui, par un aveuglement de cet aspect pratique. Alors qu’il est profondément lié à la survie, en tout cas pour le plus grand nombre, et au fait de la nécessité. Celui de devoir organiser la vie de tous les jours selon l’incontournable différence fondamentale entre les hommes et les femmes : qui est de pouvoir ou non porter un enfant.

Ce qui, on peut difficilement en douter, a sans doute grandement influencé l’évolution des êtres humains au point où les différences physiques entre les deux sexes sont aujourd’hui la plupart du temps évidentes (il suffit d’avoir remarqué via des reconstitutions que les différences physiques de nos lointains ancêtres étaient loin d’être celles d’aujourd’hui).

Un déficit de réalisme

Ainsi, il faut un grave déficit de réalisme et une bonne dose de paranoïa pour réduire la situation des femmes à une conséquence d’un supposé mépris ancestral des hommes envers elles, qui aurait donné le patriarcat. Cela a peut-être du poids pour qui veut se convaincre que le combat féministe a besoin de ce genre d’argument, mais cet argument est contre-productif.

En tout cas, quand on considère comme moi que le combat des femmes, toujours d’actualité et toujours légitime, a plus besoin de la collaboration des hommes de leur plein gré que d’une démarche de chantage émotif. Alors que ce chantage a pour but de contraindre les hommes, avec la force de la culpabilisation, à expier la faute masculine originelle. Et surtout, à forcer leur aveuglement devant les défis et les problèmes réels que pose tout de même la pression féministe sur la société. Comme si les hommes n’avaient plus le droit d’en faire partie. Comme si cette pression était aussi parfaite que l’idéal qui la sous-tend.

Ce qui fait en sorte que, sans vouloir excuser le mépris actuel et bien réel des Marc Lépine en puissance qui, on le souhaite, ne passeront pas à l’acte, je vois très clairement que le mépris envers les hommes des Nicole Brassard de ce monde leur donne des munitions et encourage d’autres hommes à s’engager…

On accuse avec raison les puissants de ce monde d’encourager la guerre pour imposer la nécessité de la vente des armes, j’accuse ces féministes enragées d’encourager la guerre des sexes pour imposer la nécessité du message de leurs larmes.

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L’insuffisance des pères


En ce début de journée où je vais m’occuper seul de mon tout petit pendant que ma femme travaille. Alors que je pense à mon frère et à tous les pères dans ma famille et dans mon entourage qui sont bien capables de s’occuper de leurs enfants seuls. Pendant que j’écris ces lignes par petites bribes parce que mon petit demande constamment des soins et des interventions. Alors que j’ai dormi environ quatre heures la nuit dernière à cause de mon petit Dr. Jeckyll qui s’était transformé comme trop souvent en Mr. Hyde. Et parce que tout cela est accompagné d’un rhume qui me râpe la gorge et fait culbuter mes intestins, actuellement, je n’ai pas de pensées tendres pour certaines femmes, contrairement à toute la tendresse que j’ai pour celle qui a fabriqué dans son ventre ce petit cadeau du (septième) ciel, qui faisait tantôt la sieste à la chaleur du mien.

En ce moment, pour toutes ces raisons, je ne pense rien de bon de celles qui croient réellement faire avancer la cause de l’égalité en généralisant à outrance à propos des hommes. Et cela, en pointant constamment leur incapacité, comme si cette incapacité était un stigmate qui ne pourrait disparaître qu’à la mesure où ce qui est masculin serait réduit à la réalité biologique de cet appendice pendouillant, fournissant aux besoins de la semence, que certains humains, honteux, auront encore entre les jambes.

Ce qui fait en sorte que dans ce scénario déterministe et systémique notre évolution (qu’il ne serait pas exagéré de qualifier de positive en réalité) est réduite à une insuffisance comparée au rôle des femmes, que l’on nomme « charge mentale ». Assurément en lien, pour mieux la faire oublier, avec la traditionnelle « charge financière » que les hommes devaient bien consciemment se réserver, pour s’en laver les mains au plus vite en mourant avant les femmes…

Ce qui fait que nos pères, nos grands-pères et ainsi de suite sont réduits à des rôles d’acteurs pleinement conscients de perpétuer les privilèges mâles dans une conspiration nommée « patriarcat », que même mon petit homme participera à pérenniser si, genre, il a la malchance d’être bien dans sa peau mâle et d’être attiré seulement par les femmes.

Ce qui fait que les plus mauvais exemples d’entre nous sont utilisés comme preuves de la pourriture de l’ensemble, alors que les plus mauvais exemples d’entre elles sont simplement des victimes et des preuves de plus du pourrissement masculin.

Ce qui fait que malgré tout l’« effort mental » que nous mettons pour arriver à rencontrer toutes ces nouvelles exigences – qui semblent malheureusement plus difficiles plus un homme est en âge -, même si pour beaucoup nous réussissons à le prendre comme un beau défi, nous resterons quand même dans les têtes de ces certaines femmes bien plus de ridicules patriarches édentés que des êtres humains à encourager et à féliciter, malgré leurs imperfections.

Une bonne chance qu’il y a encore plus de femmes de bonne volonté.

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Le contournement cognitif

Nous vivons dans un monde mené par l’impossibilité.

Il est impossible de parvenir à l’ultime vérité.

L’objectivité pure, du point de vue d’un être humain, est un but impossible à atteindre.

Appréhender parfaitement le réel est impossible.

En somme, il est impossible d’embrasser l’absolu parce que la capacité humaine d’y avoir accès est limitée et le sera toujours.

C’est pourquoi l’humanité s’est rabattue sur ce qu’il est possible de rendre possible avec l’aide de l’imagination.

Ainsi, la Vérité est possible. Défendre sa vérité sur mesure est possible. L’équivalence des réalités subjectives et objectives est possible.

Place aux contournements cognitifs!

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Église de St-Eustache, patrimoine et laïcité

Photo : Hadrianopolis


J’ai vu passer la « PÉTITION CONTRE LA FERMETURE DE L’ÉGLISE HISTORIQUE DE SAINT-EUSTACHE

». Avant même d’en lire son contenu, je voyais déjà un gros problème avec l’idée d’être contre sa fermeture. Parce que je sais pertinemment que l’église de St-Eustache est protégée, étant donné qu’elle fait officiellement partie du patrimoine historique et culturel québécois.

Donc, que sa fermeture ne pourrait laisser miroiter une possible destruction (ce qui oui serait un drame). Et qu’alors, il s’agit seulement de la fermeture de ses activités religieuses. Si vous comprenez bien : IL N’Y A AUCUNE CHANCE QU’ELLE SOIT DÉTRUITE! (À moins qu’il y ait une révolution politique portant au pouvoir des gens farouchement contre le patrimoine qui changeront les lois pour qu’on puisse la détruire impunément…)

Sinon, je viens de lire le texte qui présente la pétition. Dès le début, on peut comprendre où ceux qui sont derrière la pétition se sont plantés, et royalement :

Mise en contexte:

Le 4 avril 2018, il fut annoncé dans un article de « Monjournal » écrit par Stéphane Sinclair que l’Église historique de Saint-Eustache pourrait fermer ses portes et être vendue. Selon Martin Tremblay, vicaire général du diocèse de Saint-Jérôme « cette église n’a pas plus de valeur que les autres au niveau religieux.[i] »

Et la suite de cette partie dresse un portrait historique de cette église et met de l’avant son importance culturelle et patrimoniale.

Défendre le religieux sous le couvert du patrimoine?

Si vous avez remarqué, les propos du vicaire général du diocèse de Saint-Jérôme sont très instructifs sur ce qui se joue réellement à propos de cette église. Il ne pointe pas sa valeur historique, culturelle ou patrimoniale. Il pointe seulement sa valeur religieuse…

Je ne sais pas sur quoi Martin Tremblay se base pour juger de cette valeur, mais ce n’est pas de mon ressort. Par contre, ce vicaire montre bien que dans ce cas l’Église catholique s’occupe seulement de ce qui la regarde. Et cette église, au-delà d’être une partie de l’histoire que le gouvernement a bien fait de protéger, est la propriété d’une organisation religieuse privée qui s’en sert pour des activités religieuses, tout aussi privées.

Alors, dans les faits, on se retrouve avec une pétition citoyenne qui demande à ce que le gouvernement participe à renflouer les coffres d’une organisation religieuse pour qu’elle puisse continuer d’offrir dans cette église en particulier ses activités religieuses. Et tout cela, avec l’argent de tous les citoyens, et en se servant d’arguments basés sur la valeur historique, culturelle et patrimoniale de cette église. Ce qui fait assurément miroiter un danger pour ce qui est de la pérennité de l’immeuble…

Laïcité et bien commun

Je ne sais pas si les organisateurs de cette pétition sont seulement déconnectés de la réalité. Ou s’ils savent très bien ce qu’ils font en mélangeant ainsi ce qui relève de l’histoire, de la culture, du patrimoine – dans ce qu’ils ont d’important pour la collectivité (ce qui inclut la religion comme fait sociohistorique) – et ce qui relève de la religion – dans le sens de la pratique religieuse, bien personnelle.

Pourtant, à partir du moment où on comprend les principes de ce qui relève de la laïcité et de ce qui relève du bien commun, le but de cette pétition est absurde. Il aurait mieux valu organiser seulement une levée de fond, ce qui n’impliquerait que le bon vouloir de ceux qui tiennent à ce qu’il y ait toujours des services religieux dans l’église de St-Eustache.

Parce que selon une perspective laïque qui n’accorde pas de faveur à la religion catholique, contrairement à la perspective « catholaïque », le gouvernement n’a pas à intervenir pour maintenir en vie la religion catholique au Québec, alors que ce projet de vente est visiblement une conséquence de la baisse drastique de la pratique religieuse chez les Québécois francophones.

Sinon, ce que le gouvernement a pu faire pour le bien commun a été fait dans les années 70 (d’ailleurs, il y a une erreur dans la pétition qui pointe une date de 2013) : l’église de St-Eustache est classée « immeuble patrimonial » et le site sur lequel elle a été bâtie est protégé.

Péril en la demeure?

Donc, il n’y a pas péril en la demeure… Qu’elle soit vendue, pour être convertie en quoi que ce soit qui respecte son intégrité, selon ce qu’il est possible de faire selon les lois en vigueur, n’est aucunement un danger pour sa valeur historique, culturelle et patrimoniale.

S’il y a un danger, c’est pour la pratique religieuse catholique qu’elle accueille. Mais, est-ce qu’on veut collectivement la garder en vie sous respirateur artificiel, tout en se disant pour la laïcité et contre les subventions gouvernementales aux autres religions?

J’ose croire que les Québécois sont plus intelligents que ça.

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Réponse à « Pour une interdiction des signes religieux au sommet de l’État »


Le texte qui suit a été envoyé au journal le Devoir :

En regard de la philosophie de John Rawls et des enjeux liés à la laïcité, je m’inscris en faux contre le texte « Pour une interdiction des signes religieux au sommet de l’État », publié sur votre site le 14 avril 2018. Ce texte, rédigé par les philosophes Michel Seymour et Jérôme Gosselin-Tapp, a comme projet de « penser la gestion de la diversité religieuse » en s’inspirant du « libéralisme politique » de ce philosophe. Et tout cela, relativement aux débats actuels sur le port des signes religieux pour les agents de police.

Tout d’abord, ma critique repose sur la constatation que pour arriver à la conclusion que les policiers n’ont pas à s’astreindre d’arborer des signes religieux, les deux philosophes font reposer leur argumentaire sur une vision arbitraire de la position de Rawls. Alors qu’ils la décrivent en long et en large comme étant en équilibre entre le libéralisme et le républicanisme, ils prennent certaines libertés quant à ce que cet équilibre prescrirait comme permissions et interdictions pour les employés/représentants de l’État. Pour ce faire, en plus de complètement évacuer la notion de sphère civique, pourtant essentielle à l’examen de ce qu’implique la laïcité, ils introduisent dans leur conclusion une conception floue de la neutralité étatique, que leur explication des grandes lignes de la philosophie tardive de Rawls réussit très vaguement à justifier.

Dès le départ, les premières sections de ce « devoir de philo » mettent en perspective la pensée de John Rawls. On y lit qu’au-delà des considérations libérales, le philosophe jugeait que les « droits et libertés individuels ne sont pas des fins en soi » et « que les peuples sont eux-mêmes des sujets de droits », ce qui va tout à fait dans le sens de la notion des droits collectifs : principe sur lequel repose amplement la laïcité. Toutefois, l’importance de cette notion est laissée de côté à partir du moment où les deux auteurs effleurent sa « conception strictement politique de la personne ». Et qui, selon eux, « permet de rendre possible une cohabitation entre les conceptions individualiste et communautarienne de la personne ».

À partir de ce paragraphe, le souci d’équilibre de John Rawls devient une cohabitation, une neutralité qui, sans avoir besoin de plus amples explications, prescriraient que « l’individualisme et [le] communautarisme religieux […], sans faire partie de l’identité publique commune, ne doivent pas pour autant être relégués dans la sphère privée ». D’ailleurs, tout ce paragraphe ne sert visiblement qu’à asseoir leur position extrêmement libérale et individualiste, totalement contraire « à l’approche républicaine jacobine », qu’ils ont pourtant nuancée précédemment avec l’aide de la philosophie de Rawls.

Ainsi, la conception communautarienne, que l’on doit comprendre objectivement comme étant opposée à la conception individualiste, devient par un glissement sémantique un argument en faveur de l’expression du « communautarisme » religieux dans la sphère publique (selon leur acceptation large). Puisque, selon leurs dires, « la religion est un legs communautaire, les aspirations d’un individu sont déterminées en partie par son appartenance à une communauté religieuse. » Tout lecteur attentif comprendra qu’ils indiquent ainsi que la liberté d’expression de ses convictions religieuses repose, et sur une conception individualiste qui magnifie cette liberté, et surtout sur une conception communautarienne plus communautariste que collective. Donc, qui ne mérite pas son qualificatif de « communautarienne ». Alors, pour le moins, on remarque déjà un grand déséquilibre.

Et pourtant, dès le début du paragraphe de conclusion, le duo réitère que « le modèle rawlsien permet aussi de penser un équilibre entre la liberté de religion et les exigences républicaines de laïcité, respectant ainsi les objectifs d’une approche qui s’appuie à la fois sur le bien commun et non seulement sur la liberté individuelle ». Cependant, au-delà du fait que l’équilibre rawlsien y est clairement déséquilibré en faveur de la liberté de religion, tout au long de leur démonstration « les exigences républicaines de laïcité » sont occultées par le fait de ne pas y avoir inclus la notion de sphère civique. En effet, ils ont réduit le champ conceptuel aux seules sphères privées et publiques (dans le texte : « en privé ou en communauté »). Et leur démonstration de se dérouler tout bonnement comme s’il n’y avait pas de différence effective entre un citoyen arborant un signe religieux dans la rue, donc dans la sphère publique, et un agent de l’État arborant un signe religieux dans la sphère civique : cet espace de la citoyenneté où, je le répète, le principe des droits collectifs est d’une importance considérable.

Donc, ce qui est problématique avec leur approche rawlsienne, c’est que leur tentative de trouver un équilibre quant à la question de l’interdiction des signes religieux pour les employés de l’État ne s’est pas déroulée dans le bon espace, dans la bonne sphère. Et surtout, selon les considérations les plus justes pour réfléchir à cette question. Parce que dans un sens, si on regarde le portrait global, même en interdisant totalement les signes religieux dans la sphère civique pour les employés de l’État, il existe déjà un certain équilibre que je pourrais tout autant justifier qu’eux avec la pensée de John Rawls. Selon la perspective laïque basée sur trois sphères à prendre en compte, la sphère privée et la sphère publique sont déjà totalement en phase avec les libertés individuelles, et avec raison. Ce qui représente dans les faits une liberté totale pour la presque totalité de la population d’arborer un signe religieux si ça lui chante. Il n’y a en contrepartie que pour la sphère civique que les droits collectifs doivent au moins compter et donc peut-être justifier une interdiction des signes religieux. Et on peut toujours tenter de trouver un équilibre dans cette seule sphère, si les arguments sont de la partie.

En quelque sorte, c’est ce qu’ils ont tenté de faire en départageant les différents rôles des employés de l’État selon leur importance effective et décisionnelle. Ainsi, pour expliquer sur quoi devrait se baser l’interdiction des signes religieux, ils font reposer le devoir de neutralité représentative sur le devoir de neutralité décisionnelle et de neutralité effective, mais à un degré extrême. Donc, au final, on se retrouve avec une interdiction seulement pour le président de l’Assemblée nationale et les juges de la Cour suprême, ce qui est bien en-deçà des recommandations de Bouchard-Taylor. Et cela, sans pour autant expliquer pourquoi John Rawls considérerait que cette interdiction ne devrait concerner que les personnes en « position d’autorité suprême » et non pas toutes les personnes en position d’autorité, incluant les policiers. En conséquence de quoi, tout ce qu’ils arrivent à expliquer avec l’aide de la philosophie de John Rawls, c’est que leur propre position n’est pas totalement libérale, donc qu’elle serait équilibrée par le fait même… Mais on peut toujours douter fortement que cette conception de l’équilibre passe la rampe à propos de n’importe quel autre sujet!

En somme, ils arrivent au bout de l’exercice à justifier une interdiction des signes religieux pour une poignée de personnes, ce que le titre annonçait. Et de toute façon, ils n’auraient pas pu défendre la liberté individuelle de ces quelques personnes, puisque la notion d’équilibre qu’ils ont extraite de la pensée de Rawls devait au moins servir à trancher à un endroit… Et on devrait les croire sur parole qu’une position équilibrée entre le libéralisme et le républicanisme peut simplement reposer sur une légère entorse à la suprématie des libertés individuelles.

En ce sens, ce que Michel Seymour et Jérôme Gosselin-Tapp ont réussi à démontrer avec ce détournement philosophique, c’est que pour eux le principe des droits collectifs n’a pratiquement pas de poids pour ce qui est de la neutralité représentative des agents de l’État, alors que cette question est au centre de tous nos débats sur la laïcité. Et que la pensée de John Rawls leur aura servi, comme un pansement, à tenter de masquer ce trou argumentaire béant.

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