Le territoire non cédé de Valérie Plante

Je suis pour la reconnaissance du fait que notre société s’est bâtie sur des terres en partie occupées par diverses nations autochtones. Et que nous devrions même aller plus loin : le reconnaître officiellement et tenter de réparer ce qui a été brisé (même si la culpabilité historique à rebours à des limites…). Mais pas n’importe comment.

Or, l’administration de Valérie Plante a créé un poste de Commissaire aux relations autochtones :

Son rôle sera notamment de faciliter le dialogue entre la Ville et les Premières Nations, dans le cadre du plan de réconciliation lancé par la Ville de Montréal

Et cela, sur la foi que Montréal serait sur un territoire non cédé.

Pression sur le récit historique

Pourtant, s’il y a un certain consensus chez les historiens, c’est qu’au moment de l’arrivée des Français sur l’île, elle n’était pas directement habitée. Donc, qu’il n’y a pas eu, à proprement parler, de délocalisation.

Alors oui, l’administration Plante peut bien faire fi de tous ces avis et aller de l’avant si ça lui chante, mais à mon avis ce n’est pas un jeu à compte nul.

Premièrement, je ne vois ce qu’il y a d’utile dans la partie de cette démarche qui consiste en quelque sorte à « officialiser » une déclaration historique, alors que sa véracité est toujours contestée. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, une telle démarche met une pression indue sur le récit historique, alors que ce récit devrait s’aligner au moins minimalement avec l’objectivité scientifique. Comme avec le fait que les résultats des recherches archéologiques montréalaises ne tendent pas à confirmer cette théorie de territoire non cédé.

Nuire à la cause autochtone

Plus globalement, je pense même que cela nuit à la cause autochtone. Et cela, dans l’optique où il ne faut pas penser, dans le calcul, qu’à ceux qui y sont gagnés. Parce que ceux qui sont franchement farouches à la question autochtone peuvent très bien y trouver une raison de plus de rester sur leur position. Parce qu’il n’est pas bien difficile de voir une récupération idéologique dans le fait d’ainsi « officialiser », avec l’aide du pouvoir politique, une version de l’histoire controversée.

Mais soyons réalistes, qui pourrait leur reprocher, étant donné leur mauvaise opinion de base à propos de la question autochtone, d’y voir une raison de plus de croire en l’illégitimité de cette cause? Et de trouver que ceux qui militent dans le sens de la reconnaissance des peuples autochtones – en tout cas pour ceux qui se servent de Montréal pour ce faire – sont coupables de révisionnisme historique? Moi-même je trouve que le révisionnisme n’est pas loin…

Question de stratégie

L’erreur, c’est de penser que ceux qui sont contre cette cause – ou mitigés – ne comptent pas. Mais ils comptent au moins beaucoup dans la balance de l’opinion publique. Et comment! Et ils comptent doublement quand les faits sont de leur côté.

Alors, stratégiquement, pour arriver à un consensus social qui va dans le sens de la cause que nous défendons, il ne faut pas donner des munitions au camp adverse. Et c’est ce que Valérie Plante a fait en pensant pourtant bien faire.

D’un côté, on l’applaudit parce que l’on voit dans cette démarche un geste de contrition et d’ouverture. Et de l’autre, on la dénigre parce que l’on y voit un mensonge, qui sert une manœuvre politique démagogique. Alors qu’il faut se rendre compte que la démagogie peut se trouver même derrière l’apparence de bons sentiments.

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IRONIE

Ironie : capacité expressive et cognitive qui départage ceux qui se contentent de regarder des vidéos de chats et ceux qui préfèrent plutôt penser à des chats qui écouteraient des vidéos d’humains.

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Valérie Plante, portée par le féminisme, mais victime de sexisme

Comment l’élection de Valérie Plante à la mairie de Montréal, que l’on interprétait redevable au féminisme, peut-elle se transformer soudainement, alors qu’elle présente un budget controversé et qu’elle est critiquée, en exercice du pouvoir réprimé par le sexisme ambiant?


Depuis son élection surprise jusqu’à aujourd’hui, le cas de Valérie Plante, la nouvelle mairesse de Montréal, est pour le moins intéressant. Les rebondissements ne manquent pas! Surtout, à mon sens, en regard de la partisanerie idéologique, cousine de la partisanerie politique qui, on le sait, gangrène ce qui nous fait office de démocratie… et nourrit le cynisme ambiant.

La partisanerie idéologique

S’il faut l’expliquer, la partisanerie idéologique, c’est ce qui fait que les événements politiques et sociaux sont analysés avec le filtre de l’intéressement. Dans le sens qu’on a intérêt à choisir une analyse plutôt qu’une autre. Même de ne pas en faire intervenir plusieurs. Et tout ça, dans le but d’avoir un message militant cohérent, convaincant. La propagande n’étant jamais loin…

On peut aussi parler de récit. C’est une sorte de ligne de parti. Sans parti. Quoique. La partisanerie idéologique peut se déployer dans un parti là où la partisanerie politique, la ligne de parti, n’a pas de prise. Ou même en être un accompagnement où l’un et l’autre se nourrissent et se répondent.

Entre le féminisme et le sexisme

Donc, le cas de Valérie Plante. Quand Valérie Plante a gagné ses élections montréalaises, on a tout de suite récupéré cette victoire pour l’ajouter au récit féministe. Une première femme à la tête de la plus grande ville du Québec!

On s’entendait pour dire que cette victoire reflétait une belle évolution de l’électorat. Il y avait de quoi fêter et j’ai bien sûr fêté comme tout le monde qui voulait fêter.

Par contre, en ce moment, Valérie Plante se retrouve dans l’eau chaude étant donné que le budget qu’elle a présenté excède ses promesses. Ce qui fait que l’électorat – devenu un ensemble de contribuables – est déçu de voir ses taxes municipales grimper. Les contribuables se font entendre, et les médias suivent le bal. Rien de surprenant là-dedans.

À partir de ce moment, la partisanerie idéologique, qui entrouvrait timidement la porte avec la victoire de Valérie Plante, la défonce carrément depuis ses déboires, au point d’en arracher ses gonds… Ce qui fait en sorte que cet électorat, qui auparavant se montrait ouvert aux femmes en politique, devient instantanément sexiste et misogyne depuis qu’il est devenu contribuable/critique de sa mairesse.

Le sexe de Valérie Plante aurait dû devenir anecdotique

Avec cette lecture des choses, dans ce récit, les citoyens perdent toute légitimité d’être déçus puisque Valérie Plante est de sexe féminin. Ce récit obscurcit la vraisemblance que cette même décision budgétaire serait aussi décevante pour les citoyens si elle provenait d’un homme ayant fait les mêmes promesses électorales. Et qu’elle aurait sensiblement eu les mêmes répercussions médiatiques.

Ce récit tend à tout réduire à une réaction au sexe de Valérie Plante (alors que le fait qu’elle soit une femme aurait dû devenir anecdotique après que les célébrations féministes de sa victoire – bien méritées, il faut l’admettre – se soient estompées). La preuve : dans ce récit, le sexisme est une explication plausible du pourquoi ça ne va pas bien maintenant pour elle, comme le féminisme réussissait à expliquer pourquoi elle a gagné ses élections…

Mais ça ne tient pas la route.

La réalité est trop complexe pour la réduire à un seul point de vue, qu’il soit porteur d’un idéal humaniste égalitaire. Ce qu’il y a d’utile dans la lecture féministe – il n’y a aucun doute pour moi qu’elle a son utilité – se transforme en obstacle absurde pour le débat public quand la partisanerie idéologique se met de la partie. Ce qui ne donne rien de bon pour le féminisme dans l’opinion publique, assurément pour la partie qui n’est pas aveuglément gagnée à sa cause. Et même pour quelqu’un comme moi qui y est gagné.

Ceux qui trouvaient extrêmement exagéré que la victoire de Valérie Plante soit réduite à une victoire du féminisme sont assurément dégoûtés de ce qui se passe actuellement. Il n’est pas bien difficile de constater que l’on tente aujourd’hui de mousser le bien-fondé d’un féminisme plus centré sur la victimisation, et avec l’aide de la réaction négative de l’électorat et des médias à propos d’une question budgétaire.

On peut leur reprocher d’être réticents à la cause féministe, même d’avoir un préjugé défavorable, mais pas de voir l’instrumentalisation qui se joue. N’importe qui de moindrement allumé, et surtout de non atteint de partisanerie idéologique, peut la voir.

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Le multiculturalisme pour les nuls


Dans nos sociétés occidentales, marquées au fer rouge de la repentance, le multiculturalisme est considéré comme une vertu. Mais il est, dans les faits, au-delà de la morale diversitaire, et une politique de gestion de l’immigration – contraire à l’assimilation – et, encore plus simplement, un terme qui sert à pointer le fait que plusieurs cultures se côtoient dans un même territoire.

S’il faut le dire d’emblée, transparence oblige, je suis moi-même très critique du multiculturalisme comme politique d’immigration. En fait, de ce que cette politique inspire comme dichotomie entre la société d’accueil et l’immigration, alors que l’invitation à s’intégrer repose essentiellement sur la promesse de l’apprentissage d’une des deux langues officielles – ce qui est problématique pour le Québec – et un test de citoyenneté. Pour ce qui est de l’intégration culturelle, la réponse se trouve dans le terme « multiculturalisme » : toutes les cultures, celles des peuples fondateurs et celles des immigrants, sont sur un même pied d’égalité. Ainsi, les nouveaux arrivants n’ont pas de pression étatique quant à embrasser leur nouvelle société d’accueil. Heureusement pour eux, en tout cas pour la plupart, la société civile leur donne tout de même de bonnes raisons – la nécessité étant la plus importante – de s’intégrer culturellement, pour entre autres partager la leur.

Le multiculturalisme comme idéal de perfectionnement social

Mais, à mon sens, le multiculturalisme est surtout problématique quand il est un idéal. C’est-à-dire, quand il est un idéal d’imposition de la diversité culturelle par contradiction, voire diabolisation, de la tendance à l’unicité culturelle, de ce qui vient avec l’idée de peuple, et par extension, de nation. De ce qui réussit tant bien que mal à réunir les gens dans un même territoire malgré leurs innombrables différences. D’ailleurs, ce n’est pas bien surprenant que l’achèvement du multiculturalisme canadien, parfaitement incarné par Justin Trudeau – fils de celui qui l’a inoculé dans ce pays pour couper les jambes du Québec qui se « nationalisait » -, soit une déclaration complètement surréaliste que le Canada est le premier pays post-national…

Conséquemment, cette idée de post-nationalisme canadien donne au multiculturalisme une aura de solution ultime pour le changement, l’évolution, surtout le perfectionnement, afin de régler l’imperfection sociale. S’il est utile de parler plus spécifiquement de la nôtre, de ce Québec, province enclavée, l’imperfection présumée étant la réalité que notre société d’accueil est majoritairement le résultat d’un apport culturel européen francophone. Alors que cela laisse entendre qu’elle ne serait pas assez pluraliste actuellement, que le non-achèvement de l’idéal multiculturaliste – le Québec est toujours majoritairement blanc francophone – serait une tare dont il faudrait se guérir. Force est de constater, quand on en est critique, que ce perfectionnisme est pris, à tort, pour du progressisme. Mais le progrès peut-il être de la réingénierie sociale forcée par de la propagande magnifiant le multiculturalisme et dénigrant son contraire, la société d’accueil et son héritage culturel? Serait-ce améliorer les choses socialement que d’encourager le communautarisme ethnoculturel – et religieux – en refusant d’envoyer un message fort en direction de l’intégration, ce qui en passant est contradictoire de la définition de ce multiculturalisme qui désigne le côtoiement des cultures? Alors que cette idée de progrès repose sur la croyance – très discutable – qu’il ne serait pas sain qu’une société soit culturellement tissée serrée – pour reprendre l’expression tant honnie?

Le succès du multiculturalisme

Sinon, il semble inutile de critiquer la réalité du multiculturalisme quand le terme sert à pointer le fait incontournable que de multiples cultures se côtoient – et de plus en plus avec la mondialisation. Parce qu’il faut être réaliste. Le mouvement ne s’arrêtera pas. Et sur quelle base pourrions-nous critiquer un simple fait qui n’est pas en soi bon ou mauvais, puisque ce sont seulement les agissements des gens qui sont critiquables? Mais d’un autre côté, le fait neutre de cette réalité multiculturelle ne devrait pas servir à cacher, comme pour n’importe quel autre élément d’analyse sociale, son imperfection dans les agissements des individus qui la composent, comme dans les dynamiques des ensembles, etc. Dans le sens que si la société en général est imparfaite, comme le soulèvent avec raison ceux qui considèrent le multiculturalisme comme un idéal de perfectionnement social, il n’en est pas autrement pour le fait que de multiples cultures se côtoient : elles ne se côtoient pas que parfaitement… Bien malheureusement pour eux, visiblement, cela légitime le fait que le multiculturalisme, comme réalité et comme idéal, peut être légitimement critiqué, tout comme d’ailleurs la société d’accueil peut l’être. Alors qu’à cette époque de repentance, de culpabilisation et d’autoflagellation, on ne se gêne vraiment pas pour le faire!

Cependant, étant donné que le multiculturalisme s’est transformé en antonyme du racisme et de la xénophobie avec le temps, cela devient de plus en plus difficile de le critiquer. Le multiculturalisme est blindé par le fait qu’il est considéré comme un idéal – avec tout le romantisme qui vient avec – et que cet idéal se retrouve déjà en partie incarné dans la réalité. Il est ainsi facile de rejeter en bloc la critique du multiculturalisme, puisque cette critique se retrouve automatiquement redirigée vers – la beauté de – la réalité multiculturelle, qu’il faut admettre plus amplement un succès qu’un échec – heureusement pour la paix sociale! Conséquemment, l’idéal multiculturaliste se sert de l’heureuse expérience du côtoiement des cultures pour nier ou amoindrir l’apport positif de la culture dominante : cette majorité devenue par cela discriminatoire, étant donné qu’elle serait, par définition, culturellement contradictoire de ce qu’implique le préfixe « multi ». (Réflexion parallèle, mais essentielle ici : nous voyons bien comment la sémantique peut parfois encourager bien plus les contradictions que les nuances…)

Pourtant, si le multiculturalisme réel – l’expérience de mixité – est autant un succès, il a bien fallu que pour la majorité, la société d’accueil, « la peur de l’Autre » soit bien moins importante que l’ouverture à la diversité qu’apporte l’immigration. Alors qu’il faut le rappeler, le Québec est considéré comme un des endroits les plus accueillants au monde, autant quantitativement que qualitativement. Par contre, si le contrecoup de ce succès est un plus grand sens de la critique pour ce qui est des détails d’interrelations problématiques entre la société d’accueil et les nouveaux arrivants, et les nouveaux arrivants entre eux, il est bien mal raisonner que d’y voir seulement un problème systémique avec la société d’accueil, une preuve qu’elle est malade de « la peur de l’Autre ». Il va de soi qu’une société se complexifiant en diversités se complexifie d’autant en problématiques et en critiques de ces problématiques. D’ailleurs, il faudrait bien un jour comprendre que la critique est le moteur principal du progrès. Bien des progressistes devraient le réapprendre…

En conclusion

Ce que cette analyse devrait surtout faire ressortir pour le lecteur, c’est que le multiculturalisme idéalisé est contradictoire du multiculturalisme qui s’inscrit dans la réalité. Même que l’idéalisé gangrène le réalisé. C’est qu’en diabolisant ce qui n’est pas considéré comme multiculturaliste, cet idéalisme antagonise les expériences culturelles, et de la majorité, et des minorités, qui pourtant se chevauchent dans la réalité. Ainsi, l’expérience multiculturaliste devient, avec l’aide d’une lecture idéologiquement idéaliste, un élément bon, bien, souhaitable, tandis que l’expérience culturelle majoritaire, plus dans l’unicité, devient un élément mauvais, malin, à éliminer. Et tout cela, parce que des individus issus de la culture majoritaire osent constater ouvertement que la politique du multiculturalisme est parfois comme un bâton dans les roues de l’intégration. Comme s’il n’y avait pas de côté positif à un message étatique qui vante et propose l’intégration et que ce message n’était que discrimination culturelle envers les nouveaux arrivants. Comme si le multiculturalisme n’encourageait pas aussi le repli identitaire, la tendance à la catégorisation des individus et à la différenciation des communautés…

De plus, il ne faut pas oublier que la critique du multiculturalisme trouve pleinement sa légitimité au Québec. Encore plus qu’ailleurs au Canada. Parce que pour son application dans le champ linguistique, le Québec francophone est perdant. Même le plus ardent défenseur des vertus de la diversité devrait pouvoir comprendre que la force d’attraction du français, même comme langue de la majorité des Québécois, ne peut pas compétitionner avec la force d’attraction de l’anglais, langue de la majorité canadienne et de nos voisins du sud – qui sont une superpuissance culturelle s’il faut le rappeler! -, alors qu’elle est aussi et surtout la langue internationale. Ainsi, en envoyant le message aux immigrants qu’ils peuvent s’intégrer linguistiquement en anglais ou en français partout au Canada, le multiculturalisme donne du poids démographique à la minorité anglophone du Québec – pour le moins réticente à l’idée du français comme langue commune – en lui fournissant de nouveaux locuteurs. Ce qui fait d’autant augmenter le poids du lobby bilinguiste qui prône directement ou indirectement la bilinguisation des services, la disparition de la loi 101, un Montréal bilingue, et ainsi de suite. À terme, on peut craindre que le multiculturalisme ait au mieux rendu la langue française folklorique, ainsi que la culture québécoise qui l’accompagne.

Et si l’âme survit au corps, Pierre-Elliott Trudeau pourra célébrer sa victoire en compagnie de son vassal de fils, qui l’aura aidé bien plus qu’il l’eût souhaité dans son désir de vengeance contre les nationaleux séparatistes.

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Éthique, morale et animaux : pour une pensée réaliste

Avec la montée en popularité du végétarisme (et de ses déclinaisons) et du spécisme (la version animale du racisme), la question des animaux pose une pléthore de questions en regard de l’éthique et de la morale. J’aimerais lancer ici quelques pistes de réflexion et même arriver à quelques conclusions, voire quelques critiques.

Actuellement, si on entend une histoire concernant quelqu’un qui dépense une fortune pour faire soigner son animal de compagnie on se dit que, soit cette personne est très riche – et peut donc se le permettre sans avoir à se poser de question -, soit que cette personne considère son animal aussi important qu’un être humain – alors il n’y a pas pour elle de question à se poser. Ce qui, par rapport au dernier cas, pour certains – pourrait-on dire la majorité? – peut paraître très étrange. Mais le but ici n’est pas de juger quiconque. C’est seulement un fait : on ne considère pas en général un animal de compagnie d’égale valeur à un être humain. Même la personne la plus éprise de son animal de compagnie pourrait se retrouver devant le dilemme de choisir entre la vie de son animal et même seulement la sécurité de n’importe quel humain, même un inconnu, et elle choisirait à coup sûr l’être humain. De toute façon, celle qui choisirait son animal se retrouverait à coup sûr avec de graves problèmes…

Le dilemme financier

Dans ma petite famille, nous avons vécu une histoire qui illustre très bien le fait de l’inégale valeur entre les humains et les animaux. Nous avons offert un chaton à notre fille. Pour l’aider à passer au travers des bouleversements qui venaient avec l’arrivée de son petit frère nouvellement né. Cela a très bien fonctionné et elle adorait sa chatte. Mais trop rapidement, il y a eu un problème. La chatte est tombée malade. Une radiographie plus tard, nous savions qu’elle avait avalé quelque chose de non comestible (impossible à identifier sur la radio) et ça ne passait pas. Deux options : opération d’urgence à très grands frais – sans assurance qu’elle y survivrait – ou euthanasie…

Si notre fille avait eu le pouvoir du dernier mot – ou si nous avions été riches -, nous aurions bien sûr tenté l’opération. Mais malgré l’immense peine que cela lui a causée, et même s’il est certain qu’elle va s’en souvenir douloureusement toute sa vie, nous avons décidé de mettre fin à la vie de la chatte. Il était inconcevable de mettre tout cet argent pour un chat dans notre situation, alors que si nous étions dans un pays où il faut tout payer pour les soins de santé, la question ne se serait même pas posée si un de nos enfants était tombé gravement malade.

Différence de valeur, différence éthique

Tout ça pour dire qu’il y a évidemment, encore aujourd’hui, une différence de valeur éthique entre les humains et les animaux, qu’on l’accepte ou non. Une autre manière de le voir : imaginez-vous la possibilité qu’un jour les soins vétérinaires soient couverts au même titre que nos soins de santé, payés à même les impôts… Il faudrait vraiment une extrême révolution des moeurs! Quoique, il se pourrait très bien qu’un jour ce le soit, mais seulement pour des cas liés à la zoothérapie. Mais il faut remarquer que dans ces cas ces animaux sont utilitaires, considérés sensiblement comme des médicaments. Nous sommes toujours dans un lien où l’animal est subordonné aux besoins humains. Ce à quoi reviennent tous les rapports aux animaux domestiques, si on y réfléchit bien.

La question morale à savoir si cela est bien ou mal arrive ensuite, mais il ne faudrait pas oublier que la plupart des animaux domestiques, enfin les plus usuels, ont absolument besoin des humains pour survivre. Et que ceux qui peuvent survivre dans « la nature » qui sont abandonnés et laissés à eux-mêmes deviennent absolument des problèmes à régler. Qui veut des chiens errants, possiblement dangereux, ou d’un problème de surpopulation de chats de ruelle dans son quartier? Dans l’idéal, les humains et les animaux vivraient en parfaite harmonie dans un rapport moral d’égal à égal, mais ce n’est pas réaliste en pratique. Il faut donc prendre en considération, pour arriver à une conclusion éthique, de cette inégalité intrinsèque entre les humains et les animaux.

Les animaux non domestiques

Et ces faits et questionnements se répercutent sur les autres animaæux, non domestiqués, qui vivent dans la nature ou dans des élevages, là il n’y a pas ce lien fort, sentimental, avec les bêtes. S’il y a déjà une inégalité obligée, même un rapport de force, entre les humains et les animaux de compagnie, dans le cas de ces autres animaux ce rapport de subordination est encore plus marqué. Et il n’est pas question ici de soutenir qu’ils n’ont aucune valeur en regard de l’éthique, mais qu’il faut prendre cette valeur moindre en considération pour arriver à une analyse éthique qui se tient. Et quant à la morale, elle est plutôt élastique. Entre l’accusateur de spécisme acharné et celui qui peut tuer le chat de son voisin sans sourciller parce qu’il n’aime pas son voisin, il y a une multitude de postures qu’il serait inutile de décortiquer ici. Par contre, pour ce qui est de dire où ma conclusion éthique se trouverait, c’est plutôt facile : quelque part entre les deux, beaucoup plus près de l’accusateur que du tueur.

C’est que l’inégalité de valeur entre les humains et les animaux, telle qu’on le vit en pratique, ne permet pas de considérer sérieusement aujourd’hui un droit des animaux aussi poussé, complet et effectif que celui des humains. Quand bien même serait-ce sur cette base que l’accusation de spécisme repose et qu’elle se tient en théorie. Alors la question qui vient : pourrait-on arriver à considérer les animaux totalement égaux aux humains et agir dans ce sens? Sans doute en surface si on pense par exemple à la nutrition, au fait de ne plus se nourrir d’animaux, mais en profondeur il y a une impossibilité. Même avec une éthique irréprochable, en arrivant à un extrême respect des animaux ils resteront toujours, soit utiles et d’agréables compagnies, soit des éléments de la nature dont il faut se protéger. Il faudra se demander à quoi aura servi le moralisme de l’accusateur de spécisme quand il se fera bouffer par un ours après avoir refusé l’idée même de se défendre…

En conclusion

Sinon, il y a toujours moyen de mieux traiter les animaux sans tomber dans l’extrémisme et la surenchère vertueuse. Dans la nature, en gérant mieux les écosystèmes encore existants, ce qui serait, en plus, d’autant mieux pour l’avenir des humains. Pour ce qui est des animaux domestiques, par l’éducation et la responsabilisation, autant chez les consommateurs que les éleveurs. Et pour ce qui est des producteurs de viande et des autres produits d’origines animales, il devrait bien y avoir moyen d’enlever la cruauté et la souffrance inutile de l’équation, que ce soit pour des raisons de rentabilité ou de religion, non?

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La dissonance cognitive, cette burqa intellectuelle


En regard de la laïcité, de la sécularisation et du « vivre-ensemble », la différence entre la dissonance cognitive des catho-laïques qui défendent le crucifix à l’Assemblée nationale et celle des inclusivistes qui défendent le supposé droit inaliénable de porter le voile – en tout cas intégral par les temps qui courent -, est mince.

Il n’y a que leurs objets qui sont différents. Le premier étant le respect des traditions. Le deuxième étant le respect de la diversité. Les deux sans égard à leurs causalités, puisque ces causalités sont rejetées par le réflexe de dissonance cognitive, qui par définition élimine psychologiquement, par évitement, ce qui contrarie le système de pensée de quelqu’un pour arriver à une opinion.

En fait, ce qu’ils évitent tous les deux, c’est de voir que les bienfaits des traditions et de la diversité ne se trouvent pas dans leurs impositions sociales au nom d’un supposé droit qu’on les respecte, mais dans leur capacité à s’adapter à la société, ce qui d’autant les rend utiles et appréciables.

Autant notre patrimoine religieux traditionnel que cette nouvelle mixité sociale, cette diversité, doivent se plier au sens du commun qui se retrouve dans ces idées de laïcité, de sécularisation et de « vivre-ensemble ». Sinon, c’est la guerre incessante qui se poursuivra entre ces deux tendances puisqu’elles se croient tout permis au nom de cette sacro-sainte liberté individuelle. Que ce soit pour magnifier le supposé droit acquis des catholiques purs souches, en tout cas ceux qui désirent être représentés patrimonialement à l’Assemblée nationale – ce qui est une addition d’individualités et non la collectivité -, ou pour magnifier la supposée incontestable beauté de la diversité, même quand elle s’enrobe d’oppressions sexuelles et morales, de ce que la religion a de pire à offrir.

Il faut continuer de se battre pour leur ouvrir les yeux, les débarrasser de cette burqa intellectuelle. D’ailleurs, pour savoir laquelle vous portez si vous en êtes, il suffit d’être d’accord seulement avec une des deux dissonances cognitives expliquées. Donc, vous portez actuellement celle avec laquelle vous n’êtes pas d’accord, ce qui est le propre de la dissonance cognitive et du fait que vous continuerez de ne pas voir que vous la portez…

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Utile de culpabiliser la société québécoise?


Difficile d’être critique aujourd’hui au Québec.

En tout cas, avec certaines réalités sociales québécoises, qui devraient pourtant pouvoir être débattues, même si elles font des victimes.

Par exemple :

– Tu critiques l’idée d’une culture du viol généralisée parce que tu trouves que c’est exagéré et tu te fais accuser de nier la réalité du viol.

– Tu critiques l’idée du racisme systémique parce que tu trouves que c’est démesuré et tu te fais accuser de nier la réalité du racisme.

– Tu critiques l’idée du patriarcat parce que tu trouves que ce n’est plus d’à propos et tu te fais accuser de nier la réalité du sexisme envers les femmes.

– Tu critiques l’idée de l’islamophobie parce que tu trouves que c’est surtout de l’instrumentalisation et tu te fais accuser de nier la réalité de la xénophobie, de la discrimination et même de la violence envers des citoyens de confession musulmane.

– Etc.

S’il faut trouver une expression pour cerner ce réflexe fallacieux, je propose l’accusation de négation des problématiques. Devant quelconque critique, il leur suffit d’arguer que ces réalités (le viol, le racisme, etc.) existent. Pourtant, personne n’en doute, à part les violeurs, les racistes, les sexistes et les xénophobes dans le déni. C’est un argument de facilité. Il est plus facile intellectuellement de mettre les gens critiques dans la catégorie de la négation que d’avoir un regard nuancé.

Et comme un chien tient à son os, ils tiennent mordicus à leurs cossins théoriques. Pour avoir essayé, rien ne pourrait leur faire lâcher le morceau… En gros, ce qu’ils voudraient nous faire comprendre, c’est que d’être critique de ces expressions serait une insulte envers l’existence même des problématiques qu’elles tentent de cerner. Mais justement, c’est parce que ces expressions sont logiquement insultantes envers ces problématiques et envers la société en général, dans un sens de réalisme, qu’on en est critique.

Des problématiques gonflables

Depuis quand gonfler des problématiques est-il utile? Dire qu’il y a encore beaucoup trop de viol, de racisme, de sexisme et de xénophobie n’est-il pas suffisant pour mettre en oeuvre une démarche pour trouver des solutions? Toute l’énergie dépensée à justifier théoriquement l’existence de ces concepts – de la culture du viol, du racisme systémique, du patriarcat et de l’islamophobie -, et surtout d’en faire la propagande, ne serait-elle pas utilisée à meilleur escient si elle servait à chercher des solutions autres que de culpabiliser la société québécoise?

Parce que culpabiliser la société québécoise en pensant que c’est une solution efficace, c’est aussi utile que de prier son Dieu en guise de solution pour sauver le monde.

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Racisme systémique et emploi, une vérité révélée

Faisons encore un petit tour de la question du racisme systémique, ou plus largement de la discrimination systémique. D’ailleurs, je continue d’y réfléchir et d’en parler parce je trouve que cette question est défendue comme une vérité révélée, comme une croyance religieuse. Comme le croyant religieux croit que Dieu existe entre autres parce que la beauté et la complexité du monde en seraient la preuve, le croyant en l’aspect systémique des problèmes de racisme et de discrimination y croit parce que visiblement ces problèmes existent. Le seul fait de ces problèmes en serait la preuve et l’utilisation de l’adjectif « systémique » en est ostentatoire.

Commençons par le début. On dit que « systémique » réfère au système. Or, ce terme a une définition assez large. Bon, nous pouvons dire sans nous tromper que le racisme (ou la discrimination) est à la base lié a un « système » de pensée. Si le terme « systémique » réfère aux systèmes de pensée et non au système dans un sens de fonctionnalité et surtout de prises de décisions appliquées, l’expression « racisme systémique » n’est sémantiquement pas très loin d’être un pléonasme… Et si un problème systémique est un problème inconscient, comme on le suggère aussi, on pense tout de suite à une contradiction, voire à un paradoxe, puisque l’idée même de prouver les tenants et aboutissants d’un problème inconscient est contre-intuitive.

Un terme fallacieux

Mais si un problème systémique est effectivement un problème de fonctionnement et de prise de décision, donc avec un système organisationnel comme c’est le cas pour le marché de l’emploi, il faudrait démontrer – pas qu’il y a un problème de discrimination, ça nous le savons -, mais que le problème est officialisé, qu’il est basé sur des règles officielles. Donc que l’organisation est sciemment discriminatoire. Il est possible de le prouver, mais il faut le prouver avant de pouvoir dire que le problème est systémique. Sauf qu’on avance qu’il est déjà systémique, et comme preuve on avance que les chiffres prouvent que les minorités sont moins choyées en ce qui a trait à l’emploi. En induisant bien sûr que ces chiffres pointent obligatoirement un effet discriminatoire.

Ainsi, l’emploi du terme « systémique », avant que toute preuve soit démontrée, est fallacieux. Parce qu’on dit, à la manière d’un paralogisme :

– Que les chiffres montrent que les minorités ont plus de difficulté dans le marché de l’emploi.
– Que le marché de l’emploi est discriminatoire envers les minorités.
– Que le marché de l’emploi est mené par des organisations.
– Qu’un problème systémique est organisationnel.
– Donc, qu’il est prouvé que le marché de l’emploi a un problème de discrimination systémique envers les minorités.

La présupposition d’une causalité systémique

Que manque-t-il à ces énoncés et à cette conclusion pour que tout cela soit concluant, justement? La preuve qu’il existe un système discriminatoire. Le fait par exemple qu’un patron d’une compagnie choisit d’exclure un candidat issu des minorités – seulement parce qu’il est issu des minorités, sans égard à ses compétences – serait en effet discriminatoire. Mais peut-on tout bonnement dire que la décision de ce patron est garante de son organisation, encore plus, de toutes les organisations du même type, de toutes les entreprises? Bien sûr que non, mais cette idée de « racisme/discrimination systémique » le présuppose. La présupposition d’un effet systémique fait office de preuve. D’ailleurs, une des définitions du terme « système » dans le dictionnaire Antidote illustre tout à fait bien cette idée :

« Organisation que l’on présuppose pour expliquer les relations de plusieurs éléments entre eux. »

Il faut dire que même si des chiffres démontrent qu’il y a un problème d’embauche en ce qui a trait aux citoyens issus des minorités, cela ne démontre que l’existence dudit problème. De là à prouver qu’il est discriminatoire, et qu’ensuite cette discrimination est systémique, il y a des pas très difficiles à franchir. Même un million de décisions qui apparaissent comme discriminatoires ne font pas en soi la démonstration d’un système discriminatoire, ce ne sont qu’un million de décisions qui peuvent être, dans le pire des cas, un tout discriminatoire, mais il faut démontrer qu’il y a un lien causal entre elles et qu’il est concerté, globalement ou en plusieurs parties. La théorisation réussit à très bien faire ces liens. Nous le voyons bien, c’est le propre des théories. Mais dans la réalité il faut prouver ses dires au-delà de ce que les chiffres peuvent proposer comme analyse.

Cerner autrement les problèmes des minorités

Il faut qu’il soit bien clair que mon but ici n’est pas de nier les problèmes de discrimination. Il y en a assurément, comme dans toute société. Mais mon but est de pointer le fait qu’il est contre-productif de chercher à réduire tous les problèmes d’emploi vécus par les minorités à de la discrimination, qui en plus, serait systémique. D’autant plus que le signal que nous envoie le « système » depuis de nombreuses années, en tout cas étatique, c’est qu’il fait de la discrimination positive pour aider les minorités à se trouver de l’emploi. Même que le secteur privé se met aussi de la partie, peut-être pas encore parfaitement, mais il y a visiblement des efforts. Nous sommes loin d’un racisme systémique qui a conduit naguère le gouvernement canadien à enlever les enfants autochtones de leurs parents pour les envoyer dans ce que l’on pourrait appeler des camps de rééducation…

Un complot raciste?

Donc, ce que ce recours à l’expression « racisme systémique » envoie comme message, c’est que dans le fond tous ces efforts ne seraient qu’une façade et qu’il y aurait une sorte de complot raciste pour maintenir les minorités dans la précarité. Ce qui est absurde à la base, puisque le gouvernement canadien, avec l’aval du gouvernement québécois, ouvre toutes grandes les vannes migratoires depuis de nombreuses années, malgré les nombreuses critiques concernant les difficultés d’intégrations et de francisation, dans le but avoué de fournir le marché de l’emploi. Et si le problème était simplement un manque d’organisation et non les organisations elles-mêmes?

Creuser le fossé

Certaines personnes peuvent bien croire qu’il y a ici un grave problème de racisme systémique. Et que la solution ultime est que de plus en plus de gens le croient avec la seule preuve que des chiffres prouvent que les minorités ont plus de difficultés selon le portrait global. Il reste que s’il n’y a pas au final de preuves qu’il existe un ou des systèmes discriminatoires, ou si peu, la commission devenue consultation, ainsi que la rhétorique qui a oeuvré pour la mettre en place, n’auront servi qu’à creuser encore plus le fossé entre la société d’accueil et la population immigrante et issue de l’immigration, en tout cas celle qui a répondu par l’affirmative à l’appel du communautarisme des victimisés. Fossé qui a été initié par le refus de certains de prendre en compte les questions légitimes que posaient la crise des accommodements raisonnables ainsi que le dossier de la laïcité.

C’est ainsi que l’on mousse les réactions extrémistes, des deux côtés. Autant pour ceux qui veulent croire que l’immigration est un complot pour les faire disparaître que pour ceux qui veulent croire que la société d’accueil québécoise est systémiquement raciste/discriminatoire.

Tout ce que je veux croire, c’est qu’il est possible d’avancer socialement en dehors de ces tendances qui nous font perdre un temps précieux.

 

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