Laïcité – Entre le voile et l’hypersexualisation

Actuellement, le dépôt du projet de loi caquiste sur la laïcité met de l’huile sur le feu d’un débat qui s’est toujours concentré, malheureusement pour les uns et heureusement pour les autres, sur le port du voile. En dehors de cette considération, il reste que cela illustre tout à fait bien le fait que la laïcité a de la difficulté à s’imposer en tant que prérogative de la citoyenneté. Et cela, alors que cette partie du champ politique rend compte de l’importance du caractère collectif et de ce lien présent qui, dans chaque individu, exclut ses intérêts particuliers. Ce qui fait que la laïcité est contredite par la primauté de l’individu, et de ses droits et libertés, tout autant qu’elle la contredit.

La sortie de Justin Trudeau

La sortie récente de Justin Trudeau le montre bien. En arguant l’importance de la liberté dans un sens immensément idéaliste, il contredisait lui-même son poste. Et comme représentant du tout collectif (dont la société québécoise fait partie), et comme acteur politique de premier rang. Et cela, alors qu’il devrait être grandement conscient de son rôle et du rôle de la politique. Ne sait-il pas que la dynamique politique tourne autour d’un positionnement entre, et les contraintes et les libertés, et les droits et les devoirs, pour arriver à des décisions qui auront des conséquences plus clairement légales que morales? Il devrait savoir que tout ce qui participe à rendre effectives des lois, alors qu’il y participe consciemment depuis assez longtemps, est contradictoire avec l’idéal de liberté qu’il met de l’avant. Donc, en refusant de considérer la laïcité autrement que comme une atteinte à cet idéal de liberté en particulier, il commet la faute de rendre caduque sa propre légitimité de contrainte pour les autres sujets, en tant que décideur de premier rang.

Une question de contexte

Sinon, je n’ai aucun problème avec le fait que quiconque défende le port du voile pour les agents de l’État. La liberté d’expression le permet et elle m’est chère. J’aimerais même qu’on me convainque que le port du voile dans ce contexte ne pose aucun problème, mais rien n’y réussit. Je vois toujours plus de problèmes à ne pas l’interdire qu’à l’interdire. Même que j’aimerais être convaincu parce que je suis foncièrement pour la liberté. Et plus intimement, parce que je ne me sens pas à l’aise avec le fait de défendre une position qui veut la contraindre. Mais, visiblement, contrairement à Justin Trudeau et consorts, je refuse de m’appuyer sur mes sentiments quand j’analyse la liberté – tout comme pour n’importe quel sujet d’ailleurs. Ainsi, je ne peux jamais considérer la liberté comme une fin en soi : il devrait pouvoir y avoir des limites là où les libertés des uns contredisent les droits des autres. Je pense donc que le droit des citoyens est plus important que la liberté des individus dans le contexte où la question de la laïcité se pose. Et elle se pose seulement dans le contexte de la sphère civique, ce qui ne revient aucunement à la contraindre dans l’espace public.

Ce qui fait en sorte que pour moi, le problème avec la position globale dont Justin Trudeau se réclame, c’est qu’elle construit son argumentation en ne prenant jamais la pleine mesure du contexte civique. Prenons par exemple l’argument qui fait un rapprochement entre le voile islamique et la mode hypersexualisée. Alors que son but est de justifier la liberté totale de porter le voile en arguant qu’il n’y aurait pas de contrainte envers l’hypersexualisation vestimentaire, ou tellement peu que cela ne pourrait servir de contre-exemple pour justifier une contrainte au port du voile. Par conséquent, l’idée même de contraindre le port du voile devient hautement liberticide. Et pour arriver à le démontrer, il lui suffit de ne pas considérer honnêtement le contexte civique dans lequel on peut légitimement défendre une logique laïque qui demande de contraindre le port des signes religieux. Pourtant, par le fait même, on semble oublier que le rapprochement entre le port du voile et la mode hypersexuelle fait ressortir leurs différences et qu’elles ne pourraient qu’être favorables à leur position. C’est ce que je tenterai de démontrer dans les lignes qui vont suivre.

Une expérience de pensée

Afin de montrer clairement que cet argument en particulier ne tient pas la route, tout comme ce qu’il a en commun avec l’argumentaire général, je suggère une expérience de pensée, une fiction vraisemblable. Tout d’abord, je propose une réalité alternative où il ne serait pas inscrit dans nos moeurs qu’une enseignante ne doit pas se présenter au travail avec une tenue digne d’une effeuilleuse. C’est-à-dire, un contexte où l’hypersexualisation serait tellement normalisée qu’il y aurait un flou suffisant pour justifier ce qui va suivre. Alors que dans notre monde, il est bien évident que se présenter ainsi en classe devant des enfants et des adolescents ne se fait pas. Et, pour le besoin de la démonstration, cette réalité serait quand même semblable à la nôtre, dans le sens que ce genre de tenue, devant le fait accompli, n’y soit tout de même pas acceptable. Imaginons alors, dans ce contexte, le cas inédit d’une enseignante qui se présenterait à l’école dans un accoutrement qui cacherait à peine ses attributs, avec tout le tollé que cela susciterait. Bien sûr, imaginons aussi que les arguments contre l’hypersexualisation fuseraient comme ceux pour le droit de s’habiller librement, dont se réclamerait l’enseignante en question.

Entre la fiction et la réalité

Alors qu’il s’agit de faire une comparaison entre le cas fictif de la tenue sexy et le cas réel du voile, certains se diront sans doute qu’on ne parle pas du tout de la même chose, donc qu’on ne pourrait comparer la liberté vestimentaire et la liberté religieuse/de conviction. Pourtant, dans les faits, il y a un argument pour le port du voile qui est construit à partir d’un amalgame entre ces deux libertés : la liberté d’expression des convictions religieuses par ostentation (avec un vêtement ou un symbole religieux). Encore, certains iront même jusqu’à nier l’utilité de cette expérience de pensée en déclarant que ce sont deux contraires : le voile est pudique et ne pose donc pas de problème à l’école, tandis que la mode hypersexualisée est indécente et n’a donc pas sa place à l’école. Mais du moment où nous pouvons considérer que deux objets ont une valeur différente, nous ajoutons les considérations morales dans le calcul. Alors, il devient impossible d’argumenter seulement dans le sens de la liberté.

La raison en est très simple : si on défend réellement le port du voile pour les enseignantes en dehors des considérations morales, et seulement au nom de la liberté, on devrait pouvoir, pour les mêmes raisons, aussi défendre le droit des enseignantes de porter des tenues hyper sexy en classe. Cette position est défendable, et ce n’est donc pas celle que je critique ici. Je critique plutôt celle qui repose sur cette idée que même si la mode hypersexuelle pose problème, il n’est pas interdit de la suivre. Et que, par conséquent, le port du voile serait victime d’un deux poids deux mesures et qu’il serait contradictoire de proposer l’interdire et discriminatoire de l’interdire.

Décontextualisation et libertés fondamentales

Là où le bât blesse, c’est que cet argument, en plus de décontextualiser le débat sur la laïcité, décontextualise l’acceptation sociale quant à la mode hypersexuelle. Oui, les femmes sont libres de porter des tenues hyper sexy, mais seulement là où le contexte le permet, ce qui n’est pas le cas entre autres pour celui de l’école, comme le fait ressortir mon expérience de pensée. Ainsi, en éliminant de l’analyse la contrainte déjà effective par les moeurs, on peut arguer que les tenues sexy ne sont aucunement contraintes puisqu’il n’y a pas de réglementation qui les visent directement et faire ressortir qu’il y aurait une injustice dans le fait de traiter différemment le port du voile.

Aussi, l’argument de la primauté des libertés fondamentales pour le défendre est une bonne illustration de cette décontextualisation, et de l’amalgame fallacieux qui réunit liberté vestimentaire et liberté religieuse/de convictions. C’est qu’on s’y aveugle tout autant du fait que l’hypersexualisation est déjà contrainte par les moeurs et qu’elle l’est indirectement par l’imposition de règles vestimentaires, dans les domaines privés et publics, puisqu’elles prescrivent de s’habiller convenablement. Idem pour ce qui est de l’interdiction, par règlement, d’exprimer ses convictions autres que religieuses, comme c’est le cas dans la fonction publique. Ainsi, pour prévenir une injustice envers le port du voile, on demande un traitement égal au nom de la liberté, alors que dans les faits cette liberté est partielle quand il s’agit des autres choix vestimentaires et de l’ostentation non religieuse. Et on ne tient pas compte aussi du fait que ceux qui sont pour la contrainte des signes religieux au nom de la laïcité demandent aussi un traitement égal, alors que celui-ci doit obligatoirement passer par un règlement, parce que le port du voile ne se trouve pas déjà contraint, à part bien sûr, indirectement, par la critique.

Liberté vs morale

Mais revenons à la question de la liberté et de la morale. On a d’un côté cette idée que la liberté de porter le voile ne pourrait être contrainte d’un point de vue moral – même pour le bien-être moral des enfants et par un refus moral que l’État cautionne l’expression des convictions religieuses en laissant cette liberté à ses agents. Et de l’autre, on constate que le fait même de pointer l’hypersexualisation repose sur un jugement moral et une analyse critique qui remet en question l’idée même qu’il y aurait liberté à se vêtir de la sorte.

S’il n’était question que de liberté, les considérations concernant les élèves n’auraient pas leur place et, à partir du moment où une enseignante ne se présente pas complètement nue, la question de l’indécence ne devrait même pas se poser, de même que l’ostentation religieuse de la femme voilée. Et s’il n’était question que de morale, la liberté vestimentaire comme la liberté de conviction n’auraient rien à y faire. La question à savoir comment il est acceptable de se vêtir devant les élèves serait la seule à prendre en considération. L’indécence serait bien sûr inacceptable, mais il y a fort à parier que la décence exprimée par le voile ne pèserait pas lourd comparé à tout ce qu’il exprime aussi, notamment en ce qui a trait à l’égalité des sexes, si bien sûr cette égalité était acceptée socialement comme une vertu plus importante que la décence. Mais en analysant strictement le tout d’un point de vue moral, cela aurait au moins l’avantage de mettre l’idéal de liberté sur le même pied d’égalité que les autres considérations morales.

En fait, cela démontre encore que l’argument pour la liberté de porter le voile ne prend pas pleinement la mesure du contexte dans lequel cette question se pose, de même que pour ce qu’implique vraiment la liberté et le respect des différents points de vue moraux. Et ce que cela fait encore plus ressortir, c’est que cet argument en faveur de la liberté ne fonctionne vraiment que s’il s’appuie sur un point de vue moral qui trouve acceptable le port du voile dans le contexte de l’école, puisqu’en plus de n’est pas être indécent, il magnifie la liberté vestimentaire et la liberté de religion. Alors qu’ironiquement, ce même argument en faveur de la liberté rend inacceptable le point de vue moral qui considère que le voile n’a pas sa place sur la tête d’une enseignante. Alors, si nous poussions un peu plus loin sa logique, nous pourrions sans doute arriver à la conclusion qu’il place la liberté et la morale du côté de la religion et de ceux qui la respectent, alors que certains la respectent au point d’avoir un regard empathique envers ceux qui commettent des attentats meurtriers en son nom…

La liberté prise en otage par la liberté

Alors, il faut assurément conclure que cet argument en faveur de la liberté n’est pas aussi libre qu’il le laisse croire. Et cela, parce qu’il se réfère seulement à une partie de notre réalité morale, à cette partie qui n’inclut pas les contraintes vestimentaires déjà effectives tout en incluant cette idée qu’il irait de soi que l’hypersexualisation, donc l’indécence, devrait être contrainte, alors qu’elle l’est déjà! Mais peut-on vraiment se réclamer de l’idéal de liberté quand on instrumentalise ainsi, aussi péjorativement, la liberté de se vêtir hypersexuellement? Et cela, tout en réduisant cette liberté à un esclavage inconscient au patriarcat, à une soumission systémique au diktat de la femme-objet, comme s’il était impossible que ce phénomène soit même seulement en partie culturellement acceptable dans certains contextes?

Et ce qui est surtout très discutable, c’est qu’en même temps de trouver normal que l’indécence soit inacceptable – ou de reléguer cette considération au second plan -, cet argument peut tout de même se réclamer de la liberté, mais par défaut. Implicitement, il n’y a effectivement pas de prescription pour les enseignantes en ce qui a trait à un niveau de décence : évidemment, personne ne leur demande de porter le voile ni de couvrir un maximum de peau. Et bien sûr, personne ne se réclame de ce fait en guise d’argument, mais cela démontre par l’absurde ce qui circonscrit réellement cet espace de liberté vestimentaire. Donc, la question à savoir ce qui est moralement acceptable dans tout contexte, et que la liberté ne pourrait être la seule considération au centre du questionnement moral.

Sinon, même si on peut remettre en question l’utilité de mon expérience de pensée, elle a quand même servi à rappeler que la question de l’hypersexualisation des enseignantes ne s’est jamais posée et ne se posera sans doute jamais. Et qu’il n’est aucunement probant de poser la comparaison entre le port du voile et les tenues hyper sexy dans le contexte du débat sur la laïcité. Parce que cela ne fait que détourner la question du débat au profit d’une seule vision du monde, tout en expulsant les autres de l’arène, ce qui permet, injustement, de s’autoproclamer vainqueur, donc du bon côté de la vérité.

Et ce que je voulais absolument démontrer ici, c’est que le débat sur la laïcité ne peut que s’enliser si on tient à le faire tourner autour de la liberté individuelle des convictions religieuses tout en posant sa contrainte comme une atteinte aux libertés fondamentales, donc comme une discrimination. Si la liberté nous est importante, il ne faudrait pas lui concéder le pouvoir de prendre en otage toute la société en lui donnant le rôle de ruban adhésif, pour l’empêcher de parler, et de corde, pour l’empêcher de bouger.

 

Photo : thedailychrenk.com

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Panser la laïcité

Force est d’admettre que l’on s’enlise dans le débat sur la laïcité. Parce que deux points de vue, omniprésents, qui n’ont visiblement pas comme premiers soucis la laïcité, se disputent la place centrale. En fait, ils se servent de la laïcité pour asseoir leur légitimité propre, qu’elle provienne de la défense de la majorité ou de minorités. Et pour y arriver, consciemment ou inconsciemment, ils font une distinction entre ce qui relève du domaine public et ce qui relève du domaine privé. Rejetant d’autant l’application de la logique laïque dans le domaine où se trouve ce qu’ils défendent.

Ainsi, pour ceux qui défendent le crucifix à l’Assemblée nationale, la laïcité ne doit pas s’appliquer au domaine public, dont fait partie le patrimoine, l’histoire, les institutions, etc., puisque tout cela appartiendrait de droit à la majorité de souches canadienne-française. Et de l’autre côté, pour ceux qui défendent le libre port des signes religieux pour les représentants de l’État, la laïcité ne doit pas s’appliquer au domaine privé, dont fait partie le corps, la conscience, les convictions personnelles, etc., puisque de le contraindre contreviendrait aux droits et libertés fondamentales.

Privé, public, civique

Pourtant, la laïcité n’est pas un concept qui s’articule autour de ce qui est public ou de ce qui est privé. Comme elle n’a pas pour finalité d’être un cadre pour les droits collectifs ni pour les libertés individuelles. En fait, elle se place en amont. Donc, pour bien la comprendre, il faut évacuer toutes ces questions et se concentrer plutôt sur son impératif clair de séparation entre la religion et l’État. Et cela, autant pour ses acteurs que pour ses institutions, en ce qui a trait à la symbolique, à leurs décisions et à leurs applications.

Pour y arriver, la laïcité doit se penser dans la logique de la sphère civique, en dehors de la sphère privée et de la sphère publique. Il faut la penser à cet endroit où le rapport entre l’individuel et le multiple passe obligatoirement par l’État. Donc, par le fait même, elle trouve exclusivement sa légitimité dans l’espace défini par là où elle s’applique, c’est-à-dire dans l’espace de la citoyenneté. Il s’agit de cet espace où l’individu s’efface pour laisser la place au citoyen. Ce citoyen qui a tout à fait droit à la neutralité de l’État dans cet espace, ce qu’implique la laïcité comme prérequis pour la liberté de conscience. Tout comme ce citoyen y a la liberté d’expression de ses convictions (religieuses ou autres), pour le peu qu’il n’y tienne pas un rôle d’autorité pour l’État (et même seulement un rôle de représentant, sans ou avec peu d’autorité).

Un argument circulaire

Donc, pour l’expliciter plus amplement, j’ai concocté une forme d’argument, avec une base commune de deux prémisses indiquant ce qui relève du domaine public et du domaine privé, où il est possible d’arriver à deux conclusions contradictoires. Soit que la laïcité permet seulement le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale. Ou soit qu’elle permet seulement la liberté, pour tous les employés de l’État, de porter des signes religieux.

Avant de présenter cette forme d’argument, il faut que je spécifie un point important. Ce que j’avance ici est basé sur mon expérience et sur ma compréhension du corpus argumentaire des deux camps en présence, depuis plusieurs années, sinon presque une décennie. Elle ne pourrait donc pas être réduite à une réaction devant les raisons d’aboutir à ces arguments. Que ce soit la défense de la liberté d’expression, du droit aux convictions religieuses, de l’importance de l’histoire, de l’identité, du patrimoine, de l’égalité homme-femme, etc.

Alors, si on arrive tout de même à ne voir cet exercice que comme une simplification malhonnête de ces deux positions, on pourrait arguer que j’ai construit un homme de paille. Mais je suis disposé à relever le défi de ramener la plupart des arguments que l’on pourrait me présenter à cet antagonisme public/privé, ce qui d’autant rajouterait du coffre à ce qui va suivre…

Voici la base commune :

  • L’Assemblée nationale relève de l‘État, qui est laïc, et fait partie du domaine public.
  • Les agents de l’État, qui sont des personnes, ne font pas partie du domaine public, mais du domaine privé.

Ce qui donne comme conclusion, pour le maintien du crucifix :

  • Donc, puisque seuls les agents de l’État peuvent représenter consciemment et corporellement la laïcité, elle ne devrait pas pouvoir s’appliquer pour ce qui est du crucifix à l’Assemblée nationale, qui est un bien public.

Et la conclusion, pour la liberté du port des signes religieux :

  • Donc, puisque seule l’Assemblée nationale peut représenter la laïcité via le domaine public, elle ne devrait pas pouvoir s’appliquer pour ce qui est des signes religieux portés par des personnes, qui ont des consciences et des corps privés.

La dynamique d’exclusion

Comme vous l’avez assurément remarqué, le point de différence se trouve dans une négation partielle du principe de laïcité, tel qu’exposé au début du présent texte. Donc, pour chacun des cas, l’impératif de neutralité représentative est repoussé vers le domaine que l’autre idéologie considère comme important à libérer de cet impératif.

Et si j’ai réussi à concocter cet argument ambivalent et qu’il se tient tout autant d’un côté comme de l’autre, c’est que ces deux domaines sont bien évidemment, pour des raisons totalement contraires, étrangers à la laïcité. Ils ne font qu’y ajouter une dynamique d’exclusion : l’un exclut seulement le port des signes religieux sur soi, l’autre exclut seulement la légitimité de vouloir garder un crucifix sur un mur. Alors qu’en regard de la laïcité, selon que l’on voit le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein, tout est exclu ou rien n’est exclu, étant donné que par son principe la laïcité transcende l’exclusion ou l’inclusion pour s’arrimer au respect des convictions de tous.

Mais même si cet antagonisme public/privé peut être inconscient – alors qu’il joue évidemment un rôle de catalyseur pour détourner le débat de ce qu’implique vraiment la laïcité -, il a une double utilité pour ces idéologies. Premièrement, de concéder que l’interdiction du fait représentatif religieux se défend : ce qui permet logiquement de se proclamer pour une laïcité qui prend au sérieux la neutralité représentative. Et deuxièmement de protéger ce qu’il y a à défendre, de son propre côté idéologique. Sauf que le problème essentiel avec cette logique, c’est qu’elle repose sur une instrumentalisation de la laïcité à des fins idéologiques et non pas sur la logique civique, la citoyenneté.

La logique civique

Bien franchement, ce qui relève du domaine public ou du domaine privé a tellement peu à voir avec la laïcité que de s’en servir pour appuyer son argumentaire démontre une flagrante méconnaissance, et de la définition de la laïcité, et de son utilité. Que d’un côté on se targue d’être pour une laïcité « ouverte » ou que de l’autre on se défende d’être pour une « catholaïcité », il reste que les deux positions sont contradictoirement incompatibles avec la laïcité. Enfin celle qui se déploie seulement pour les droits liés à la citoyenneté dans la sphère civique, contre ce qui y est étranger, la religion, qu’elle prenne la légitimité du patrimoine ou de la liberté d’expression.

Et il n’est même pas question ici d’être contre le fait de défendre le patrimoine historique ni de défendre la liberté d’expression religieuse. La position défendue ici n’en est aucunement incompatible, à la condition de la comprendre dans la logique de la sphère civique. Personnellement, si je peux me donner en exemple, il m’arrive à l’occasion de les défendre tous les deux. Le problème, c’est de le faire là où cela n’a pas lieu d’être, donc concernant l’espace civique. Il y a toute la place disponible pour que se manifestent ce patrimoine et cette liberté religieuse dans l’espace public. Et cet espace est amplement capable de satisfaire le besoin de représentativité des gens plus conservateurs comme des plus progressistes. Ainsi que les droits et libertés.

Que cela vous plaise ou non, l’espace civique nous appartient collectivement encore plus que l’espace public. Il ne devrait donc pas nous être volé par la religion… Que ce soit via la peur maladive de disparaître culturellement et religieusement comme peuple fondateur, avec le déplacement d’un crucifix dans une autre pièce plus propice. Ou alors, que ce soit via la peur maladive de disparaître collectivement comme peuple accueillant, parce que selon certains l’officialisation d’une règle interdisant les signes religieux pendant les heures de travail nous salirait « xénophobiquement »…

Réaligner l’argumentation laïque

J’ai parlé à un ami de la rédaction de ce texte, alors que je ne savais pas trop son opinion sur le sujet de la laïcité. Il m’a pointé un élément de réflexion intéressant que je développerai pour conclure. Et c’est celui du fait que le sujet du crucifix est considéré comme secondaire pour certains, puisque le débat actuel, on le sait, a pour origine une réaction devant le signe religieux le plus évident et le plus choquant pour la société québécoise, soit le voile islamique. Et même que le but d’instaurer une laïcité plus stricte en ce qui a trait aux signes religieux va pour certains jusqu’à contrer l’islamisme qui serait, et seulement, derrière le port de plus en plus répandu du voile, ici comme ailleurs. Soit.

Le problème, c’est qu’en abandonnant pour ces raisons l’argumentaire strictement aligné à l’essence de la laïcité, on donne des munitions à ces deux camps qui minent le débat. Ainsi, il devient impossible de ne pas se trouver d’un côté ou de l’autre ou même des deux côtés à la fois quand arrivent les attaques, alors qu’elles dénaturent même les arguments les plus rationnels. La simple réalité que ce débat est l’effet d’une évolution de l’immigration devient la réalité que le Québec est raciste. Donc, tout le reste en découle. Alors, il est plutôt normal que de dire ouvertement que la démarche laïque actuelle a pour but de régler un problème avec l’immigration islamique braque beaucoup de gens au point de donner comme résultat un débat interminable.

Oui la démarche de laïcité est en réaction au contexte. Et c’est toujours le cas, comme n’importe quelle solution. Tout comme elle était une réaction à la base quand nous avons sorti partiellement l’Église catholique de l’État. Tout comme elle le serait si cette Église ou une autre avait réussi à s’y réinsérer d’une manière ou d’une autre.

Donc, en se réalignant sur un argumentaire strictement laïc, et donc équitable, on réussirait peut être à faire entendre raison à ceux qui ne voient dans ce débat que le possible aboutissent d’une injustice envers des individus et des collectivités, faisant partie de la majorité ou des minorités, selon leurs sensibilités et leurs attachements propres.

Citoyens ensembles avec la laïcité, ensembles en dehors de nos contradictions.

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L’habituation culturelle

Quand je vois ça, mon réflexe mental est négatif. Par contre, avant de sauter aux conclusions, lisez la suite.

Je ne suis pas meilleur qu’un autre. Je ne ferai pas ici semblant que je suis plus ouvert à la différence que la moyenne des gens. Parce que je ne pense pas que cela aurait un bon effet sur vous. Au contraire, un aveu de cette sorte aurait seulement toutes les chances d’induire chez vous une réaction de protection (pour préserver la légitimité de vos sentiments).

Parce que vos sentiments sont très forts. Bien plus forts que votre capacité de raisonnement. Tout simplement parce que cela demande un effort. Et que le cerveau a cette tendance à fuir l’effort, puisque c’est un avantage évolutif de ne pas avoir tendance à dépenser d’énergie s’il n’y a rien à y gagner personnellement.

Et je ne veux pas dire non plus que je suis meilleur qu’un autre en faisant cet effort. C’est une question d’entraînement. Et c’est pourquoi, après avoir outrepassé mon sentiment négatif, je suis arrivé à écrire ce qui suit, là où je suis tombé là-dessus :

Une chose est certaine, c’est qu’il faut une bonne dose de courage et d’audace pour s’habiller ainsi. Considérant les sentiments négatifs que cela suscite et qui, on le voit bien, n’arrivent pas à être modérés par la raison.

Pourtant, dans un sens, ce que ce jeune homme fait, ce n’est que nous montrer, je pourrais dire par l’absurde, que la notion binaire de genre – alignée au sexe de naissance – est toujours bien implantée et que ça ne changera pas du jour au lendemain.

Nos réflexes de pensée sont trop bien implantés et pour l’habituation, il n’y a rien de mieux que les petits pas.

Et je rajouterai que si je peux aujourd’hui porter les cheveux longs sans vraiment de problème – alors que c’est encore et toujours relié à la féminité -, c’est qu’il a fallu que cette relation culturelle avec la féminité soit au moins relativisée. Alors, mon allure ne suscite pas autant de réactions négatives que l’accoutrement de ce garçon.

L’habituation culturelle a fait son oeuvre et il faut lui laisser le temps. Et surtout, ne pas avoir peur de laisser la norme en pâture à ceux qui la remettent en question. Parce que la norme ne se transforme jamais plus vite que sa capacité à délaisser ce qui ne lui sert plus. Et ce n’est jamais à un seul jeune homme d’en décider, ni même à une minorité. Ils n’ont que le pouvoir de donner des directions aux changements, que la norme finira par accepter ou rejeter, en partie ou en totalité. Ce qui laisse quand même toute la place à la liberté d’essayer.

Et c’est cette liberté qu’il faut surtout respecter, tout en ne tombant pas dans l’erreur de l’idéaliser à outrance. Au risque de ne plus voir la réalité, dans toute son objectivité.

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Michelle Blanc, débats, civisme, sexe et norme

Je n’accepte pas ce tabou qui veut nous empêcher de nous exprimer à propos de ce qui a trait aux transgenres/transsexuels et aux questions plus larges liées au sexe et au genre. Alors que ce tabou n’a aucun effet sur ceux qui ont un avis complaisant à propos de ces questions. Comme je n’accepte pas la manie de certains de tenir à spécifier le sexe d’origine d’une personne trans quand on parle d’elle dans le sens de son nouveau genre/sexe. Par exemple, quand on se fait reprendre par quelqu’un parce qu’on a utilisé le pronom personnel « elle » pour pointer une personne transsexuelle auparavant de sexe masculin. Ce que j’ai subit. Et cette manie me semble encore plus détestable quand il n’est aucunement question d’un sujet en lien avec le phénomène trans ni avec les questions liées au sexe et au genre.

Le cas Michelle Blanc

Prenons Michelle Blanc. Dernièrement, elle s’est souvent retrouvée dans l’actualité, campagne électorale aidant. J’ai parlé d’elle à quelques reprises via mon compte Facebook et dans ce contexte, je ne voyais pas et je ne vois toujours pas en quoi la question de son genre/sexe est importante. S’il faut le répéter plus clairement : il n’y pas de lien entre Michelle Blanc la transsexuelle et Michelle Blanc la politicienne dans les questions que sa candidature soulève. D’autant plus qu’elle ne se présente pas comme représentante du lobby identitaire des trans ni comme représentante des femmes – comme l’est devenue d’ailleurs la transsexuelle Gabrielle Bouchard en acceptant la présidence de la Fédération des femmes du Québec -, mais pour mettre de l’avant ce qui touche les questions liées au numérique.

Mais ce qui est le plus important ici, c’est que je pense que de parler de Michelle Blanc au féminin est surtout une question de civisme, sans égard à ce que l’on pense de sa personne et/ou du phénomène trans. Et de plus, parce que le sujet de son genre n’était aucunement d’à propos dans ce qui était discuté à son sujet, tenir à le faire tout de même est pour moi un manque de respect, voire une injure, dans le contexte du débat public. Et dans cedit contexte, il faut aussi se demander ce qu’il y a d’utile à le faire, au-delà de la satisfaction personnelle. Que ce soit dans le but d’un simple défoulement ou pour faire la démonstration que l’on peut prouver, simplement en le nommant, qu’une personne trans avait auparavant un sexe de naissance différent ou avait une assignation de genre différente; et donc que l’attitude idéale à entretenir envers cette personne – ou cette catégorie de personnes – ne devrait se baser que sur ce fait. Même s’il n’est pas mensonger.

L’inutilité de personnaliser les débats

Pensons à un politicien obèse, à un politicien noir, à un jeune politicien, à un politicien homosexuel ou à une femme politicienne. Dans l’optique où je parlerais d’un sujet politique les concernant, en quoi serait-ce utile de pointer, pour chacun de leurs cas et pour n’importe quelle raison, les données liées à leur apparence physique, à leur l’âge, à leur orientation sexuelle ou à leur sexe/genre, si en plus il n’y a absolument rien dans le sujet politique qui est discuté qui pointe dans cette direction? Et, dans la même idée, mais pour donner un exemple qui va idéologiquement à contre-courant de la question précédente, pourquoi serait-il utile de pointer qu’un politicien est un homme blanc hétérosexuel d’âge mûr, mis à part pour faire une généralisation abusive ou pour imposer de force une conclusion que ce fait, soi-disant, illustrerait? Ce n’est pas utile pour le débat. Cela est contre-productif. On ne parle ainsi pas de l’objet du débat, mais des personnes. Il y a des magazines à potins pour ça…

Mais surtout, il faut se demander en quoi il serait utile de scander « homme! » ou « femme! » pour cette catégorie de personne, s’il n’y a pas d’utilité pour les personnes concernées. À ce que je sache, cette tactique qui se sert de la réalité biologique ne pourrait servir à amoindrir les phénomènes psychologiques et identitaires en jeu pour cette catégorie de personne, bien au contraire. Ni même servir à convaincre du bien-fondé des arguments critiques envers le phénomène entier et ses répercussions sociales. Pourquoi? Parce que justement les phénomènes psycho-identitaires en jeu ne sont pas détachés des considérations sociales, dans le sens que les interactions entre les individus – ce qui relève des moeurs, du civisme et de la sociabilité – comptent pour beaucoup.

En vertu de quoi, tenir à le faire peut très possiblement et vraisemblablement augmenter leur tension psycho-identitaire. Tout cela, en tenant pour acquis qu’une personne trans est par définition sensible à ce qui la définit socialement, tout comme pour n’importe qui d’ailleurs. Ce qui par extension peut donner le même effet à un plus grand nombre qui en serait témoin ou en aurait des échos, dans le contexte du débat public. Puisqu’il peut s’agir pour cette personne d’une preuve tangible de non-acceptation sociale. Et si on s’élève à un niveau plus global, il peut s’agir d’une preuve de la non-acceptation du phénomène individuel, dans ce qu’il a de personnel pour chaque personne trans : ce qui n’est pas la même chose que le phénomène social dans son sens large, celui qui peut être légitimement critiqué.

Ainsi, pour ce qui est du phénomène social dans son sens large, cette tactique est contre-productive. Parce qu’au lieu d’ouvrir un dialogue qui aurait une chance de trouver preneur en évacuant la donnée personnelle, elle est accueillie comme une solution radicale pour imposer son opinion, sans égard à ce qui est en jeu personnellement pour les personnes trans. Ce qui a pour résultat cette même perception de non-acceptation, générale ou particulière, pointée plus haut. Alors que le bien-fondé des arguments légitimes n’a pas, à ce que je sache, pour but de justifier un rejet social de ces personnes. Et pour rendre compte de la réalité, au lieu de contredire quiconque s’ajuste verbalement, par sociabilité, au nouveau genre d’une personne trans, il vaudrait mieux une approche plus constructive. Une approche qui entre autres ne laisse pas croire qu’on a une opinion défavorable envers cette catégorie de personne parce qu’elles bouleversent la norme – qui repose sur une correspondance entre le sexe de naissance et le genre. Alors qu’il est bien évident que les personnes trans ne le sont pas, pour la plupart, par simple choix, pour contredire cette norme.

Les opinions sur la binarité comme norme sociale

Ce qui suit vous semblera sans doute surprenant et même contre-intuitif. Si on faisait un calcul qualitatif des opinions les plus plausibles, il devrait vraisemblablement apparaître que les personnes très critiques des questions liées aux genres/sexes et les personnes trans devraient avoir en commun une opinion favorable envers la binarité sexuelle d’où découlent les genres correspondants. Parce que pour les personnes critiques cette binarité est ce qui sous-tend la norme en place, ce sur quoi ils s’appuient pour critiquer ce qui veut la transformer et surtout l’évacuer. Et parce que cette binarité est la référence, la réalité sur laquelle se base le ressenti des personnes qui vivent avec des difficultés psycho-identitaires, dont une des solutions thérapeutiques est une transformation de genre, qui peut ou non aller jusqu’à la transformation sexuelle, dans le but de s’y accorder.

Si vous doutez de ma dernière assertion, demandez-vous comment une personne pourrait sentir qu’elle n’est pas née avec le bon sexe – et donc que le genre qu’on lui a attribué n’est pas le bon – s’il n’existe pas de genre, s’il n’y a pas deux genres qui correspondent aux deux différents sexes dont héritent quelque part durant la gestation les animaux que nous sommes, pour permettre la reproduction de l’espèce?

Donc, une opinion défavorable envers la réalité de la norme binaire peut seulement être logique pour une personne qui voudrait carrément qu’on abolisse la notion de genre. Mais elle est illogique pour quiconque fait reposer de quelque manière que ce soit son identité sur cette notion, même pour ceux, cela vous surprendra encore plus, qui se réclament de la fluidité des genres. Puisque dans cette idée de fluidité, on ne fait pas table rase de la notion de genre, bien au contraire : on réclame le droit de passer d’un à l’autre ou d’en faire un mélange qui ne les annulent pas, mais bien qui les fait cohabiter. Et sur quoi repose ce « droit », si ce n’est sur une internalisation de cette réalité binaire qui se constitue a priori, par les moeurs via sa transmission générationnelle, alors que l’on désire une plus grande liberté a posteriori sur sa propre assignation de genre?

On ne peut pas logiquement nier que les genres existent et qu’ils sont culturellement liés au sexe de naissance tout en les incarnant dans le sens qui est compris et accepté par tous. Autrement dit, le fait de passer d’un genre à un autre – dans un mode trans ou fluide – n’est pas une négation de la norme binaire. Ce déplacement entre les genres est plutôt une preuve comme une autre de l’existence effective de cette norme. Et si elle est remise en question par cela, ce n’est que pour y ajouter une dose de liberté, ou plutôt pour éliminer la contrainte sociale qui rend la vie des personnes trans et fluides plus difficile. Il est question de cette liberté de ne pas s’astreindre au genre assigné culturellement à la naissance, si on n’y trouve pas totalement son compte. Et de cette liberté d’y trouver aussi son compte.

Pour la diversité

Bien franchement, l’erreur est de considérer qu’un devrait exclure l’autre. Donc que d’y trouver son compte serait contradictoire de la bouleverser – tout en s’y référant, il faut le rappeler – parce qu’on n’y trouve pas totalement son compte. En fait, le problème qui devrait surtout nous concerner se trouve là où on tente d’interdire ou de condamner socialement le changement de genre au nom du respect de la norme binaire, le changement de sexe au nom du respect de la réalité biologique binaire ou carrément la norme binaire, au nom du respect de la diversité.

Tout cela pour dire que les gens qui se sentent concernés par ce problème devraient pouvoir combattre ensemble, en tout respect, sur le terrain des idées. Et cela, premièrement, pour préserver ce qu’il y a de positif dans la norme binaire, puisque nous y trouvons chacun notre compte, d’une manière ou d’une autre. Et encore plus, il faut combattre ensemble pour réitérer l’importance de la réalité factuelle – dont fait partie la réalité sexuelle humaine -, parce que c’est sur cette base que les arguments valables doivent reposer pour viser dans le mille. Et finalement, il faut se battre pour mettre de l’avant une vision de la diversité qui n’exclut pas la majorité plus en phase avec la norme binaire. Parce que la vision de la diversité qui est défendue actuellement, même si elle se targue d’être inclusive, n’est pas basée sur une définition juste de la diversité. On a plutôt affaire au lobby d’une certaine diversité qui se définit simplement par sa contradiction avec la majorité. Et toutes les diversités qui ne veulent pas tenir compte du mur que cette vision de la diversité dresse font partie de cette majorité honnie.

Laisser les corps au vestiaire de l’arène publique

En somme, le manque de civisme que j’exposais au début de ce texte ne fait qu’encourager l’incompréhension par rapport à ce que je démontre ensuite, comme quoi on extrémise la question de la norme binaire dans le sens de sa préservation ou de sa destruction, ce qui extrémise d’autant les positions de chacun, selon ses penchants idéologiques et/ou identitaires, en proie à la tyrannie des émotions. Et à l’intérieur d’un débat sain qui laisse les corps au vestiaire de l’arène publique, qu’est-ce qui nous empêche, et de respecter le souhait d’une personne trans d’être traitée en femme ou en homme en société parce que ça lui fait du bien personnellement, et de référer au sexe de naissance de cette personne (en particulier ou en général) quand cela sert à faire ressortir des implications importantes dans certains débats, puisque notre réalité sociale repose toujours sur une concordance entre le sexe de naissance et le genre correspondant? Bien franchement, personne ne devrait y voir un problème. Pas même Gabrielle Bouchard quand on soulève qu’il y a une certaine contradiction entre son sexe de naissance masculin et sa présidence d’une association défendant le droit des femmes…

Sincèrement, je pense que nous pouvons encourager la paix sociale en nous débarrassant de la tendance à personnaliser les débats et faire évoluer le débat public en prenant de front toutes les questions, même les plus sensibles, en dehors de la rectitude politique. Et pour moi, cela passe obligatoirement par une attitude respectueuse des gens dans le cadre de la sociabilité, là où le civisme prend tout son sens.

Et tout ce que je me suis évertué à faire ici, c’est d’essayer de vous convaincre de participer avec moi à déminer le terrain du débat public. Pour pouvoir enfin avancer, sans avoir peur de se faire exploser par le chantage émotif et par la censure, induite par la honte.

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Lettre à l’inspecteur antiraciste

Salut Xavier Camus!

Je communique avec toi ici sur mon blogue au lieu de Facebook parce que ça va t’être plus facile que de demander à un ami de te faire une capture d’écran, étant donné que tu m’as bloqué sur Facebook. Mais tu dois te demander pourquoi je suis aussi gentil…

Eh! bien! c’est que j’ai lu une de tes publications où tu parles du groupe que j’ai créé sur Facebook (Boycottons le Festival de jazz de Montréal #JeSuisSLAV) et j’ai trouvé que tu t’es amélioré. Même si tu réduis tous les membres du groupe à la catégorie « droite identitaire » sur une base discutable, tu n’as tout de même pas été jusqu’à nous qualifier d’« extrême-droite ». Même s’il te manquait seulement un tout petit pas pour y arriver. Tu t’es visiblement gardé une petite gêne et je t’en félicite.

Pour t’encourager à poursuivre dans cette voie, je vais m’excuser de t’avoir traité de « nabot intellectuel ». Ce n’était pas chic de ma part… J’avais beau être fâché contre toi. J’avais beau être en furie de m’être fait bloquer après avoir tout simplement voulu discuter calmement d’un litige entre nos deux points de vue. Rien de tout ça ne pouvait justifier un coup aussi bas de ma part. Mea culpa. Par contre, je tiens à t’offrir plus et mieux.

Je sais que tu es un prof de philo, alors j’aimerais contribuer. Donc, je t’offre un petit cours en accéléré sur l’antiracisme. J’espère que ça te servira, que ça te fera voir les choses plus grandement. Trêve de bavardage, je me lance!

Le cours : première partie

Dans le monde occidental, l’antiracisme traditionnel œuvrait essentiellement pour l’inclusion des groupes minoritaires dans le groupe majoritaire. Ce que la ségrégation ou tout autre système discriminatoire empêchait. (Je fais cette distinction pour rappeler que le racisme dans le monde occidental ne se résume pas à ce qui s’est passé au États-Unis, même si cet exemple est parfois bien utile.)

Ces antiracistes voulaient faire disparaître ces murs érigés par les arguments en faveur du bien-fondé des catégories raciales et de leur classement. Alors que ce classement avait pour but de permettre de juger de la valeur des individus inclus dans ces catégories. Comme de juger de la valeur de ces catégories. Pour permettre de justifier des discriminations envers les minorités non blanches.

En somme, cet antiracisme travaillait à faire disparaître l’importance de la couleur de la peau dans les rapports sociaux.

Alors que pour l’antiracisme actuel, il y a eu, on ne comprend pas trop comment, un retournement de situation. Celui-là oeuvre essentiellement pour l’auto-exclusion des groupes minoritaires du groupe majoritaire (entre autres, triste réalité, parce que des membres du groupe majoritaire sont toujours racistes, malgré le travail des antiracistes traditionnels).

Pour y arriver, cet antiracisme érige un mur entre la catégorie raciale blanche majoritaire et les autres – ceci en y incluant dorénavant la catégorie religio-culturelle. Et cela, pour pouvoir juger de la valeur des individus dans ces catégories selon un filtre victimaire : pour avoir de la valeur, une personne « racisée » doit s’identifier comme étant victime de racisme et une personne blanche doit acquiescer à cette victimisation (il faut noter ici que s’identifier comme étant victime de racisme n’est pas nécessairement en être victime dans les faits). Alors, ce filtre crée un autre mur – transcendant étrangement les catégories raciales – entre les tenants de ce nouvel antiracisme et les autres. Ce qui fait en sorte que dans cette nouvelle dynamique de séparation des races, pour ne pas dire de « ségrégation », un antiraciste blanc a plus de valeur qu’un noir qui n’adhère pas à ses idées. Comme un noir antiraciste a plus de valeur qu’un blanc qui ne l’est pas (en tout cas, pas selon ses termes actuels, alors qu’il peut tout à fait l’être selon l’antiracisme traditionnel).

En somme, cet antiracisme travaille à faire réapparaître l’importance de la couleur de la peau (et de la religion et de la culture) dans les rapports sociaux.

Deuxième partie

Autrement expliqué, en se servant de l’exemple états-unien, selon les antiracistes traditionnels, on pouvait considérer raciste quelqu’un qui se rendait dans une réunion du KKK. Et avoir minimalement un sentiment de suspicion envers quelqu’un qui allait voir un spectacle mettant entre autres en scène des comédiens blancs, peinturlurés, personnifiant des personnages noirs, parce qu’il n’était pas question que des noirs se mélangent à des blancs.

Alors que toute évidence, selon les antiracistes actuels, en se servant de l’exemple québécois, on peut considérer raciste quelqu’un qui se rend dans une réunion pour la laïcité de l’État. Tout comme quelqu’un qui va voir un spectacle mis en scène par un blanc, et dont la vedette principale est blanche, parce qu’il est entre autres au sujet de l’esclavage des noirs états-uniens et que culturellement sa matière première est certains de leurs chants.

En conclusion

Au-delà de trouver des victimes et des coupables, il faut se demander ce que ça donne comme résultat. Les nouveaux antiracistes auront beau justifier la légitimité de leurs recherches, il reste qu’au bout du compte le résultat n’est pas une plus grande paix sociale. Même qu’il est, pour certains individus plus fragiles, une raison de plus de sombrer dans le malheur, puisque cet antiracisme magnifie l’apparence d’inégalités, autant pour ceux qui peuvent se sentir victimes de racisme que pour ceux qui ont à coeur de les défendre.

Là où l’antiracisme traditionnel faisait œuvre utile en dénonçant le racisme direct, l’antiracisme actuel, en ajoutant et même en mettant au centre de ses revendications le racisme indirect, dilue son combat contre le racisme direct, le seul qui peut être pourfendu devant notre système de justice et trouvé à être prévenu légitimement par les instances gouvernementales.

Alors, s’il faut comprendre que les antiracistes actuels voudraient que le système de justice et les instances gouvernementales se transforment au point de punir le racisme indirect malgré la grande difficulté d’y arriver – comment par exemple prouver hors de tout doute l’incidence directe du racisme d’antan sur une personne « racisée » d’aujourd’hui en excluant totalement l’apport de sa propre subjectivité? -, les antiracistes traditionnels comme moi peuvent tout à fait avoir peur que l’arbitraire prenne le pas sur la liberté à un point liberticide. Et que les racistes, enfin ceux que nous combattons conjointement, y trouvent une raison de plus de hausser le ton. Si ce n’est, de passer à un niveau supérieur de violence.

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SLAV, Picasso, yoga et taches de rousseurs…

Hier, je suis tombé sur une publication Facebook d’un ami. Elle était ouverte seulement à ses « amis ». Voici pourquoi je ne le nommerai pas. Et en plus, il est un roux. (J’utilise sa rousseur à escient, vous comprendrez pourquoi plus tard.) Le plus important, c’est qu’il écrivait : comment fait-on pour s’approprier une culture? Picasso a-t-il fait disparaître l’art africain?

Ça m’a fait aussitôt penser à un conférencier, que j’ai écouté via YouTube, qui disait comment une économie basée essentiellement sur la connaissance serait supérieure à notre économie actuelle, basée essentiellement sur les biens matériels.

Parce qu’avec la connaissance – comme avec la culture -, contrairement à la matière, il n’y a pas de perte quand on la partage. On ne perd pas de connaissance en la partageant. Elle se dédouble et se dédouble. Elle est une ressource infinie. Il est donc possible d’avoir une économie basée sur la croissance infinie puisque le risque d’épuiser la ressource est nul. Et en plus, personne ne peut être lésé.

L’éclairage du succès

Alors, si Picasso s’est approprié la culture africaine, elle n’a tout de même rien perdu. Au contraire, elle s’est perpétuée. On a connu plus amplement l’existence de cette culture via cet artiste. Et si on considère qu’il y a eu une perte pour les Africains, c’est seulement dans un sens subjectif, interprétatif, lié à la nature étrangère de celui qui s’en est inspiré avec succès. Parce que, visiblement, il n’y a que le succès pour permettre de pointer l’éclairage sur cette inspiration. Ce qui me donne une bonne occasion ici de faire un lien avec la controverse à propos du spectacle SLAV, déprogrammé du FIJM : Betty Bonifassi s’est nourrie artistiquement des chants d’esclaves pendant une bonne vingtaine d’années, ce qui – oh! ironie – a même donné un spectacle au Festival international de jazz de Montréal, sans être inquiétée. Alors, on comprend bien son désarroi actuel…

Donc, un des problèmes avec cette idée d’appropriation culturelle, c’est qu’elle s’inspire de la logique de la dénonciation du capitalisme – ce capitalisme basé sur une économie de production de biens qui requiert en effet appropriation de matière et de force de production -, alors que la réalité de la culture est intangible, infiniment malléable et surtout, exponentielle.

Une vision propriétaire de la culture

Et si on regarde le terme « appropriation », on remarque son lien sémantique avec « propriété ». Cela parle beaucoup. On accuse le partage et l’influence interculturelle d’être du vol de propriété, mais en les condamnant ainsi on met aussi de l’avant une vision propriétaire de la culture, dans son sens large. Comme s’il était question des droits d’auteur pour les oeuvres des artistes vivants qui oeuvrent à nourrir une culture ou une autre, tout en espérant gagner leur croûte.

Dans le cas de ces derniers, il peut bien s’agir d’un vol de propriété, puisqu’il est possible de considérer que ces artistes peuvent perdre quelque chose qui aurait dû leur revenir de droit, dans le cas où leur paternité (maternité?) artistique est évidente. Mais dans le cas d’une culture ou d’une autre, puisqu’il n’y a pas pour ainsi dire d’évidence quant à l’appartenance directe pour des individus en particulier, il est seulement possible de considérer que c’est un vol de s’en inspirer ou de l’interpréter qu’avec une pirouette intellectuelle. Et cela, en confondant culture, comme fait d’un groupe identifié, et justice sociale, envers des groupes considérés comme lésés, économiquement, socialement et (peut-être même pas) culturellement. Parce que si on creuse un peu, l’accusation d’appropriation culturelle ne repose pas vraiment sur la culture…

Viser à côté

Ce n’est pas en soi le fait de s’inspirer d’une culture qui choque. Les humains l’ont toujours fait. Ni de faire carrément du mimétisme. Singer ce que les autres font est dans la nature humaine. Ce qui choque, c’est le fait que cette culture soit liée à une communauté digne d’être défendue. Et à des individus, qui se réclament de cette culture et qui se sentent lésés personnellement, pour des raisons surtout autres que culturelles. Qu’on touche à leur culture leur semble le comble!

Voilà pourquoi cette accusation d’appropriation culturelle vise la plupart du temps à côté en condamnant des manifestations culturelles qui sont respectueuses et surtout dont la genèse est un ensemble de bonnes intentions. Comme pour le spectacle SLAV. Ou en condamnant des pratiques qui font seulement du bien à des individus, comme pour le yoga. Etc. Alors que cette accusation semble bizarrement incongrue si on l’utilise pour dénoncer le Canada, pays de culture majoritairement anglophone, qui s’est construit identitairement et culturellement avec des éléments issus de la culture francophone : « Canada » étant le nom original de la « province de Québec », sa feuille d’érable étant un symbole qui remonte à l’époque de la Nouvelle-France, et son hymne national étant originalement un chant patriotique composé pour la Société Saint-Jean-Baptiste. Et cela, tout en ayant noyé petit à petit l’importance de ce peuple fondateur jusqu’au coup de grâce du multiculturalisme, qui a officialisé son droit de se taire, ce qui a toujours été le cas des peuples autochtones jusqu’à récemment.

Faire germer la beauté de la laideur

Si c’était possible, Picasso se retournerait dans sa tombe pour être bien certain de tourner le dos à ce que ce monde est devenu. Et mon ami, parce qu’il fait partie de la minorité des roux, pourrait m’accuser d’appropriation intellectuelle étant donné que ses mots ont servi d’inspiration à ce texte. Même si le temps que j’ai passé dessus ne me rapportera pas une traître cenne.

Mais il ne le fera pas. Je suis sûr qu’après l’avoir lu, il considérera avoir bien assez reçu en retour. Peut-être même beaucoup. J’ose espérer. Et c’est ce que devraient aussi penser tout ceux qui préféraient taire en eux la blessure bien personnelle et hautement respectable de la réalité historique de l’esclavage. Et ceux qui préféraient la dénoncer politiquement, entre autres par empathie. Parce qu’ils avaient oublié ou ne savaient pas comment les chants qui sont nés de cette laideur inhumaine sont beaux. Même chantés par une blanche et mis en scène par un blanc. Puisque la beauté est par essence inclusive.

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SLAV et les murs en bêtise armée

Décortiquons la pensée de ces gens qui, en usurpant l’antiracisme, trouvent à redire du spectacle Slav sans même l’avoir vu. Et cela, parce qu’il n’est pas entièrement conçu et interprété par des noirs alors qu’il est basé sur des chants d’esclaves noirs. Parce que l’interprète principale, Betty Bonifassi, et le metteur en scène, Robert Lepage, sont blancs. Et parce que sur six choristes, il n’y a que deux personnes noires.

Transparence totale, je ne l’ai pas vu non plus. Mais si on peut se permettre de porter des jugements sur la proposition de base et sur ses acteurs, je peux bien aussi les critiquer.

L’appropriation culturelle comme prise d’otage

Pour avoir assez lu et entendu leurs arguments, j’ai pu comprendre qu’il faudrait que tout artiste blanc qui veut s’appuyer sur un ou des éléments identifiés à la culture noire pour créer s’abstienne ou offre gracieusement son idée et sa démarche à un ou des artistes noirs. Sinon, c’est de l’appropriation culturelle. (On remarquera que cette expression prend en otage l’idée même de mixité culturelle et de l’apport nécessaire de l’influence en art.)

Donc, Betty Bonifassi aurait dû laisser le fruit d’une vingtaine d’années de travail, de passion (et une rencontre artistique très importante pour sa carrière avec le grand artiste Robert Lepage) à un ou des interprètes noirs. Même que Robert Lepage aurait dû refuser ou, tant qu’à y être, refiler le projet à un metteur en scène noir.

Mais, de toute façon, Betty Bonnifassi n’aurait jamais dû être choisie pour faire de la recherche sur les chants d’esclave en lien avec un projet théâtral (ce qui a été la genèse de ce projet et de deux albums où elle a enregistré ces chants). Et en plus, à la base, elle n’aurait jamais dû pouvoir trouver de matériel, puisque ce sont des blancs, le musicologue John Lomax et son fils Alan, qui ont travaillé d’arrache-pied depuis les années 30 pour archiver tous ces chants.

La voie de la disparition

Le choix que nous offrent ces antiracistes de pacotille :

– La lente disparition de cette partie essentielle de la culture noire.

– Une générosité disproportionnée de la part d’artistes blancs, imposée par la culpabilité.

Si ce n’avait été du travail de ces deux blancs pour les archiver, de concert avec des noirs qui ont bien voulu collaborer, cette culture serait déjà en voie de disparition. Et si on devait compter sur la générosité de quelconque artiste en lui imposant un sentiment de culpabilité, il ne se passerait pas grand-chose : le fait d’être artiste est déjà un « don de soi » qui demande en contrepartie, et c’est très légitime (pour les noirs comme pour les blancs) un « retour sur l’investissement ». Cela sonne pour le moins capitaliste, mais en-dehors de l’idéalisme et de la vertu, la réalité est que l’humain ne peut pas qu’être désintéressé, même en étant généreux. Il ne ferait que perdre.

Des communautés en vase clos

Alors, s’il fallait respecter la grille d’analyse de ces antiracistes, il ne se passerait absolument rien de transcendant dans la société. Les communautés noires et blanches travailleraient chacune de leur côté en vase clos, gardant jalousement leurs terrains culturels. Et si la mixité culturelle ne pouvait être possible que pour les noirs, il n’y aurait que la culture blanche pour s’immiscer dans leur culture. Et la diluer par le fait même, si on fait un calcul comptable.

En somme, leur vertu antiraciste encourage la cristallisation des communautarismes et enferme les cultures dans des exclusivités raciales, alors que cet adjectif d’un autre temps devrait plutôt être banni du vocabulaire. Puisqu’il donne des munitions à ce racisme insidieux qui met de l’avant le droit de propriété culturelle. Ce qui est plutôt ironique pour des gens qui pourfendent le capitalisme et qui ne réussissent qu’à voir dans Slav un projet de blancs qui profitent de la culture noire. Sans oublier qu’ils prônent aussi l’inclusion.

Pourtant, dans les faits, l’univers culturel est plus inclusif grâce entre autres aux Lomax, Betty Bonifassi et Robert Lepage de ce monde.

Enfin, si on considère que la société devrait ressembler à un espace ouvert, de bonne volonté, où les cultures se donnent la main au lieu de rester dans leurs coins à bâtir des murs, en bêtise armée, de victimisation et de culpabilisation.

Ces exagérations qui ne sont rien de moins que les armes des faibles de coeur et d’esprit, qui minent la paix sociale en jouant, comme des enfants, alors qu’ils sont surtout censés être des citoyens responsables, aux guerriers de la justice.

L’idéalisme mérite beaucoup mieux.

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Le mépris des hommes


Le mépris des hommes a le dos large…

J’aimerais pointer ici une citation de la poète Nicole Brassard, féministe et militante LGBT, qu’un ami a débusqué et déposé dans la section commentaire de mon compte Facebook, dans la foulée du débat concernant Denys Arcand et les « féministes enragées » :

Marc Lépine était aussi vieux que l’Homme et son mépris pour les femmes

Si je comprends bien, selon sa vision des choses, l’humanité s’est construite sur le mépris des femmes, puisque ce sont les femmes qui portent les enfants. Tout ce mépris aurait donné de l’élan aux coups de bassin de tous les hommes. Tout ce mépris aurait maintenu certains hommes avec leurs familles, comme il aurait brisé d’autres familles par adultère, sans doute parce que ce mépris aurait besoin de s’étendre…

Je veux bien, mais le problème en est que le mépris maladif personnel d’un Marc Lépine envers les femmes peut-il vraiment être comparé à ce mépris ancestral que Nicole Brassard voit assurément dans les moeurs sociales « patriarcales » des époques précédentes? Alors que ce mépris ancestral, s’il existe, n’était visiblement pas la conséquence d’une réaction directe, d’un ensemble de récriminations identifiées par un manifeste antiféministe, comme c’était le cas pour cet homme en particulier?

Le complot du patriarcat

Ce qui ne fonctionne pas avec cette vision des choses, c’est qu’il n’est pas vraisemblable que tous les hommes participaient activement et consciemment à ce « patriarcat », comme s’ils étaient les acteurs d’un complot savamment orchestré, basé sur un mépris masculin fondamental envers les femmes, pour les maintenir dans un rôle différencié; et je ne conteste aucunement ici la réalité de cette différenciation. D’ailleurs, il n’est même pas vraisemblable qu’il y ait eu, quelque part, à une époque ou à une autre, un projet de société patriarcal consciemment mis en place par un seul ou plusieurs hommes qui aurait fonctionné et donné des fruits… Et même si c’était le cas, sur quelle base pourrait-on justifier une culpabilité à rebours aujourd’hui?

Ce qui est vraisemblable, c’est que ces rôles avaient surtout une utilité; et qu’il va de soi que tout le reste en a découlé. Et ce n’est pas un hasard si dans l’histoire les femmes qui ont eu un grand pouvoir étaient surtout des femmes de milieux aisés qui n’avaient pas à se taper les tâches ménagères et à s’occuper à temps plein des enfants… Sinon, chez les gens ordinaires de bonne volonté, les petits pouvoirs se départageaient selon les impératifs pratiques liés à ces rôles.

S’aveugler de la nécessité et des différences

En conséquence de quoi, force est de constater que ces récriminations historiques envers les hommes sont malheureusement mues, et encore aujourd’hui, par un aveuglement de cet aspect pratique. Alors qu’il est profondément lié à la survie, en tout cas pour le plus grand nombre, et au fait de la nécessité. Celui de devoir organiser la vie de tous les jours selon l’incontournable différence fondamentale entre les hommes et les femmes : qui est de pouvoir ou non porter un enfant.

Ce qui, on peut difficilement en douter, a sans doute grandement influencé l’évolution des êtres humains au point où les différences physiques entre les deux sexes sont aujourd’hui la plupart du temps évidentes (il suffit d’avoir remarqué via des reconstitutions que les différences physiques de nos lointains ancêtres étaient loin d’être celles d’aujourd’hui).

Un déficit de réalisme

Ainsi, il faut un grave déficit de réalisme et une bonne dose de paranoïa pour réduire la situation des femmes à une conséquence d’un supposé mépris ancestral des hommes envers elles, qui aurait donné le patriarcat. Cela a peut-être du poids pour qui veut se convaincre que le combat féministe a besoin de ce genre d’argument, mais cet argument est contre-productif.

En tout cas, quand on considère comme moi que le combat des femmes, toujours d’actualité et toujours légitime, a plus besoin de la collaboration des hommes de leur plein gré que d’une démarche de chantage émotif. Alors que ce chantage a pour but de contraindre les hommes, avec la force de la culpabilisation, à expier la faute masculine originelle. Et surtout, à forcer leur aveuglement devant les défis et les problèmes réels que pose tout de même la pression féministe sur la société. Comme si les hommes n’avaient plus le droit d’en faire partie. Comme si cette pression était aussi parfaite que l’idéal qui la sous-tend.

Ce qui fait en sorte que, sans vouloir excuser le mépris actuel et bien réel des Marc Lépine en puissance qui, on le souhaite, ne passeront pas à l’acte, je vois très clairement que le mépris envers les hommes des Nicole Brassard de ce monde leur donne des munitions et encourage d’autres hommes à s’engager…

On accuse avec raison les puissants de ce monde d’encourager la guerre pour imposer la nécessité de la vente des armes, j’accuse ces féministes enragées d’encourager la guerre des sexes pour imposer la nécessité du message de leurs larmes.

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