La crise du COVID-19 et l’enjeu de l’immigration

Image par Pete Linforth de Pixabay

Bien étrangement, la crise du COVID-19 nous éclaire sur certains enjeux sociaux, comme celui de l’immigration.

Prenons les réactions de nos premiers ministres. Il y a deux jours, François Legault demandait la fermeture des frontières alors qu’il critiquait Justin Trudeau, parce qu’il trouvait qu’il n’allait pas assez loin, assez vite. Tout cela, alors que les scientifiques s’entendent pour dire que le danger de propagation du virus est assez évident pour réduire au maximum le trafic international. Heureusement, alors que je m’apprête à publier ce billet, Justin Trudeau vient d’annoncer que les frontières seront fermées aux non-résidents canadiens. Alors, vous comprendrez que pour la suite il sera question de la position d’il y a deux jours…

L’appréciation du danger

Il y a un parallèle à faire avec les positions respectives de nos deux premiers ministres à propos de l’immigration. Legault prône en quelque sorte une plus grande fermeture des frontières alors que Trudeau prône une plus grande ouverture. On dirait bien que la différence entre les deux tient dans leur appréciation du danger, s’il est même permis de parler en terme de danger pour ce qui est du sujet de l’immigration. Mais je vais me le permettre, si ce n’est que pour la clarté de l’analyse, parce que, bien sûr, il serait malhonnête de mettre sur le même pied d’égalité le danger du coronavirus et les problématiques (culturelles, économiques, etc.) liées à l’immigration.

Selon que le danger soit plus ou moins évident, la différence d’appréciation entre nos deux premiers ministres montre quand même bien où ils logent. Alors qu’il est très évident avec la COVID-19, force est d’admettre que Legault réagit à la mesure du danger tandis que Trudeau y réagissait mollement. Il suffira de mettre un bémol sur le consensus scientifique pour trouver que le premier ministre du Québec allait trop loin et que celui du Canada avait la bonne attitude. Donc, si nous nous alignons avec les scientifiques, François Legault avait la bonne attitude à ce moment. Et si le simple fait que le Canada soit une plus grande entité politique que le Québec justifie l’attitude plus prudente de Justin Trudeau quant à la fermeture des frontières, cela montre aussi le problème inhérent à réunir des populations dans de plus en plus grandes entités politiques. La lenteur de la Chine à réagir, alors même qu’elle est autrement plus autoritaire que le Canada, en est une bonne illustration.

Le « danger » de l’immigration

Pour ce qui est du « danger » de l’immigration, qui ne fait visiblement pas consensus, il apparaît que leurs positions respectives sont semblablement différentes. François Legault ne demande pas une fermeture des frontières, mais un resserrement des règles, puisque justement, le « danger » n’a rien d’évident. Sa position est à la mesure de la reconnaissance, par certains spécialistes, des problématiques que crée la mondialisation et la mobilité accrue qu’elle entraîne, selon la réalité des disparités nationales. Et nous savons que Justin Trudeau ne voit aucun problème avec l’immigration, même qu’il en fait l’apologie. Sa position est à la mesure de l’idéal d’une planète mondialisée, postnationale, où il ne resterait des identités nationales que leurs parts culturelles, plus ou moins individuelles, mais surtout débarrassées du lien territorial. Mais là où le bât blesse, c’est que leurs positions respectives sont décrites différemment selon les opinions sur l’immigration.

Si nous prenons les deux extrêmes, ceux qui ont un préjugé favorable ou défavorable envers l’immigration, les premiers considèrent que François Legault est raciste et/ou xénophobe, alors que les deuxièmes trouvent qu’il ne va pas assez loin, comme on considérera que Justin Trudeau est un exemple d’ouverture ou un danger… Et si nous retournons à notre comparaison avec la crise du COVID-19, les deux extrêmes s’alignant ou non au consensus scientifique, on jugera que François Legault fait ce qu’il y a à faire ou qu’il participe à l’hystérie collective, si ce n’est qu’il participe à ce qui se joue au-delà des apparences, pour les plus conspirationnistes d’entre eux. Quant à Justin Trudeau, on jugera qu’il n’en faisait pas assez ou qu’il en faisait trop. Pourtant, pour ce qui est de la comparaison entre la crise actuelle et l’immigration, il ne s’agit que de degrés différents quant à l’évidence du danger. Si François Legault fermait complètement les frontières du Québec à l’immigration, il y aurait de bonnes raisons de penser qu’il est raciste/xénophobe puisqu’il irait trop loin, par rapport à l’évidence du danger. Alors qu’il est déjà bien évident que Justin Trudeau fait de l’angélisme par rapport à l’immigration et qu’il nie la réalité des problématiques inhérentes au multiculturalisme, alors qu’il est simplement impossible que tout se passe absolument bien quand des individus avec des héritages immensément différents se rencontrent sur un même territoire. Et de le nommer ne relève aucunement de l’opinion.

L’évidence et la nuance

Sinon, ce que cette comparaison avec la crise du coronavirus fait ressortir, c’est que moins un danger est évident, plus la nuance est difficile à voir, alors que plus un danger est évident, plus la nuance est difficile à justifier. Et c’est ce qui fait qu’on a tendance à voir la position de François Legault sur l’immigration comme étant trop ou pas assez fermée, alors que, si on accepte le fait qu’il existe une problématique liée à l’immigration au lieu de voir dans ce fait un aveu de racisme/xénophobie, elle semble assez bien alignée à la réalité. Il devient ainsi plus facile de voir que le fait de vouloir réduire le nombre d’immigrants pour mieux les intégrer n’a rien à voir avec la fermeture, et d’esprit, et des frontières : ce n’est qu’une solution parmi tant d’autres possibles. Et c’est ce qui fait que la position plus nuancée de Justin Trudeau, par rapport à la crise du COVID-19, était difficile à justifier, puisque l’évidence du danger commande une réaction sans ambiguïté.

Alors, si je demande habituellement plus de nuance dans les débats, pour ce qui est de la crise actuelle, j’en demande moins. La nuance y est assurément contre-productive.

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