Liberté religieuse et coronavirus


Rigolons un peu. Enfin presque.

En appelant à la fin des rassemblements religieux, la directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, va-t-elle se faire traiter de raciste? Et Valérie Plante, puisqu’elle est d’accord?

Si on regarde les arguments qui permettent de traiter de racistes les gens qui sont pour la laïcité et/ou la sécularisation de la société, oui.

Donc, je veux et j’exige qu’elles soient traitées de racistes, par équité!

Liberté religieuse, santé publique et sécurité

C’est une boutade, mais plus sérieusement, si quelqu’un est raciste à partir du moment où il est pour une contrainte de la liberté religieuse, je ne vois quand même pas pourquoi cela ferait une différence quand il s’agit de santé publique. Nous avons bien vu que le super argument de la liberté de conscience a été maintes fois démontré étanche aux arguments de toutes sortes, même pour des raisons de sécurité, celles qui justement se rapprochent le plus de ce qui se passe actuellement avec la crise du coronavirus.

Pensons simplement à la levée de boucliers quand certains ont critiqué les éducatrices de garderie qui portaient la burqa ou à la controverse concernant le port du kirpan à l’école. La sécurité des enfants ne tient pas la route devant la liberté d’expression de sa religion. Sans oublier, pour les travailleurs sikhs, le droit de ne pas porter un casque sur les chantiers de construction, malgré un règlement loin d’être arbitraire…

Une question de vie ou de mort

On dira qu’en ce moment cela est une question de vie ou de mort et que c’est une situation exceptionnelle. Peut-être. Mais cela en dit beaucoup sur la place des règles et des lois en société, donc sur tout ce qui va à l’encontre de la liberté, en dehors du contexte exceptionnel actuel. S’il n’y a que les mesures, les règlements et les lois justifiés par des raisons de vie ou de mort qui soient vraiment défendables, autant dire que les autres n’ont aucune légitimité – ou une légitimité à géométrie variable selon le sujet.

Mais le problème, c’est qu’ainsi les mesures basées sur la discrimination positive ne sont pas plus défendables, puisque ce n’est pas une question de vie ou de mort d’encourager, pour le marché de l’emploi, l’égalité entre les hommes et les femmes, ni entre la majorité blanche et les gens « racisés ». Il est évident que l’idéal égalitaire – tout comme l’idéal laïque d’ailleurs – ne concerne pas des questions de vie ou de mort…

L’utilité des règles en société

Quand le problème du coronavirus sera réglé, il faudra qu’on ouvre honnêtement la discussion sur l’utilité des règles en société, ce qui impliquerait de mettre en veilleuse la primauté des individus et de leurs droits et libertés. Et cela, étant donné qu’il est impossible de trouver un équilibre là où une partie de ce qui est en jeu est considérée comme sacrée.

Sinon, nous continuerons à nous taper dessus à coups d’opinions intéressées et de théories partisanes qui ne sont que, parfois et par accident, dans l’intérêt de la société.

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