Élections 2014 – La fin du règne Marois dans un semblant de démocratie

J’écrivais, le 7 octobre 2010, concernant Pauline Marois et les élections qui allaient venir environ deux ans plus tard :

si le Parti Québécois veut un gouvernement majoritaire aux prochaines élections, il lui faudrait une nouvelle personne à sa tête. Mais les questions qu’il faut poser sont : est-ce que Madame Marois est dans le déni de la réalité ou non, et est-ce qu’elle met au-devant son parti ou sa carrière (puisque bien sûr cela serait beau dans un curriculum vitae : première Première Ministre du Québec — même dans un gouvernement minoritaire…)? Si j’étais elle, je ferais un tour de passe-passe du genre à Bernard Landry qui a démissionné pour cause d’un vote de confiance totalisant 76,2 % à un prochain congrès du parti. Mais elle n’est pas moi.

Elle récoltera un vote de confiance de 93,8%, et j’écrivais, pour accompagner une caricature où le PQ était symbolisé par une autruche, la tête dans un trou au sol : « les péquistes viennent tellement de se tirer dans le pied. »

Pauline_MaroisCe n’était vraiment pas parce que je n’aimais pas Pauline Marois personnellement, loin de là. C’est simplement que depuis qu’on lui a laissé le siège de chef du PQ, le 26 juin 2007, après que Gilles Duceppe se soit retiré de la course, il a toujours été clair (sauf pour les militants et les partisans) qu’elle ne passait pas auprès de la population en général. C’était tellement clair pour moi que je ne me suis jamais vraiment donné la peine de me poser la question à savoir si profondément je l’aimais ou non, au-delà de ça.

À ce que j’ai pu comprendre depuis tout ce temps, les raisons sont diverses et loin d’être majoritairement intelligentes. Évidemment, les pires, c’est le fait qu’elle soit une femme, qu’elle ait un faciès qui donne facilement l’impression qu’elle est hautaine et qu’elle a des airs inuits/asiatiques. Tout ça semblait occulter pour beaucoup trop de gens le fait de sa grande compétence comme politicienne et tout le coeur qu’elle y mettait. Elle a quand même occupé une quinzaine de ministères, et on ne l’a pas choisi à cause d’un programme de parité homme-femme…

Aussi, on a beau chialer à propos de sa fortune familiale, mais à cause de ça elle aurait tellement pu envoyer tout promener, et depuis longtemps, pour se contenter de se la couler douce en compagnie d’un passetemps beaucoup moins stressant, comme le jardinage, par exemple. Alors oui, je pouvais bien parler de carriérisme en 2010, mais je ne pouvais pas voir son don de soi et son courage comme je peux le voir aujourd’hui.

Tout cela ressemble à un constat mi-figue mi-raisin de la contribution de Pauline Marois à la politique québécoise. En regard du récit souverainiste, celui qui me parle le plus, elle est carrément une tache noire dans le tableau. Mais en regard du récit de la gouvernance et de la contribution politique, elle est une tache quand même assez lumineuse. Je réitèrerai donc ce que j’écrivais le soir de sa défaite : « Mes respects, Pauline Marois. Merci d’avoir été la première. »

Et, bien sûr, la défaite du PQ ne pourrait se lire seulement comme la défaite du leadership de Pauline Marois, contrairement à ce que pense Richard Le Hir. Quand on sait que la différence entre un gouvernement majoritaire ou minoritaire, et même entre un parti et un autre, se joue à l’intérieur d’environ un demi-million de voix (le PLQ a fait un gain de 400 000 voix pour partir de l’opposition et atterrir en gouvernement majoritaire), il est impensable que ces 400 000 voix aient toutes comme dénominateur commun une haine primaire envers Pauline Marois, et/ou même une analyse consciente des torts de son leadership. Malheureusement, il y a plus d’amateurs de hockey que d’amateurs de politique au Québec…

Ce que je crois, c’est que les évènements se sont enchainés et déchainés contre le PQ et que les sondages et les médias ont fait le reste pour cristalliser tout ça. D’ailleurs, vous remarquerez que les sondages, qui semblaient dans un sens absurdes étant donné que le PQ était bon premier au début de la campagne et que les briques éthiques tombaient à répétition sur la tête de Philippe Couillard et de son parti, prédisaient en général un moins bon résultat pour le PLQ que celui que l’on connait aujourd’hui. C’est dire que les sondages ont eu beaucoup d’effet, et il faut se référer au fait que « Plusieurs recherches indépendantes démontrent clairement que les résultats des sondages influencent les résultats d’une élection. » C’est comme si chaque sondage avait participé à influencer le vote pour le PLQ, et ainsi de suite, jusqu’au sondage suprême, celui du scrutin, qui ne fera que suivre la tendance pour lui donner réalité.

Oui, le PQ a fait une mauvaise campagne et a trop été sur la défensive. Mais, objectivement, ce n’était que des broutilles comparé à la mauvaise position du PLQ au niveau éthique que personne ne pouvait ignorer, à moins de faire de l’aveuglement volontaire ou de ne pas avoir suivi du tout la politique depuis longtemps (j’ose espérer que ces derniers n’ont tout simplement pas voté). Il faut donc creuser plus profondément pour trouver une explication, ou plutôt des explications à ce transfert de 400 000 votes vers le PLQ qui a fait reculer le PQ dans ses terres…

Selon ma lecture, le contexte du gouvernement minoritaire, naturellement instable, précipité assez rapidement en élection, autre gaffe du PQ, a joué pour beaucoup. Donc, à mon sens, la seule tendance lourde de cette élection concernait le retour d’un autre gouvernement minoritaire, qui allait possiblement replonger le Québec en élection trop rapidement pour une population plus avide de confort et d’indifférence que de croiser une boite de scrutin. Les Québécois n’ont pas l’habitude des gouvernements minoritaires.

Ce danger d’un gouvernement minoritaire se reflétait clairement dans la démonstration des multiples divisions, comme ceux concernant la charte, la souveraineté, l’axe gauche-droite, etc., et dans le fait de l’offre, avec la CAQ et QS pour diviser encore plus les votes. Tout indiquait que le choix à faire pour un gouvernement majoritaire était le PLQ et c’est ce que les Québécois sans scrupules de participer à réélire un parti qui trempe dans les scandales éthiques (et peut-être même criminels) ont fait avec l’aide des sondages.

Dans le même ordre d’idée, le sujet du référendum, si on enlève de l’équation les allergiques à la seule idée de l’accession du Québec à la souveraineté, était aussi un « dérangement » pour ceux qui ne sont pas vendus à l’idée, les indécis. Pour ne pas avoir à se déchirer encore pour un sujet d’importance (nous sortons tous juste du débat sur la charte) et pour ne pas avoir à noircir la case d’un référendum dans un futur rapproché, le PLQ était la solution facile. Et il faut rappeler que le porte-parole du DGEQ a fait un bon travail de promotion de la peur du référendum en disant, à tort selon son patron, que la préparation du prochain référendum pour la souveraineté commençait dès l’élection majoritaire du PQ

En gros, l’erreur principale du PQ a été de croire dur comme fer que l’appui majoritaire à la charte était égal à un appui pour sa formation et que les déboires éthiques du PLQ étaient un billet gagnant pour un gouvernement majoritaire. C’était oublier le caractère volatile des électeurs et les prendre pour plus intelligents qu’ils le sont. Et ce n’est surtout pas du snobisme de ma part, je me mets dans le lot (ce texte est une manière comme une autre d’aiguiser ma compétence dans le domaine) : des recherches récentes le prouvent.

En effet, David Dunning, un psychologue de la Cornell University, a prouvé par ses recherches que les gens incompétents dans un domaine sont incapables de juger de la compétence des autres et de la qualité de leurs idées. Ce qui, je rajoute, dans un contexte électoral, est le lot de la majorité des gens qui ont à juger de la compétence des candidats et des partis dans plusieurs domaines. Et si on rajoute à ça le fait qu’une élection ne se joue pas vraiment ici sur le contenu des plateformes électorales, mais bien plus sur les apparences, gracieuseté de la politique-spectacle, nous sommes bien loin du compte. Mais je vais tout de même poursuivre.

Ainsi, les informations et les faits disponibles à propos des candidats des partis ne peuvent combler en soi l’inhérente incapacité de la plupart des électeurs à les évaluer avec précision. Et le plus important, c’est que les idées intéressantes intellectuellement sont trop difficiles à comprendre pour la plupart parce qu’ils n’ont pas le raffinement intellectuel pour reconnaitre à quel point une idée est bonne.

Question de pousser encore plus loin les résultats de ces recherches au niveau de la démocratie, Mato Nagel, un sociologue allemand, a fait une simulation électorale par ordinateur pour le vérifier. Son résultat, c’est que les candidats gagnants sont légèrement plus compétents que la moyenne. Et il arrive à la conclusion que nos démocraties n’arrivent jamais ou rarement à faire élire les plus compétents.

En somme, il y a un manque à gagner pour que la démocratie s’épanouisse à sa pleine capacité. La solution serait en bonne partie une éducation citoyenne capable de donner des bases intellectuelles et de susciter l’intérêt pour les questions publiques, mais la tendance est toujours à l’utilitarisme où il semble que ce n’est pas utile pour le « contribuable-consommateur » d’exercer son droit de participer à la démocratie en toute connaissance de cause, enfin, maximalement. Il faudra bien un jour renverser cette tendance pour arriver à quelque chose.

En conclusion, pour revenir au PQ, il y a un travail titanesque à faire, autant stratégique que de fond. Est-ce que la stratégie de la gouvernance souverainiste est à poursuivre? Est-ce que l’idée de toujours faire miroiter, directement ou indirectement, un référendum est toujours la voie à suivre? Plus cruel : est-ce que le PQ a fait son temps?

Au niveau du prochain chef, est-ce que la position idéologique (gauche-droite) du candidat est importante au niveau stratégique? Bien sûr, je pense à PKP. Est-ce que, alors que l’anti-intellectualisme est fort au Québec, choisir un candidat clairement intellectuel serait une bonne chose? Ici, je pense à Jean-François Lisée. Est-ce que quelqu’un comme Bernard Drainville qui a incarné autant de haine durant le débat sur la charte serait un choix avisé?

Je trouve qu’il manque le coeur et la fougue d’un Pierre Curzi dans le lot…

(Crédit photo : Louperivois)

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