Un tatouage qui fait peur aux enfants…

Photo : Carsten Koall / Stringer / Getty Images

Photo : Carsten Koall / Stringer / Getty Images

Un père, qui a un tatouage maori lui couvrant le visage, est sur le pied de guerre. Il a lancé une page Facebook (« où il a le soutien de 25.900 personnes ») et une pétition (qui en est à 6410 signatures aujourd’hui) parce qu’on lui a fait miroiter que d’autres parents se seraient plaints et qu’on voudrait l’empêcher d’aller chercher sa fille à l’école. Bien sûr, parce qu’il « ferait peur à certains enfants à cause de son visage. » Il était même question d’une pétition dans ce sens.

Finalement, « après enquête, il n’a pas trouvé la trace de la pétition contre lui. Il s’agirait plutôt d’une rumeur née de conversations le concernant. […] Donc il ne peut pas porter plainte. Finalement tout ça aurait simplement démarré […] à cause d’une conversation entre parents d’élèves, tenue devant l’école, mais rien de plus. »

Je le sais, on dirait un pétard mouillé… Mais cela a quand même le mérite de soulever la question de la discrimination envers les gens qui ont des tatouages. Parce que même si ce tatouage n’a pas causé un branle-bas de combat qui aurait été franchement honteux, on n’en pensait visiblement pas moins.

Il faut dire que ce père est tatoueur. Donc, son tatouage ne l’empêche pas de travailler, ça va de soi. Ça doit même l’aider, dans un sens. Mais pensons aux autres…

Pétition contre la discrimination envers les choix esthétiques

Justement, une « femme d’Edmonton milite pour l’interdiction au Canada de toute discrimination à l’embauche basée sur les tatouages, les perçages ou les cheveux aux couleurs vives. […] selon elle, la liberté d’expression dans ce pays s’arrête souvent à l’entrevue d’embauche. »

La fin de l’article de la Presse Canadienne donne tout à fait le ton à propos de cette question :

Danny Kastner, avocat de Toronto spécialisé en droit du travail et en droits de la personne, soutient que ces choix esthétiques ne sont pas protégés actuellement par les lois et chartes au Canada, et qu’ils ne sont pas prêts de l’être, car contrairement aux autres motifs de discrimination, ils ne sont pas précédés d’un historique de grave oppression sociale.

Oppressions sociales?

Il me vient quelques questionnements.

Se voir refuser un emploi, ce n’est pas grave? Pourtant, on parle ici de contrevenir indirectement au bien-être physique et psychologique de quelqu’un, puisque l’emploi, dans le monde actuel, c’est le moyen le plus important pour subvenir à ses besoins. Il n’est pas simplement question de railleries…

Et quand on parle de liberté d’expression en lien avec le marché de l’emploi, nous avons eu le débat sur la charte pour nous aiguiser les dents. On a défendu le droit à la liberté d’expression de la religion pour contrer la règle qui demandait la neutralité pour les employés de l’État. Pourtant, tout cela a fait ressortir que la liberté d’expression, pour ce qui est des opinions, n’est pas protégée. Les employés de l’État n’ont pas le droit d’afficher leurs opinions autres que spirituelles (si bien sûr il s’agit d’une religion dans la liste…) Et on se doute qu’un tatouage, qu’un perçage ou que des cheveux de couleurs vives pourraient empêcher quelqu’un d’avoir un emploi pour l’État, puisque le droit au choix esthétique n’est pas protégé.

Aussi, quand je pense à de graves oppressions sociales, tel que l’avocat Danny Kastner le soulève, il me vient en tête la religion, qui est dans la liste « des motifs illégaux de discrimination retenus par les lois », mais pas tellement pour ce qui est des opprimés, mais plutôt pour ce qui est des oppresseurs. Encore aujourd’hui, la religion, aidée de sa vision traditionaliste du monde, est la source de diverses discriminations envers l’origine ethnique, le genre, l’état matrimonial, l’orientation sexuelle… et la religion!

Si on peut défendre la religion malgré l’épine éthique qu’elle a dans le pied, on peut tout à fait défendre avec autant de conviction, sinon plus, les droits des gens qui ont des tatouages, des perçages ou des cheveux aux couleurs vives.

Quand je verrai ce genre de personnes un peu partout dans des emplois au service à la clientèle, dont des employés de l’État, je commencerai à croire que les personnes affichant leurs religions ne sont pas que des privilégiés d’un système qui se complaît dans le deux poids deux mesures.

*******

Est-ce que les gens qui font des choix esthétiques hors norme devraient accepter sans rien dire que leurs choix leur ferment des portes socialement?

 

 

Suivez-moi sur Facebook et Twitter

Ce contenu a été publié dans Opinion, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

34 réponses à Un tatouage qui fait peur aux enfants…

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *