Les aventures du maire Tremblay à la Cour Suprême

Jean Tremblay

Photo : Jacques Boissinot / Presse Canadienne

Le maire Tremblay fera finalement entendre sa cause devant la Cour Suprême du Canada après avoir été débouté au Tribunal des droits de la personne du Québec, en 2011. On se souvient, tout ça a commencé par la plainte d’un citoyen de Saguenay, Alain Simoneau, qui exigeait que le maire Tremblay renonce à réciter sa prière catholique au début des séances publiques du conseil municipal.

Protéger la culture québécoise

On le sait aussi, son argumentaire se base sur un désir de « protéger la culture québécoise, largement fondée, selon lui, sur la religion catholique ». Toutefois, on peut simplement répondre à cela qu’il y a tout plein d’autres endroits et de moyens pour protéger la culture québécoise et qu’on a le droit de vouloir qu’on réserve la partie culturelle concernant la religion au domaine historique. En vérité, ce que veut le maire Tremblay, c’est perpétuer la culture religieuse et c’est clairement du prosélytisme.

Parce qu’un conseil municipal, ça n’a pas cette utilité. C’est un outil de la démocratie, pas un véhicule pour propager la Bonne Nouvelle. Un conseil municipal, ça se situe dans la sphère civique, l’espace des citoyens. Et les citoyens ont le droit d’exiger un espace neutre, selon l’idée qu’au Québec il y a (apparemment) une séparation claire entre la religion et l’État.

Une séparation claire?

Mais là où le bât blesse, c’est qu’on peut toujours arguer que la séparation claire entre la religion et l’État ne concerne pas l’expression de la religion, donc que la prière ne va pas à l’encontre de la laïcité puisqu’elle n’a pas d’incidence directe sur les décisions qui sont prises. Visiblement, le Tribunal des droits de la personne du Québec n’était pas d’accord avec cet argument et se rangeait du côté de la vision française de la laïcité. Cependant, on peut se demander si la Cour Suprême du Canada ira dans le même sens et cassera dans la fin de son élan la croisade du maire Tremblay.

Des droits et des libertés

En effet, on se souvient que dans le récent débat sur la neutralité des employés de l’État, la position canadienne – via les nombreuses interprétations de la Charte canadienne des droits et libertés que l’on pouvait entendre sur toutes les tribunes -, semblait plus encline à protéger l’expression de la religion qu’à la proscrire. Il y avait bien le père de cette charte, Roger Tassé, qui était en faveur d’une prohibition, qu’il qualifiait de « minime », mais je ne gagerais pas sur sa grande influence auprès des juges de la Cour Suprême…

Par contre, on pourrait penser que la différence entre une prière et le port d’un signe religieux aura du poids dans la balance. Du point de vue de l’expression, la prière est franchement affirmée alors que le signe religieux est plus passif (bien que pour moi l’analyse de toute cette question se réfère essentiellement à la neutralité due aux citoyens). Regarder ailleurs ne demande pas tellement d’effort alors que pour bloquer le sens de l’ouïe pendant une récitation du maire Tremblay, c’est beaucoup plus demandant…

Aux saints de l’État

Alors, si la Cour Suprême tranche en faveur du Mouvement laïque, on aura au moins la certitude que l’expression religieuse n’est pas un droit totalement inaliénable dans la sphère civique. Ça sera pour moi un pas de plus dans la bonne direction.

Mais si la Cour Suprême tranche en faveur du maire Tremblay, on pourra faire une croix sur l’idée d’une laïcité qui ne fait pas de compromis avec l’expression du religieux au sein de l’État, avec tout ce que ça implique.

Et on pourra aussi faire une croix sur notre tranquillité d’esprit : il va tellement se pavaner qu’on va l’entendre prier (au figuré) partout au Québec!

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Pensez-vous que le maire Tremblay va gagner sa cause?

 

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9 réponses à Les aventures du maire Tremblay à la Cour Suprême

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