Santé – Le privé dans l'infirmerie

Photo : Adam Berry / Getty Images

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Ça fait longtemps que je dis que les libéraux minent sciemment le système de santé pour que la population en soit réduite à considérer normal d’avoir à payer pour ses soins. C’est déjà le cas, et c’est même presque devenu aussi banal que de prendre un rendez-vous chez le dentiste.

On se souvient que Jean Charest, durant son règne, se présentait comme le sauveur du système de santé alors que dans les faits l’accessibilité n’a fait que décroître. Et que penser entre autres de Philippe Couillard, qui a fait le saut dans le privé pour faire des affaires et qui disait en 2008 que l’« ouverture au privé est décidément l’avenir du système de santé québécois »?

« la population ne se rend pas compte de ce qui est en train de se passer »

Et aujourd’hui, pour moi, ce que prépare le ministre de la Santé Gaétan Barrette avec la loi 10 va tout à fait dans le sens de l’« ouverture au privé », selon la lecture qu’en fait Jean-Pierre Ménard, un avocat spécialisé en droit de la santé.

Il explique que cette réforme – on le sait, justifiée par le plan d’austérité – « va beaucoup plus loin qu’une simple réforme de structure » :

On recule en matière de transparence, d’indépendance du réseau et d’imputabilité, […] Il y a une atteinte importante aux droits des citoyens

Ce qu’il rajoute, c’est que le libre-choix du lieu des soins, pourtant garanti par la loi sur la santé et les services sociaux, sera grandement affecté. Ainsi, la fusion des 269 établissements de santé pour en arriver à 19 entités donnera comme résultat, par exemple, que le « CISSS de la Montérégie pourra choisir où les patients [devront aller] ».

Paver la voie au privé

Comme la nature a horreur du vide, certains patients, devant les situations abracadabrantes qu’on leur présentera, trouveront plus simple d’aller se faire soigner au privé. Comme c’est déjà le cas devant le temps d’attente pour voir un des « rares » médecins encore dans le système public, puisque beaucoup se dirigent vers le privé, au point où en 2013 on a constaté un « boom » :

Il n’y a jamais eu autant de cliniques privées au Québec. On en dénombrerait quelque 200 […], contre une poignée il y a 10 ans.

Jean-Pierre Ménard craint même que le projet de loi 10 pave la voie au privé :

Le projet de loi est muet sur le sujet, tout en laissant manifestement la porte ouverte à des ententes de services avec le privé, sans l’expliciter. « On ne connaît pas les véritables intentions du ministre. Mais le privé ne doit pas être une réponse. Le privé est incapable de rendre les services à coût compétitif en raison de la marge de profit qu’il recherche », tranche l’avocat.

Nous sommes visiblement en présence d’un parti libéral facilitateur qui tente actuellement de donner le coup de grâce avec l’aide de son plan d’austérité. En effet, ce plan est entre autres une tactique pour étourdir le citoyen en attaquant ses services de toutes parts.

L’exemple de la santé dentaire

Avec le ministre des Finances Carlos Leitao qui, hier, ouvrait idéologiquement la porte au privé pour ce qui est de tous les services publics, il y a de quoi avoir peur, quand on a comme valeur l’égalité et l’universalité. Et c’est une peur qui est tout à fait fondée quand on constate que les problèmes de santé dentaire touchent plus amplement les milieux défavorisés, domaine relevant strictement du privé en ce qui a trait aux soins :

Plus ils sont pauvres, plus leurs dents sont en mauvais état. Et plus ils sont pauvres, moins ils ont d’argent pour se payer des soins dentaires.

Est-ce qu’on veut d’un système de santé privé pour arriver à ce même résultat?

 

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