Racisme systémique et emploi, une vérité révélée

Faisons encore un petit tour de la question du racisme systémique, ou plus largement de la discrimination systémique. D’ailleurs, je continue d’y réfléchir et d’en parler parce je trouve que cette question est défendue comme une vérité révélée, comme une croyance religieuse. Comme le croyant religieux croit que Dieu existe entre autres parce que la beauté et la complexité du monde en seraient la preuve, le croyant en l’aspect systémique des problèmes de racisme et de discrimination y croit parce que visiblement ces problèmes existent. Le seul fait de ces problèmes en serait la preuve et l’utilisation de l’adjectif « systémique » en est ostentatoire.

Commençons par le début. On dit que « systémique » réfère au système. Or, ce terme a une définition assez large. Bon, nous pouvons dire sans nous tromper que le racisme (ou la discrimination) est à la base lié a un « système » de pensée. Si le terme « systémique » réfère aux systèmes de pensée et non au système dans un sens de fonctionnalité et surtout de prises de décisions appliquées, l’expression « racisme systémique » n’est sémantiquement pas très loin d’être un pléonasme… Et si un problème systémique est un problème inconscient, comme on le suggère aussi, on pense tout de suite à une contradiction, voire à un paradoxe, puisque l’idée même de prouver les tenants et aboutissants d’un problème inconscient est contre-intuitive.

Un terme fallacieux

Mais si un problème systémique est effectivement un problème de fonctionnement et de prise de décision, donc avec un système organisationnel comme c’est le cas pour le marché de l’emploi, il faudrait démontrer – pas qu’il y a un problème de discrimination, ça nous le savons -, mais que le problème est officialisé, qu’il est basé sur des règles officielles. Donc que l’organisation est sciemment discriminatoire. Il est possible de le prouver, mais il faut le prouver avant de pouvoir dire que le problème est systémique. Sauf qu’on avance qu’il est déjà systémique, et comme preuve on avance que les chiffres prouvent que les minorités sont moins choyées en ce qui a trait à l’emploi. En induisant bien sûr que ces chiffres pointent obligatoirement un effet discriminatoire.

Ainsi, l’emploi du terme « systémique », avant que toute preuve soit démontrée, est fallacieux. Parce qu’on dit, à la manière d’un paralogisme :

– Que les chiffres montrent que les minorités ont plus de difficulté dans le marché de l’emploi.
– Que le marché de l’emploi est discriminatoire envers les minorités.
– Que le marché de l’emploi est mené par des organisations.
– Qu’un problème systémique est organisationnel.
– Donc, qu’il est prouvé que le marché de l’emploi a un problème de discrimination systémique envers les minorités.

La présupposition d’une causalité systémique

Que manque-t-il à ces énoncés et à cette conclusion pour que tout cela soit concluant, justement? La preuve qu’il existe un système discriminatoire. Le fait par exemple qu’un patron d’une compagnie choisit d’exclure un candidat issu des minorités – seulement parce qu’il est issu des minorités, sans égard à ses compétences – serait en effet discriminatoire. Mais peut-on tout bonnement dire que la décision de ce patron est garante de son organisation, encore plus, de toutes les organisations du même type, de toutes les entreprises? Bien sûr que non, mais cette idée de « racisme/discrimination systémique » le présuppose. La présupposition d’un effet systémique fait office de preuve. D’ailleurs, une des définitions du terme « système » dans le dictionnaire Antidote illustre tout à fait bien cette idée :

« Organisation que l’on présuppose pour expliquer les relations de plusieurs éléments entre eux. »

Il faut dire que même si des chiffres démontrent qu’il y a un problème d’embauche en ce qui a trait aux citoyens issus des minorités, cela ne démontre que l’existence dudit problème. De là à prouver qu’il est discriminatoire, et qu’ensuite cette discrimination est systémique, il y a des pas très difficiles à franchir. Même un million de décisions qui apparaissent comme discriminatoires ne font pas en soi la démonstration d’un système discriminatoire, ce ne sont qu’un million de décisions qui peuvent être, dans le pire des cas, un tout discriminatoire, mais il faut démontrer qu’il y a un lien causal entre elles et qu’il est concerté, globalement ou en plusieurs parties. La théorisation réussit à très bien faire ces liens. Nous le voyons bien, c’est le propre des théories. Mais dans la réalité il faut prouver ses dires au-delà de ce que les chiffres peuvent proposer comme analyse.

Cerner autrement les problèmes des minorités

Il faut qu’il soit bien clair que mon but ici n’est pas de nier les problèmes de discrimination. Il y en a assurément, comme dans toute société. Mais mon but est de pointer le fait qu’il est contre-productif de chercher à réduire tous les problèmes d’emploi vécus par les minorités à de la discrimination, qui en plus, serait systémique. D’autant plus que le signal que nous envoie le « système » depuis de nombreuses années, en tout cas étatique, c’est qu’il fait de la discrimination positive pour aider les minorités à se trouver de l’emploi. Même que le secteur privé se met aussi de la partie, peut-être pas encore parfaitement, mais il y a visiblement des efforts. Nous sommes loin d’un racisme systémique qui a conduit naguère le gouvernement canadien à enlever les enfants autochtones de leurs parents pour les envoyer dans ce que l’on pourrait appeler des camps de rééducation…

Un complot raciste?

Donc, ce que ce recours à l’expression « racisme systémique » envoie comme message, c’est que dans le fond tous ces efforts ne seraient qu’une façade et qu’il y aurait une sorte de complot raciste pour maintenir les minorités dans la précarité. Ce qui est absurde à la base, puisque le gouvernement canadien, avec l’aval du gouvernement québécois, ouvre toutes grandes les vannes migratoires depuis de nombreuses années, malgré les nombreuses critiques concernant les difficultés d’intégrations et de francisation, dans le but avoué de fournir le marché de l’emploi. Et si le problème était simplement un manque d’organisation et non les organisations elles-mêmes?

Creuser le fossé

Certaines personnes peuvent bien croire qu’il y a ici un grave problème de racisme systémique. Et que la solution ultime est que de plus en plus de gens le croient avec la seule preuve que des chiffres prouvent que les minorités ont plus de difficultés selon le portrait global. Il reste que s’il n’y a pas au final de preuves qu’il existe un ou des systèmes discriminatoires, ou si peu, la commission devenue consultation, ainsi que la rhétorique qui a oeuvré pour la mettre en place, n’auront servi qu’à creuser encore plus le fossé entre la société d’accueil et la population immigrante et issue de l’immigration, en tout cas celle qui a répondu par l’affirmative à l’appel du communautarisme des victimisés. Fossé qui a été initié par le refus de certains de prendre en compte les questions légitimes que posaient la crise des accommodements raisonnables ainsi que le dossier de la laïcité.

C’est ainsi que l’on mousse les réactions extrémistes, des deux côtés. Autant pour ceux qui veulent croire que l’immigration est un complot pour les faire disparaître que pour ceux qui veulent croire que la société d’accueil québécoise est systémiquement raciste/discriminatoire.

Tout ce que je veux croire, c’est qu’il est possible d’avancer socialement en dehors de ces tendances qui nous font perdre un temps précieux.

 

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