L’habituation culturelle

Quand je vois ça, mon réflexe mental est négatif. Par contre, avant de sauter aux conclusions, lisez la suite.

Je ne suis pas meilleur qu’un autre. Je ne ferai pas ici semblant que je suis plus ouvert à la différence que la moyenne des gens. Parce que je ne pense pas que cela aurait un bon effet sur vous. Au contraire, un aveu de cette sorte aurait seulement toutes les chances d’induire chez vous une réaction de protection (pour préserver la légitimité de vos sentiments).

Parce que vos sentiments sont très forts. Bien plus forts que votre capacité de raisonnement. Tout simplement parce que cela demande un effort. Et que le cerveau a cette tendance à fuir l’effort, puisque c’est un avantage évolutif de ne pas avoir tendance à dépenser d’énergie s’il n’y a rien à y gagner personnellement.

Et je ne veux pas dire non plus que je suis meilleur qu’un autre en faisant cet effort. C’est une question d’entraînement. Et c’est pourquoi, après avoir outrepassé mon sentiment négatif, je suis arrivé à écrire ce qui suit, là où je suis tombé là-dessus :

Une chose est certaine, c’est qu’il faut une bonne dose de courage et d’audace pour s’habiller ainsi. Considérant les sentiments négatifs que cela suscite et qui, on le voit bien, n’arrivent pas à être modérés par la raison.

Pourtant, dans un sens, ce que ce jeune homme fait, ce n’est que nous montrer, je pourrais dire par l’absurde, que la notion binaire de genre – alignée au sexe de naissance – est toujours bien implantée et que ça ne changera pas du jour au lendemain.

Nos réflexes de pensée sont trop bien implantés et pour l’habituation, il n’y a rien de mieux que les petits pas.

Et je rajouterai que si je peux aujourd’hui porter les cheveux longs sans vraiment de problème – alors que c’est encore et toujours relié à la féminité -, c’est qu’il a fallu que cette relation culturelle avec la féminité soit au moins relativisée. Alors, mon allure ne suscite pas autant de réactions négatives que l’accoutrement de ce garçon.

L’habituation culturelle a fait son oeuvre et il faut lui laisser le temps. Et surtout, ne pas avoir peur de laisser la norme en pâture à ceux qui la remettent en question. Parce que la norme ne se transforme jamais plus vite que sa capacité à délaisser ce qui ne lui sert plus. Et ce n’est jamais à un seul jeune homme d’en décider, ni même à une minorité. Ils n’ont que le pouvoir de donner des directions aux changements, que la norme finira par accepter ou rejeter, en partie ou en totalité. Ce qui laisse quand même toute la place à la liberté d’essayer.

Et c’est cette liberté qu’il faut surtout respecter, tout en ne tombant pas dans l’erreur de l’idéaliser à outrance. Au risque de ne plus voir la réalité, dans toute son objectivité.

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