Lettre à toi et ton cerveau

Salut à toi et ton cerveau,

Je t’avertis, je vais commencer raide.

Comme tout le monde, ça doit t’arriver de te tromper? Si ta réponse est non, t’es peut-être un cas perdu. Tu peux soit arrêter ta lecture et faire autre chose, ou continuer, à tes risques… Donc, ça t’est déjà arrivé de te tromper parce que t’as mal figuré un problème? Pense à n’importe quel genre de problème. Un problème pratique ou même un problème avec tes relations amicales, familiales ou amoureuses. Avec n’importe quoi qui demande un minimum de calcul? Pis si on t’explique que t’es dans le champ pour telle ou telle raison, tu fais quoi? T’avoues que tu t’es trompé ou t’essayes de trouver le moyen de dire que c’est pas de ta faute ou même de continuer à dire que t’as raison?

Le pire, c’est que je te demande ça, mais y’a de grosses chances que tu t’en rends même pas compte quand ça t’arrive. Parce que ton cerveau est, comment dire, paresseux… S’il a le choix entre travailler plus fort en se concentrant ou utiliser ses réflexes, son « intuition », il a tendance à choisir ce qui lui coûte le moins d’énergie (et ce qui lui donne de bonnes émotions, peut-être même pour calmer ses mauvaises émotions…). Donc, il va choisir d’aller au plus simple. Dans un sens, il contourne le problème. En langage spécialisé, on dit que c’est un biais cognitif.

Mais inquiète-toi pas. C’est pratiquement pareil pour tout le monde. Même d’ailleurs pour les spécialistes dans un domaine quelconque. Il y a des résultats d’études qui le prouvent. Des mathématiciens se sont fait presque autant pogner que des personnes ordinaires avec des problèmes mathématiques. Le genre de problème qui a l’air simple sur le coup, mais qui demande un effort (ou un entraînement quelconque) parce que le cerveau, comme je t’ai dit plus haut, est parfois paresseux et douillet… Dans le langage spécialisé, on dit que ce problème est un paradoxe. Un problème paradoxal.

Faque, tout ça pour te dire que j’ai mis voilà pas si longtemps sur mon compte Facebook un problème paradoxal que j’ai trouvé dans le livre que je lis en ce moment. (Je vais le mettre à la fin si tu veux le voir et même l’essayer, mais c’est pas super important…) Donc, c’était écrit dans ce livre qu’avec ce problème-là, qui servait pour une étude, en majorité, ceux qui ont participé ont eu une mauvaise réponse en particulier. J’ai eu beaucoup de tentatives de réponses sur mon Facebook et c’était ça aussi. La majorité des gens ont donné la même mauvaise réponse. Et en plus, il y en a eu plusieurs qui ont essayé de défendre cette mauvaise réponse avec des arguments très logiques. J’avais beau leur expliquer avec d’autres comment arriver à la bonne réponse, y’avait rien à faire, ils voulaient avoir raison!

Et ça m’a fait réfléchir, j’suis comme ça, qu’est-ce tu veux… J’ai fait un lien avec toutes les chicanes qu’on a encore plus depuis qu’on peut s’obstiner avec des inconnus sur le web. Et si la plupart de ces chicanes – sinon toutes! – reposaient sur des erreurs de jugement, parfois des deux côtés? Et encore plus, sur la tendance à vouloir toujours avoir raison? Par simple orgueil ou par trop-plein de certitudes?

Pour régler le problème, je me suis dit qu’il faudrait peut-être que le monde s’entraîne à devenir plus humble. Tu sais, l’humilité… Prendre son trou. Prendre ses opinions un peu plus à la légère… et avoir plus de doutes.

Et pour y arriver, je pense qu’il faudrait que tout le monde ait le plus possible en tête que leur cerveau a un problème de paresse à la base. Pis que c’est pas grave. Et que le but de discuter, c’est pas d’avoir raison, pour faire plaisir à son égo, à son amour-propre, à son sentiment agréable envers sa personne. On a tous un cerveau, on devrait bien pouvoir s’en servir ensemble pour avancer! Selon moi, ça devrait être ça le but.

Mais bon, pour arriver à comprendre ce que je veux dire, il faut déjà un minimum remarquer que le monde a tendance à se raconter des histoires et à y croire. Et à rejeter ce qui ne va pas dans le sens de ces histoires. Ça s’appelle des fausses croyances.

Alors en gros, on a des biais cognitifs qui encouragent nos fausses croyances, parce que notre cerveau veut pas gaspiller d’énergie. Pis on s’obstine comme des épais pour avoir raison, parce qu’on veut se sentir bien en rejetant de toutes nos forces ce qui égratigne notre orgueil…

Tu trouves que c’est super intelligent pour des animaux supposément plus intelligents que les autres?

Le problème paradoxal en question :

Il y a trois cartes. Une dont les deux côtés sont rouges. Une dont les deux côtés sont blancs. Une qui a un côté rouge et un côté blanc.
Après avoir bien mélangé les cartes dans mon dos, au hasard, je te présente seulement une carte. Le côté que tu vois est rouge. Quelle est la probabilité que l’autre côté soit aussi rouge?

Penses-y quelques secondes avant de donner ta réponse finale…

Un indice : la mauvaise réponse la plus populaire selon l’étude dont il est question et selon ce que j’ai pu constater sur mon Facebook était 1/2 ou 50%… Et en passant, pendant que tu y repenses si tu n’as pas encore trouvé la réponse, moi-même, je ne suis même pas certain que je l’aurais trouvée. J’ai lu la réponse dans mon livre avant même d’avoir pris le temps d’y penser. J’ai même l’impression que je n’aurais pas eu la bonne réponse. Mais je suis pas mal certain que je n’aurais pas essayé de la défendre. Parce qu’après avoir su que la bonne réponse est deux sur trois, j’ai tout de suite compris où mon cerveau aurait pu s’égarer.

Et parce que je m’entraîne depuis assez longtemps pour ne plus faire reposer mon estime de moi-même sur les capacités de mon cerveau. Encore plus, parce que j’ai un trouble de déficit d’attention. Donc, j’ai deux bonnes raisons d’essayer de seulement faire reposer mon estime de moi-même sur les efforts que je peux mettre pour déjouer mon cerveau.

De tout coeur, je te souhaite de faire pareil.

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