Le territoire non cédé de Valérie Plante

Je suis pour la reconnaissance du fait que notre société s’est bâtie sur des terres en partie occupées par diverses nations autochtones. Et que nous devrions même aller plus loin : le reconnaître officiellement et tenter de réparer ce qui a été brisé (même si la culpabilité historique à rebours à des limites…). Mais pas n’importe comment.

Or, l’administration de Valérie Plante a créé un poste de Commissaire aux relations autochtones :

Son rôle sera notamment de faciliter le dialogue entre la Ville et les Premières Nations, dans le cadre du plan de réconciliation lancé par la Ville de Montréal

Et cela, sur la foi que Montréal serait sur un territoire non cédé.

Pression sur le récit historique

Pourtant, s’il y a un certain consensus chez les historiens, c’est qu’au moment de l’arrivée des Français sur l’île, elle n’était pas directement habitée. Donc, qu’il n’y a pas eu, à proprement parler, de délocalisation.

Alors oui, l’administration Plante peut bien faire fi de tous ces avis et aller de l’avant si ça lui chante, mais à mon avis ce n’est pas un jeu à compte nul.

Premièrement, je ne vois ce qu’il y a d’utile dans la partie de cette démarche qui consiste en quelque sorte à « officialiser » une déclaration historique, alors que sa véracité est toujours contestée. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, une telle démarche met une pression indue sur le récit historique, alors que ce récit devrait s’aligner au moins minimalement avec l’objectivité scientifique. Comme avec le fait que les résultats des recherches archéologiques montréalaises ne tendent pas à confirmer cette théorie de territoire non cédé.

Nuire à la cause autochtone

Plus globalement, je pense même que cela nuit à la cause autochtone. Et cela, dans l’optique où il ne faut pas penser, dans le calcul, qu’à ceux qui y sont gagnés. Parce que ceux qui sont franchement farouches à la question autochtone peuvent très bien y trouver une raison de plus de rester sur leur position. Parce qu’il n’est pas bien difficile de voir une récupération idéologique dans le fait d’ainsi « officialiser », avec l’aide du pouvoir politique, une version de l’histoire controversée.

Mais soyons réalistes, qui pourrait leur reprocher, étant donné leur mauvaise opinion de base à propos de la question autochtone, d’y voir une raison de plus de croire en l’illégitimité de cette cause? Et de trouver que ceux qui militent dans le sens de la reconnaissance des peuples autochtones – en tout cas pour ceux qui se servent de Montréal pour ce faire – sont coupables de révisionnisme historique? Moi-même je trouve que le révisionnisme n’est pas loin…

Question de stratégie

L’erreur, c’est de penser que ceux qui sont contre cette cause – ou mitigés – ne comptent pas. Mais ils comptent au moins beaucoup dans la balance de l’opinion publique. Et comment! Et ils comptent doublement quand les faits sont de leur côté.

Alors, stratégiquement, pour arriver à un consensus social qui va dans le sens de la cause que nous défendons, il ne faut pas donner des munitions au camp adverse. Et c’est ce que Valérie Plante a fait en pensant pourtant bien faire.

D’un côté, on l’applaudit parce que l’on voit dans cette démarche un geste de contrition et d’ouverture. Et de l’autre, on la dénigre parce que l’on y voit un mensonge, qui sert une manœuvre politique démagogique. Alors qu’il faut se rendre compte que la démagogie peut se trouver même derrière l’apparence de bons sentiments.

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