L’homophobie : facile à enlever d’une liste, beaucoup moins d’une chanson…

Un génie, avec toute la science infuse que lui procure son épanchement pour les individus du même sexe que le sien, m’a fait la morale parce que je m’émouvais de la présence de l’homosexualité dans la liste des diagnostics de la RAMQ. En fait, la pensée de ce prodige se réduisait à me reprocher de pointer ce problème en particulier alors que la problématique est beaucoup plus large. Une chance qu’il y a des surdoués pour soulever ce genre d’évidence, sinon l’humanité serait bien mal en point…

Quoi qu’il en soit, on apprend que cette dénonciation n’a pas été aussi futile qu’il n’y parait puisqu’on a enlevé l’homosexualité de cette liste, finalement. Cela n’a évidemment pas réglé tous les problèmes, mais c’est un pas dans la bonne direction, n’en déplaise aux virtuoses comme celui susmentionné. Mais, pour comparer, étant donné le scandale « Money For Nothing », je me demande si le fait de censurer cette chanson de Dire Straight, où est répété le terme « faggot » (tapette), fait de même. J’aurais tendance à dire que non.

À la base, il est question de confronter les propos d’un individu (un parolier) et une classification officielle, tous les deux que l’on se doit de replacer à une certaine époque. Comme on le voit, il est plus aisé de modifier une liste qu’une oeuvre d’art. Une liste n‘est pas représentative, mais bien utilitaire, et la mettre à jour est dans un sens nécessaire. Pour ce qui est d’une chanson, c’est beaucoup moins simple.

On a beau ne pas être d’accord avec les propos d’un artiste, nous sommes garants de l’époque, sans possibilité de revenir en arrière. Il ne reste alors que la censure comme punition, soit en interdisant la diffusion, soit en gommant d’un son strident le terme honni. Et le révisionnisme historique en cours, qui rend non-fumeur des fumeurs entre autres, n’est pas des plus joyeux, n’en déplaise aux amants du politiquement correct. Il est une insulte au jugement humain, comme si nous n’étions pas capable de faire la différence entre le passé et le présent. Quant à l’utilité de changer une liste (puisqu’on le peut), c’est justement d’officialiser l’évolution des moeurs dans le présent.

Je ne dis surtout pas que c’est bien l’homophobie qui se dégage de la chanson (même que ça reste encore à démontrer). Cependant, s’il faut la censurer, il faudrait aussi le faire pour toutes les pièces musicales où on entend des termes comme « nigger », « bitch », etc., où c’est encore plus évident. Ce sont des symptômes de la xénophobie toujours incluse dans la culture, actuelle et ancienne. Je ne crois pas que de nettoyer plus blanc que blanc participera à changer quoi que ce soit, au contraire. À force de dire des conneries, cela devient pas mal moins excitant de les dire…

Si on veut du changement, vaut mieux travailler à la source. Quand le respect des différences sera dans les moeurs, il n’y aura plus d’artistes pour exprimer des idioties. Parce que, comme on le sait, les artistes sont les reflets de leur époque.

Et l’Histoire n’est-elle pas un bon moyen de constater le chemin parcouru?

(Photo : yxelle)

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6 réponses à L’homophobie : facile à enlever d’une liste, beaucoup moins d’une chanson…

  1. gillac dit :

    Comme quoi il est nécessaire de replacer chaque évènement dans le contexte socio-culturel de son époque non pas à des fins de justification mais pour la seule compréhension.

  2. Vincent dit :

    Le contenu de la CIM-9 n’a rien a voir avec la RAMQ, c’est une vieille classification internationale des codes de diagnostics faite par l’OMS. On est rendus au CIM-10 depuis 1992. La RAMQ utilise encore la vieille classification pour des raisons ridicules de fonctionnaires qui n’ont rien à voir avec la médecine. L’erreur de la RAMQ n’est donc pas le mot « Homosexualité » au code 302.0, mais l’utilisation administrative de la liste CIM-9 encore aujourd’hui, que les médecins du Québec n’utilisent pas (je n’en connais pas qui l’utilisent, du moins), soit dit en passant.

    Diagnostic ne signifie pas maladie, en passant.

    Par ailleurs, il arrive très souvent que l’orientation sexuelle d’un patient le fasse souffrir et le pousse à consulter un médecin. Le CIM-10 utilise maintenant le beau détour suivant comme entrée diagnostique: « Orientation sexuelle égodystonique ».

    Cela dit, la RAMQ, au lieu d’utiliser la CIM-10, a modifié le CIM-9 en retirant le code 302.0. C’est du révisionnisme historique stupide, au même titre que de censurer la tune de Dire Straights, pour répondre stupidement à l’opinion publique. On voit là tout le ridicule du gouvernement qui refuse de se mettre à jour. Ils devraient au moins avoir l’honnêteté d’inscrire CIM-9 modifiée sur leur liste anachronique…

    Devrait-on exiger de brûler ou d’arracher les pages de tous les vieux livres de médecine qui font mention de ce diagnostic anciennement considéré comme une maladie…? Non. Il faudrait exiger des facultés de médecine qu’ils enseignent la médecine avec les derniers ouvrages disponibles et garder les anciens en bibliothèque pour consultation historique.

    C’est une grande dérive sensationnaliste médiatique que de dire « la RAMQ considère l’homosexualité comme une maladie ! » Pourtant, je hais la RAMQ. Mais je hais encore plus la dérive démagogique et sensationnaliste de la pensée.

  3. Je suis d’accord avec Vincent, mon commentaire suite au billet précédent allant dans le même sens sur le fond.

  4. En plus, la grande majorité des tapettes (faggots) sont des hommes hétérosexuels machistes, alors…

  5. Je n’ai pas le temps de pondre un commentaire ultra-constructif mais il fallait absolument que je vienne écrire : Two thumbs up pour le préambule. Vraiment. 😀

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