Éthique, morale et animaux : pour une pensée réaliste

Avec la montée en popularité du végétarisme (et de ses déclinaisons) et du spécisme (la version animale du racisme), la question des animaux pose une pléthore de questions en regard de l’éthique et de la morale. J’aimerais lancer ici quelques pistes de réflexion et même arriver à quelques conclusions, voire quelques critiques.

Actuellement, si on entend une histoire concernant quelqu’un qui dépense une fortune pour faire soigner son animal de compagnie on se dit que, soit cette personne est très riche – et peut donc se le permettre sans avoir à se poser de question -, soit que cette personne considère son animal aussi important qu’un être humain – alors il n’y a pas pour elle de question à se poser. Ce qui, par rapport au dernier cas, pour certains – pourrait-on dire la majorité? – peut paraître très étrange. Mais le but ici n’est pas de juger quiconque. C’est seulement un fait : on ne considère pas en général un animal de compagnie d’égale valeur à un être humain. Même la personne la plus éprise de son animal de compagnie pourrait se retrouver devant le dilemme de choisir entre la vie de son animal et même seulement la sécurité de n’importe quel humain, même un inconnu, et elle choisirait à coup sûr l’être humain. De toute façon, celle qui choisirait son animal se retrouverait à coup sûr avec de graves problèmes…

Le dilemme financier

Dans ma petite famille, nous avons vécu une histoire qui illustre très bien le fait de l’inégale valeur entre les humains et les animaux. Nous avons offert un chaton à notre fille. Pour l’aider à passer au travers des bouleversements qui venaient avec l’arrivée de son petit frère nouvellement né. Cela a très bien fonctionné et elle adorait sa chatte. Mais trop rapidement, il y a eu un problème. La chatte est tombée malade. Une radiographie plus tard, nous savions qu’elle avait avalé quelque chose de non comestible (impossible à identifier sur la radio) et ça ne passait pas. Deux options : opération d’urgence à très grands frais – sans assurance qu’elle y survivrait – ou euthanasie…

Si notre fille avait eu le pouvoir du dernier mot – ou si nous avions été riches -, nous aurions bien sûr tenté l’opération. Mais malgré l’immense peine que cela lui a causée, et même s’il est certain qu’elle va s’en souvenir douloureusement toute sa vie, nous avons décidé de mettre fin à la vie de la chatte. Il était inconcevable de mettre tout cet argent pour un chat dans notre situation, alors que si nous étions dans un pays où il faut tout payer pour les soins de santé, la question ne se serait même pas posée si un de nos enfants était tombé gravement malade.

Différence de valeur, différence éthique

Tout ça pour dire qu’il y a évidemment, encore aujourd’hui, une différence de valeur éthique entre les humains et les animaux, qu’on l’accepte ou non. Une autre manière de le voir : imaginez-vous la possibilité qu’un jour les soins vétérinaires soient couverts au même titre que nos soins de santé, payés à même les impôts… Il faudrait vraiment une extrême révolution des moeurs! Quoique, il se pourrait très bien qu’un jour ce le soit, mais seulement pour des cas liés à la zoothérapie. Mais il faut remarquer que dans ces cas ces animaux sont utilitaires, considérés sensiblement comme des médicaments. Nous sommes toujours dans un lien où l’animal est subordonné aux besoins humains. Ce à quoi reviennent tous les rapports aux animaux domestiques, si on y réfléchit bien.

La question morale à savoir si cela est bien ou mal arrive ensuite, mais il ne faudrait pas oublier que la plupart des animaux domestiques, enfin les plus usuels, ont absolument besoin des humains pour survivre. Et que ceux qui peuvent survivre dans « la nature » qui sont abandonnés et laissés à eux-mêmes deviennent absolument des problèmes à régler. Qui veut des chiens errants, possiblement dangereux, ou d’un problème de surpopulation de chats de ruelle dans son quartier? Dans l’idéal, les humains et les animaux vivraient en parfaite harmonie dans un rapport moral d’égal à égal, mais ce n’est pas réaliste en pratique. Il faut donc prendre en considération, pour arriver à une conclusion éthique, de cette inégalité intrinsèque entre les humains et les animaux.

Les animaux non domestiques

Et ces faits et questionnements se répercutent sur les autres animaæux, non domestiqués, qui vivent dans la nature ou dans des élevages, là il n’y a pas ce lien fort, sentimental, avec les bêtes. S’il y a déjà une inégalité obligée, même un rapport de force, entre les humains et les animaux de compagnie, dans le cas de ces autres animaux ce rapport de subordination est encore plus marqué. Et il n’est pas question ici de soutenir qu’ils n’ont aucune valeur en regard de l’éthique, mais qu’il faut prendre cette valeur moindre en considération pour arriver à une analyse éthique qui se tient. Et quant à la morale, elle est plutôt élastique. Entre l’accusateur de spécisme acharné et celui qui peut tuer le chat de son voisin sans sourciller parce qu’il n’aime pas son voisin, il y a une multitude de postures qu’il serait inutile de décortiquer ici. Par contre, pour ce qui est de dire où ma conclusion éthique se trouverait, c’est plutôt facile : quelque part entre les deux, beaucoup plus près de l’accusateur que du tueur.

C’est que l’inégalité de valeur entre les humains et les animaux, telle qu’on le vit en pratique, ne permet pas de considérer sérieusement aujourd’hui un droit des animaux aussi poussé, complet et effectif que celui des humains. Quand bien même serait-ce sur cette base que l’accusation de spécisme repose et qu’elle se tient en théorie. Alors la question qui vient : pourrait-on arriver à considérer les animaux totalement égaux aux humains et agir dans ce sens? Sans doute en surface si on pense par exemple à la nutrition, au fait de ne plus se nourrir d’animaux, mais en profondeur il y a une impossibilité. Même avec une éthique irréprochable, en arrivant à un extrême respect des animaux ils resteront toujours, soit utiles et d’agréables compagnies, soit des éléments de la nature dont il faut se protéger. Il faudra se demander à quoi aura servi le moralisme de l’accusateur de spécisme quand il se fera bouffer par un ours après avoir refusé l’idée même de se défendre…

En conclusion

Sinon, il y a toujours moyen de mieux traiter les animaux sans tomber dans l’extrémisme et la surenchère vertueuse. Dans la nature, en gérant mieux les écosystèmes encore existants, ce qui serait, en plus, d’autant mieux pour l’avenir des humains. Pour ce qui est des animaux domestiques, par l’éducation et la responsabilisation, autant chez les consommateurs que les éleveurs. Et pour ce qui est des producteurs de viande et des autres produits d’origines animales, il devrait bien y avoir moyen d’enlever la cruauté et la souffrance inutile de l’équation, que ce soit pour des raisons de rentabilité ou de religion, non?

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