Crimes d’horreur

 

Le procès de la « famille Shafia » débute. Vous savez, le procès en lien avec ce quadruple meurtre, d’il y a environ deux ans, qui a tous les airs d’un « crime d’honneur ». Concernant cette expression, Pascal Henrard soulignait à la suite du billet de Cécile Gladel à ce sujet :

 

permettez-moi de souligner que l’expression « Crime d’honneur » n’est pas du tout appropriée même si, dans d’autres cultures, elle est utilisée. L’honneur est un bien trop beau sentiment pour être ainsi galvaudé. « Crime de déshonneur » eut été plus juste.

 

Personnellement, je ne suis pas certain d’être d’accord que l’« honneur est un bien trop beau sentiment ». Parce que ce concept, relié à cette notion de crime, renvoie à quelque chose de figé et de franchement archaïque. Ce qui n’est pas dans le sens d’une considération, d’un traitement spécial, d’une « marque de distinction qu’on accorde aux personnes que l’on veut célébrer », de ce « qui apporte de la distinction dans la société. » C’est carrément, selon le dictionnaire Antidote :

 

Respect de principes moraux par qqn qui entraîne la fierté de cette personne et qui mérite la considération des autres.

 

Je ne vois rien de beau là-dedans, surtout si cela peut justifier des meurtres, et quand en plus cela est encouragé par la religion, ce terreau de principes moraux qui se veulent intouchables, puisque sacrés. Et quand on ne voit pas la moralité comme quelque chose de figé et d’intimement lié au passé, l’honneur et le déshonneur perdent tous leurs sens. Enfin, il y a des cas où quelque chose comme le déshonneur influence quelqu’un qui a les moyens de demander légalement compensation… Ou, encore, on se doute que le monde interlope carbure à l’honneur qui a en horreur de se faire contredire.

Parlant d’horreur, je suis tombé sur une histoire sordide qui je trouve a un lien avec ce qui précède (avec le « crime d’honneur » en général, pas le cas de la famille Shafia en particulier, puisque le procès n’est évidemment pas terminé). Parce que c’est bien le même genre de dynamique d’inconscience mentale qui a permis cette mort.

Un couple états-unien adopte une fillette éthiopienne d’une dizaine d’années en 2008. Ils ont « choisi d’élever leurs enfants selon les préceptes de la Bible » et de se fier à un guide d’un dénommé Michael Pearl (lui-même « fidèle à l’enseignement biblique ») :

 

Elle a été retrouvée morte, amaigrie, presque nue, avec de la boue dans la bouche après avoir dormi dehors, dans la cour arrière de son domicile […] Selon la police, elle et son mari ne donnaient pas à manger à Hana, ils la faisaient dormir dans une grange et la lavaient à l’eau froide, au tuyau d’arrosage. L’enfant était autorisée à venir à table uniquement lorsqu’il y avait des invités, mais elle n’avait le droit de manger que du pain. Elle avait perdu 13 kilos (30 lb) depuis son arrivée aux États-Unis.

 

Le plus surprenant, c’est qu’ils tentent de rejeter la faute sur le livre (« Le guide de Michael Pearl serait aussi lié à la mort d’au moins deux autres enfants »). Pour ma part, ce que je soupçonne, c’est qu’ils ont délaissé leur raison à leur Dieu et qu’elle n’est bien sûr jamais revenue…

Ce contenu a été publié dans Actualités, éducation, opinions, religion, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

11 réponses à Crimes d’horreur

  1. Gilles Guibord dit :

    C’est toute une affaire ces ‘crimes de déshonneur’. Comme vous dites, il y a des religions qui ne font pas leur job à ce sujet. Mais c’est aussi une affaire de culture. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit de la culture afghane. Elle demande aussi aux femmes de porter le voile intégral.
    ….Mon problème est de comprendre pourquoi on les accepte comme immigrants. Lorsqu’ils font une demande d’immigration, on devrait leur faire comprendre que ça ne se fait pas au Canada, ni la burqa, ni le crime d’honneur, et que s’ils le font en plus ils perdront leur citoyenneté. Mais il faut croire qu’on a pas assez de colonne pour ça.

  2. reblochon dit :

    C’est bien de préciser Gilles que ce n’est pas une ou des religions, mais une culture. En effet ce ne sont pas les musulmans, mais des musulmans afghans de certaines tribus. Des fous de Dieu, des hommes aux cultures d’un autre temps, y en a partout, comme on peut trouver des arriérés chez les juifs, chrétiens, etc.

    Les religions s’adaptent aux coutumes et aux anciennes religions locales pour mieux se faire accepter. En grattant un peu, on voit bien que c’est la connerie humaine qui se trouve derrière cela, en se servant souvent de la religion pour justifier cette crasse mentale, Il suffit d’aller voir un peu à l’ouest ou au sud de chez nous pour voir qu’on est pas épargné par cela sur notre continent.

  3. gillac dit :

    C’est un procédé bien connu des hommes de pouvoir d’utiliser des mots nobles pour cacher les pires atrocités. L’histoire du monde est pleine de lois et de traités aux noms accrocheurs qui visaient à endormir le peuple. Dieu, la paix, etc. ne sont que des couvertures.

  4. Gilles Guibord,

    le lien entre la culture et la religion est parfois tellement flou qu’elles s’emboîtent. C’est comme ça que le multiculturalisme devient entre autres l’ennemi de la laïcité…

    Reblochon,

    « on voit bien que c’est la connerie humaine qui se trouve derrière cela, en se servant souvent de la religion pour justifier cette crasse mentale »

    pour moi, c’est bien difficile de voir ce qui se trouve en premier. L’oeuf ou la poule?

    Gillac,

    quoi dans mon billet t’as inspiré pour écrire ce commentaire?

  5. gillac dit :

    @Renart
    Crime d’honneur, traité pour la paix, donner à Dieu sont des expressions maintes fois utilisés par des êtres cruels pour justifier leurs exactions et ça depuis que le monde est monde. En histoire, il est intéressant de noter l’appellation de certaines lois et traités et voir ce que cela cachait dans la réalité (par ex. accommodement raisonnable).

  6. C’est quand même fou que les rares usages du mot « honneur » de nos jours soient en lien avec des crimes familiaux.
    « No more heroes  » comme disait ce graffiti que j’ai un jour aperçu à Londres.

  7. Renart, je crois en une certaine notion de l’honneur. Quelque chose de fier, oui, presque chevaleresque, mais aussi quelque chose de généreux, de fidèle à ses convictions, de tourné vers les autres, de positif, de gentil, de souriant, sans doute toutes des notions enseignées par ma culture et ma religion. Et je ne renie ni l’une ni l’autre. Quoique je peux comprendre que certains qui n’en voient que les côtés négatifs puisse vouloir les rejeter.

  8. MisterD dit :

    Câline, si on peut même plus trucider les membres de la famille dans la dignité. Mais où s’en va le monde ?

  9. Vincent dit :

    Ça vient de l’anglais « Honor-Shame Culture », non pas de la religion.

    Quand l’honneur de la famille est perdu, c’est la honte. Il faut le rétablir pour cesser cette honte familiale. Le sang versé est la façon la plus forte pour rétablir l’honneur. C’est ancré profondément dans beaucoup de cultures. Les Grecs entre autres sont traditionnellement une société de « Honor-Shame Culture ».

  10. Vincent,

    j’en arrive souvent à entremêler religion, traditions et culture, puisqu’ils sont parfois les trois griffes d’une même patte, c’est pourquoi j’ai écrit « quand en plus cela est encouragé par la religion ». Mais j’avoue que cela prête à confusion. Merci de le pointer.

  11. Le Canadien errant dit :

    Il n’y a pas de crime d’honneur au Québec? Alors que penser de l’affaire Turcotte? Le discours n’est peut-être pas exactement le même, mais le résultat est le même. Ici aussi, on se montre tolérant envers des crimes que pourtant rien n’excuse.

    Autre exemple : L’idéologie nazie s’appuyait largement sur la théorie de l’évolution. Résultat : 50 millions de personnes assassinées. Même la science peut justifier des massacres lorsqu’elle est interprétée par des imbéciles. Peut-on en déduire que la science est une chose absolument mauvaise? Je ne crois pas.

    Depuis toujours, le mal se pare des vêtements de la vertu, de l’honneur, de la morale, etc. Cela ne veut pas dire que le sens moral ou ce que l’on appelle « le bien » n’existent pas. J’en vois tous les jours autour de moi même si les journaux n’en font pas leurs manchettes.

    Mais d’autres questions se posent ici : « Est-ce que l’existence du mal prouve l’inexistence de Dieu? » et « si Dieu existe, est-Il mauvais ? » Le lien suivant sur youtube met en scène une anecdote que l’on raconte à propos l’enfance d’Albert Einstein :

    http://www.youtube.com/watch?v=18oW6V95TEo&feature=related

    Sur la même question, il y a cette chanson de Georges Brassens:

    http://www.youtube.com/watch?v=PsL5htYViWM

    Le fait que ces questions ne peuvent être résolues par l’intellect nous oblige à faire appel à notre libre arbitre. En notre âme et conscience, nous devons choisir entre le bien et le mal. Sans doute, est-ce la volonté de Dieu que nous soyons libre de faire ce choix…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *