Valérie Plante, portée par le féminisme, mais victime de sexisme

Comment l’élection de Valérie Plante à la mairie de Montréal, que l’on interprétait redevable au féminisme, peut-elle se transformer soudainement, alors qu’elle présente un budget controversé et qu’elle est critiquée, en exercice du pouvoir réprimé par le sexisme ambiant?


Depuis son élection surprise jusqu’à aujourd’hui, le cas de Valérie Plante, la nouvelle mairesse de Montréal, est pour le moins intéressant. Les rebondissements ne manquent pas! Surtout, à mon sens, en regard de la partisanerie idéologique, cousine de la partisanerie politique qui, on le sait, gangrène ce qui nous fait office de démocratie… et nourrit le cynisme ambiant.

La partisanerie idéologique

S’il faut l’expliquer, la partisanerie idéologique, c’est ce qui fait que les événements politiques et sociaux sont analysés avec le filtre de l’intéressement. Dans le sens qu’on a intérêt à choisir une analyse plutôt qu’une autre. Même de ne pas en faire intervenir plusieurs. Et tout ça, dans le but d’avoir un message militant cohérent, convaincant. La propagande n’étant jamais loin…

On peut aussi parler de récit. C’est une sorte de ligne de parti. Sans parti. Quoique. La partisanerie idéologique peut se déployer dans un parti là où la partisanerie politique, la ligne de parti, n’a pas de prise. Ou même en être un accompagnement où l’un et l’autre se nourrissent et se répondent.

Entre le féminisme et le sexisme

Donc, le cas de Valérie Plante. Quand Valérie Plante a gagné ses élections montréalaises, on a tout de suite récupéré cette victoire pour l’ajouter au récit féministe. Une première femme à la tête de la plus grande ville du Québec!

On s’entendait pour dire que cette victoire reflétait une belle évolution de l’électorat. Il y avait de quoi fêter et j’ai bien sûr fêté comme tout le monde qui voulait fêter.

Par contre, en ce moment, Valérie Plante se retrouve dans l’eau chaude étant donné que le budget qu’elle a présenté excède ses promesses. Ce qui fait que l’électorat – devenu un ensemble de contribuables – est déçu de voir ses taxes municipales grimper. Les contribuables se font entendre, et les médias suivent le bal. Rien de surprenant là-dedans.

À partir de ce moment, la partisanerie idéologique, qui entrouvrait timidement la porte avec la victoire de Valérie Plante, la défonce carrément depuis ses déboires, au point d’en arracher ses gonds… Ce qui fait en sorte que cet électorat, qui auparavant se montrait ouvert aux femmes en politique, devient instantanément sexiste et misogyne depuis qu’il est devenu contribuable/critique de sa mairesse.

Le sexe de Valérie Plante aurait dû devenir anecdotique

Avec cette lecture des choses, dans ce récit, les citoyens perdent toute légitimité d’être déçus puisque Valérie Plante est de sexe féminin. Ce récit obscurcit la vraisemblance que cette même décision budgétaire serait aussi décevante pour les citoyens si elle provenait d’un homme ayant fait les mêmes promesses électorales. Et qu’elle aurait sensiblement eu les mêmes répercussions médiatiques.

Ce récit tend à tout réduire à une réaction au sexe de Valérie Plante (alors que le fait qu’elle soit une femme aurait dû devenir anecdotique après que les célébrations féministes de sa victoire – bien méritées, il faut l’admettre – se soient estompées). La preuve : dans ce récit, le sexisme est une explication plausible du pourquoi ça ne va pas bien maintenant pour elle, comme le féminisme réussissait à expliquer pourquoi elle a gagné ses élections…

Mais ça ne tient pas la route.

La réalité est trop complexe pour la réduire à un seul point de vue, qu’il soit porteur d’un idéal humaniste égalitaire. Ce qu’il y a d’utile dans la lecture féministe – il n’y a aucun doute pour moi qu’elle a son utilité – se transforme en obstacle absurde pour le débat public quand la partisanerie idéologique se met de la partie. Ce qui ne donne rien de bon pour le féminisme dans l’opinion publique, assurément pour la partie qui n’est pas aveuglément gagnée à sa cause. Et même pour quelqu’un comme moi qui y est gagné.

Ceux qui trouvaient extrêmement exagéré que la victoire de Valérie Plante soit réduite à une victoire du féminisme sont assurément dégoûtés de ce qui se passe actuellement. Il n’est pas bien difficile de constater que l’on tente aujourd’hui de mousser le bien-fondé d’un féminisme plus centré sur la victimisation, et avec l’aide de la réaction négative de l’électorat et des médias à propos d’une question budgétaire.

On peut leur reprocher d’être réticents à la cause féministe, même d’avoir un préjugé défavorable, mais pas de voir l’instrumentalisation qui se joue. N’importe qui de moindrement allumé, et surtout de non atteint de partisanerie idéologique, peut la voir.

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