St-Jean : être inclusif

Oui, je sais, j’ai le piton collé…

Au sujet de mon dernier billet sur la St-Jean en français, en commentaire, on a ramené souvent l’argument de l’inclusion, pour justifier une ouverture à d’autres langues que le français (l’anglais particulièrement) dans les spectacles. J’ai un profond problème avec ça.

Cela démontre que l’inclusion des individus à cette fête (qui n’ont pas le français comme langue maternelle) doit absolument passer par une représentation effective de leurs langues (j’utilise le pluriel par politesse…) dans les spectacles. Il y a de la prise d’otage dans cette idée, comme quoi le fardeau de la preuve repose sur le dos des francophones (enfin, ceux qui désirent encore une fête en français, pour des raisons ou d’autres).

Pourtant, je ne vois pas d’exclusion dans le fait de vouloir et de promouvoir la St-Jean en français. Les anglophones et allophones sont tout à fait les bienvenues, à condition qu’ils fassent le pas de se sentir inclus dans cette fête qui est aussi la leur, mais dans le contexte que la langue commune au Québec, c’est encore le français. C’est là où ça semble en blesser plusieurs. C’est là où ça me semble être de la belle hypocrisie. C’est la démonstration d’un malaise latent à l’année qui devient patent à la St-Jean.

Je parlais plus haut d’avoir le fardeau de la preuve de notre ouverture, mais si on retourne ça de l’autre côté, le fait de vouloir obligatoirement une représentativité linguistique autre que le français cette journée-là me semble problématique. Et ça, personne ne le soulève! Ces gens ne s’excluent pas volontairement (par dépit pour ce que représente pour eux la culture francophone), ce sont des victimes de notre soi-disant fermeture d’esprit, la belle affaire! Et cette victimisation prend chez certain la forme d’un discours ultra accommodant, comme si de vouloir une fête dans (et de la) langue de la majorité provinciale était une maladie dont il faudrait trouver un remède au plus vite.

Dans le fond, il existe déjà le remède : c’est le multiculturalisme (dans sa forme « multilinguistique »). Un remède pour les uns, un virus pour les autres, dont moi.

Et s’il y a bien un endroit où je ne voudrais pas d’infection, c’est bien le 24 juin. Et je me fous d’avoir l’air du gars fermé d’esprit que je ne suis profondément pas.

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Dans « Arcade Fire, SSJB, MNQ : retour sur les ceintures fléchées » , Patrick Lagacé fait preuve de bonté en exposant des avis contraires aux siens (et plus en phase avec les miens). Ce que je félicite. Pas d’ironie ici. Vraiment.

(Photo : groovelock)

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7 réponses à St-Jean : être inclusif

  1. gillac dit :

    Mon argument en faveur de l’usage de d’autres langues durant les festivités de la St-Jean ne repose pas sur un argument d’inclusion mais bien d’expression artistique. Si un artiste québécois a fait un hit international avec la chanson O sole mio, je m’attend à ce qu’il la chante en italien. Je suis en faveur de l’affirmation nationale mais pas envers la frilosité du québec francophone.

  2. « Si un artiste québécois a fait un hit international avec la chanson O sole mio, je m’attend à ce qu’il la chante en italien. »

    Ça se fait déjà, mais l’italien n’est pas la langue néo-coloniale canadian.

    Je répète: cette fête est celle des nationalo-séparatistes québécois. Les nationalo-fédéralistes canadian ont leur fête du premier juillet.

  3. gillac dit :

    @ David Gendron

    La St-Jean est  » la fête des nationalo-séparatistes québécois »? Quel beau détournement ! Je suis persuadé que ni le PQ ni le Bloc québécois ne vous suivront sur cette voie.

  4. Gillac,

    la St-Jean comme récompense pour les artistes s’étant le plus illustrés à l’étranger? C’est assez inédit.

    Comme je le disais à la suite de l’autre billet :

    « féliciter ce jour-là les artistes qui ont choisi de chanter en français à l’année au lieu de l’anglais me semble un beau retour du balancier »

    C’est assez inédit aussi je l’avoue même si en même temps ça me semble aller de soi.

    « pas envers la frilosité du québec francophone »

    Ce n’est pas « un argument d’inclusion », mais en contrepartie ça reste de la « frilosité »…

    Ce n’est pas de la frilosité, c’est le désir de réserver cette journée pour le français comme langue commune à célébrer.

  5. Gillac, je ne fais qu’exposer la vision des nationalo-séparatistes sur la question, la même que celle prônée par les bloquistes et les péquistes. Pour moi, la St-Jean n’est qu’une journée de congé où j’ai d’autres trucs plus intéressants à foutre que de me prosterner devant l’État…

    Et en quoi ce « détournement » est-il si problématique? Est-ce que les nationalo-séparatistes célèbrent la Fête du Canada?

  6. Plume Noire dit :

    @Gillac: l’argument d’inclusion est primordial. Tant que les souverainistes n’auront pas un discours d’inclusion de TOUS les québécois, jamais ils ne réussiront à amener les non-francophones à adhérer au francais et à embrasser la culture francophone québécoise. Et ils réduiront au fil du temps leurs chances d’avoir un Québec souverain…

    @Renart:  »Ce n’est pas de la frilosité, c’est le désir de réserver cette journée pour le français comme langue commune à célébrer. » Si ton idée est de réserver cette journée là pour des célébrations en francais uniquement, alors il ne faut pas appeler cette journée là  »LA FÊTE NATIONALE DU QUÉBEC ». Pour la simple et bonne raison que TOUS les québécois ne sont pas francophones. Je sais que c’est une réalité qui est très dure à accepter pour pas mal de québécois francophones mais il va falloir arrêter de faire l’autruche et regarder la réalité en face. Le visage du Québec change. J’espère que les gens s’en rendent compte…

    @David Gendron:  »Et en quoi ce « détournement » est-il si problématique? Est-ce que les nationalo-séparatistes célèbrent la Fête du Canada? » Ce détournement est problématique pour la simple et bonne raison que ca maintient les divisions entre québécois, et c’est discriminatoire. Pourquoi à ton avis, il y’a autant d’immigrants (dont la langue n’est pas le francais) qui adhèrent plus à l’anglais? Pas seulement pour des raisons professionnelles etc… Mais aussi parce qu’ils se sentent plus acceptés du côté anglo. Beaucoup d’immigrants francophones qui se tiennent dans les milieux francophones au Québec m’ont également fait part de leur perception de ne pas être inclus… Penses-y et jase donc avec des immigrants…

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