Power Corp : glissement du PLQ vers la CAQ…

On voit très bien que l’allégeance politique de La Presse (donc de Gesca, des Desmarais, de Power Corp) glisse tranquillement du Parti libéral vers la Coalition Avenir Québec. Une preuve parmi tant d’autres, un éditorial d’André Pratte qui écorche à vif le PLQ et sa stratégie de dire qu’un vote pour la CAQ est un vote pour le PQ. Et, en plus, il se fait très rassurant pour les fédéralistes craignant le passé souverainiste de François Legault :

La CAQ se distingue fondamentalement du PQ par son refus de relancer le débat sur la question nationale afin de se concentrer sur les problèmes immédiats du Québec. On peut s’étonner du virage radical de M. Legault à cet égard, mais ce changement n’est pas qu’une façade. En en fait, il est au coeur de sa démarche des deux dernières années. Ses engagements publics et la confiance placée en lui par nombre de fédéralistes garantissent qu’il ne pourra pas revenir sur ses pas. Un éventuel gouvernement de la CAQ ne mettrait pas en oeuvre de stratégie ouverte ou souterraine visant à provoquer les conditions gagnantes pour la tenue d’un référendum.

François Legault doit jubiler. Et en extra, il a l’appui indirect de Victor-Lévy Beaulieu qui écrit : « La CAQ, pourquoi pas ? »

Mais pour revenir à La Presse, sa une du samedi 18 août ajoute un petit bémol à cette analyse comme quoi Legault serait le nouveau poulain de Sagard. Une une qui m’a fait me demander si j’étais devant un journal sérieux ou devant un journal à potin du style Écho-vedettes :

Au mitan d’une campagne électorale plutôt aseptisée, le chef libéral parle librement de la douleur des proches quand un politicien se fait accuser de tous les maux. Bientôt, d’ailleurs, on sera plus nombreux à s’inquiéter dans le clan Charest. À 54 ans, il sera grand-père à la fin de l’année, lui a appris tout récemment l’aînée de ses filles.

Que peut-on penser d’un portrait de Jean Charest évoquant sa vie personnelle durant la campagne électorale? Visiblement, un soutien d’aussi longue date ne se brise pas si facilement. Mais surtout, ce que la CAQ et le PLQ ont toujours en commun, c’est de ne pas appartenir à la méchante famille souverainiste. Alors que tout est concentré pour briser le PQ qui est en tête des sondages, susciter la pitié de l’électorat indécis envers Jean Charest participe à ce pari que les libéraux peuvent reprendre du poil de la bête et surprendre tout le monde en reprenant le pouvoir, même minoritaire. Le PLQ ou la CAQ à la tête du gouvernement sourirait aux patrons de Power Corporation, preuve qu’ils sont interchangeables…

Mais il semble qu’il y a longtemps que ce possible changement se prépare. En novembre 2011, Richard Le Hir écrivait déjà que la CAQ et le PLQ, c’est du pareil au même, en tout cas au niveau du lien avec les Desmarais. Et il faisait ressortir que Charles Sirois (le cofondateur de la CAQ) est la clé pour comprendre ce lien. Je vous conseille de lire son texte, mais je vais quand même exposer brièvement sa théorie, qui fait beaucoup de sens.

Tout le monde connaît l’amitié de Nicolas Sarkozy avec les Desmarais. Il s’avère que le frère de l’ancien président de la France, Olivier Sarkozy, un grand financier, est un des dirigeants du groupe d’investissement états-unien Carlyle. Paul Desmarais en est un des « Principaux investisseurs et conseillers ». Maintenant, arrivons à Charles Sirois : Olivier Sarkozy « a réalisé un certain nombre de mandats importants, dont un pour la CIBC, une banque canadienne dont le président du conseil d’administration est nul autre que Charles Sirois. » La conclusion de Richard Le Hir (souvenons-nous que les propos datent de novembre 2011) :

On n’est évidemment pas surpris de voir tout ce beau monde baigner dans les mêmes eaux, mais le fait qu’on les y retrouve nous permet de comprendre qu’elles se rendent volontiers des petits services, du genre « Gratte-moi le dos, je te gratterai le tien », et que le genre de service qu’un Charles Sirois peut rendre à un Paul Desmarais pour le remercier d’avoir mis à sa disposition son carnet de bonnes adresses est d’aider François Legault à constituer rapidement avec sa CAQ une alternative à Jean Charest qui a désormais beaucoup trop de plomb dans l’aile pour se faire réélire.

Tout cela trouve tellement d’écho dans la campagne actuelle que c’en est épeurant…

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