Michelle Obama, les cheveux au vent en Arabie saoudite…

Photo : SAUL LOEB/AFP/Getty Images

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Une visite présidentielle en Arabie saoudite au lendemain des funérailles du roi. Michelle Obama sans le voile qui serait de mise là-bas. Un scandale pour cette société qui voit l’insoumission d’une femme comme un affront.
[Source : Le Point.fr, 28 janvier 2015]

Il est très possible de voir tout ça comme un message diplomatique fort. Ça serait quand même oublier que les États-Unis, pays qui prône la démocratie au point de se servir de cet idéal pour justifier la guerre, sont complètement en conflit d’intérêts en s’acoquinant avec l’Arabie saoudite. Conflit d’intérêts dans le sens des valeurs, pas dans le sens des intérêts…

Les cheveux de Michelle Obama contre la dictature…

C’est que selon l’indice de démocratie, basé sur certains critères comme « le processus électoral et le pluralisme, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique, la culture politique », l’Arabie saoudite se retrouve dans les bas-fonds de la liste mondiale. Que Michelle Obama s’abstienne de porter le voile, c’est frondeur et je l’applaudis, mais c’est comme essayer de tuer un orignal avec une carabine à plomb.

Les États-Unis se battaient en Afghanistan pour défendre la démocratie et Barack Obama serre la main du nouveau roi saoudien. Pourtant, l’Arabie saoudite est neuf rangs plus bas que l’Afghanistan selon l’indice de démocratie. Quelle est une des grandes différences entre les deux? Un pays est riche, l’autre est pauvre. Ça fait juste en rajouter une couche sur le fait que l’on pense depuis longtemps que la valeur suprême des États-Unis est l’argent.

Et maintenant plus proche de nous…

Nous ne sommes pas en reste au Canada ni au Québec. Le gouverneur du Canada s’est rendu en Arabie saoudite pour honorer la mémoire du roi Abdallah. Passons là-dessus. Pour ce qui est du Québec, c’est plus subtil.

Alors qu’on ravive le souvenir du passé saoudien de Philippe Couillard, dans le contexte qu’il se défile pour condamner ce pays où il s’est bien rempli les poches, alors qu’on lui demande de faire quelque chose pour Raif Badawi, il s’amuse avec les mots :

Philippe Couillard ne veut plus parler de lutte contre l’intégrisme, mais bien de lutte contre la radicalisation, axant son discours identitaire sur la sécurité.

Selon mon point de vue, ce changement a deux utilités.

Première utilité

La première, la plus évidente, est de repousser encore plus aux calendes grecques les politiques laïques, puisque l’intégrisme n’est ainsi plus un danger pour la société au-delà du terrorisme et de la radicalisation. Pourtant, il y a faire pour assurer la sécurité de nos acquis sociaux devant les lobbys religieux qui veulent gruger nos libertés, entre autres avec l’aide du relativisme.

Ce changement, il sert à rassurer ceux-là qui sont déjà bien implantés dans certaines de nos écoles, qui travaillent fort pour que certaines de leurs règles et de leurs vues très discutables, entre autres en ce qui a trait à l’égalité homme femme et à l’homosexualité, soient socialement acceptables. Si ce n’est pas de l’intégrisme, je me demande bien ce que c’est!

Donc, en changeant « intégrisme » pour « radicalisation », Philippe Couillard peut rassurer la partie de son électorat qui voit d’un bon oeil l’État perméable dans lequel nous vivons…

Deuxième utilité

Pour ce qui est de la deuxième utilité, elle concerne le lien avec l’Arabie saoudite. Comme par magie, en rejetant la lutte à l’intégrisme et en le plaçant dans le cadre légal des droits et libertés – Philippe Couillard disait que l’« intégrisme est un choix personnel » -, l’Arabie saoudite devient soudainement plus acceptable. En séparant ainsi la cause (l’intégrisme) de l’effet (la radicalisation), même un pays antidémocratique comme celui-là devient un peu plus défendable, en tout cas pour ceux qui se contentent de la surface des choses.

À la surface des choses, défendre l’Arabie saoudite est encore plus possible puisque son lien avec la radicalisation, donc le terrorisme, n’est pas direct pour l’opinion publique, enfin celle qui est facilement manipulable. On a beau savoir que ce pays est accusé de financer le terrorisme, il y a toujours moyen de faire comme si de rien était et de se contenter, comme Michelle Obama, de ne pas se couvrir les cheveux…

Je vous le demande : dans ce cas, comment ne pas trouver que la diplomatie actuelle et la politique internationale sont simplement synonymes d’hypocrisie? 

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