La censure islamiste ne s'arrête pas à Mahomet…

Zoulikha Bouabdella, Silence

Zoulikha Bouabdella, Silence


S’il faut dire les choses comme elles sont, la mouvance islamiste ne se résume pas qu’au terrorisme. Le terrorisme est son résultat extrême, mais il ne réussit pas à cacher son aspect le plus insidieux : le désir de censure.

Avec toute l’actualité qui converge vers les représentations de Mahomet – en raison de l’attentat contre Charlie Hebdo et des répercussions à la suite de sa première une, depuis -, il ne faut pas oublier que la censure islamiste, celle-là qui veut que toutes les sociétés se conforment à la charia, va beaucoup plus loin que le blasphème envers son prophète.

Et le plus beau avec ce désir de censure, c’est qu’il fonctionne actuellement avec l’aide de la peur et de cette idée, grandement médiatisée, que la liberté d’expression se doit d’être responsable pour ne pas heurter les sensibilités. Ainsi, nul besoin de légiférer pour amoindrir la liberté d’expression afin d’accommoder la liberté de religion. Par contre, pas de doute que cette croisade continuera, en espérant que le bon sens démocratique et citoyen empêchera cette aberration.

Zoulikha Bouabdellah

Le cas de l’oeuvre de l’artiste Zoulikha Bouabdellah, Silence, démontre tout à fait la dérive actuelle. Cette oeuvre est une installation de 24 tapis de prière troués par un cercle dans lequel repose une paire de talons hauts. Selon mon avis de diplômé en art, il est question, en gros, de la place de la femme dans l’Islam et dans les sociétés occidentales. C’est sans conteste un regard critique. L’oeuvre, qui a été créée 2007-2008, a été exposée à plusieurs reprises un peu partout dans le monde.

Mais c’est en France qu’il y a eu problème. L’artiste, qui se dit elle-même de culture musulmane, a été surprise de savoir que l’oeuvre qu’elle présentait pour l’exposition « Femina ou la réappropriation des modèles », qui se tient au Pavillon Vendôme, à Clichy, avait créé une polémique avant même le vernissage. La raison, c’est que la mairie a reçu de la pression d’une association de confession musulmane. Plus explicitement, selon l’organisatrice, ce qu’elle écrivait dans une lettre ouverte reprise par le site du magazine « L’Oeil de la photographie » :

Pendant l’accrochage, l’équipe de commissaires a été informée par la mairie de mises en garde émanant de représentants d’une fédération de citoyens Clichois de confession musulmane sur « d’éventuels incidents irresponsables » non maîtrisables, pouvant survenir suite à l’exposition d’une pièce de Zoulikha Bouabdellah, intitulée Silence.

Voilà, la peur des représailles…

L’artiste Orlan, qui s’est retirée de l’exposition par solidarité, même si Zoulikha Bouabdellah déclarait avoir décidé de se retirer de son plein gré, écrivait :

En vérité, il suffit de se renseigner un peu pour découvrir clairement que cet acte d’autocensure masque une censure plus grave. […] La mairie a cédé à ces pressions et s’est désolidarisée de l’exposition si l’œuvre devait être présentée.

Quelles que soient les motivations de l’artiste et des commissaires, le résultat est catastrophique.

Mets-en qu’il est catastrophique! Même pas besoin de la dérision pour devenir la cible des islamistes et se voir abandonner par ceux pour qui la liberté d’expression devrait être la première liberté à protéger. On parle quand même de la France! Mais bon, il semble de plus en plus que la France devra songer à retirer le premier mot de sa devise, « Liberté, égalité, fraternité », pour ne pas se faire poursuivre pour fausse représentation…

Des leçons à tirer?

On a reproché aux médias partout dans le monde de ne pas avoir soutenu le mouvement des caricaturistes danois qui bravaient l’interdiction de représenter Mahomet, contrairement à Charlie Hebdo, ce qui a fait en sorte de réduire les cibles potentielles pour les terroristes. Si la majorité des médias n’avaient pas pris le pari de l’autocensure, cela aurait-il changé l’histoire, et épargné l’équipe de Charlie Hebdo? Sommes-nous devant la même spirale de la peur, même dans la culture en général, avec le cas de Zoulikha Bouabdellah?

Nos sociétés sont-elles en train de jouer le jeu des islamistes en remettant de moins en moins en question les entorses à la liberté d’expression, par peur?

La peur n’est-elle pas une conséquence de la terreur? Visiblement, le pouvoir du terrorisme est réverbérant.

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Mise à jour :

Finalement, l’oeuvre sera réinstallée selon L’Obs :

La situation s’est débloqué après une réunion avec l’édile, explique « Libé », qui a accepté de prendre « des mesures de sécurité et de communication pour que la pièce soit réinstallée. »

Une victoire sur l’obscurantisme…

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3 réponses à La censure islamiste ne s'arrête pas à Mahomet…

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