Loi 101 – Ce que Sugar Sammy nous aura fait comprendre

Photo : Barry Brecheisen / Stringer / Getty Images

Photo : Barry Brecheisen / Stringer / Getty Images

J’ai l’habitude de réagir pas mal à chaud. C’est ce qu’aurait voulu Sugar Sammy la semaine dernière, alors je me suis abstenu.

C’est que Sugar Sammy et son équipe ont concocté une affiche, en tout cas installée dans un métro, où on pouvait y lire « For christmas, i’d like a complaint from the Office de la langue française », donc, pour Noël, je voudrais une plainte de l’Office de la langue française. Il y a eu effectivement une plainte, et même plusieurs, alors on a caviardé les mots anglais de la phrase pour ajouter « Pour Noël, j’ai eu une plainte de l’ »…

Non-respect de la loi

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce concept publicitaire repose sur le non-respect de la loi. La loi 101 permet d’afficher seulement en anglais quand il est question de faire la promotion d’un produit culturel anglophone, mais il n’y a rien de clair avec Sugar Sammy puisqu’il fait des spectacles en français, en anglais et en franglais…

J’ai fait le tour de son offre de spectacles et elle est très majoritairement francophone. Donc, l’Office de la langue française pourra lui taper sur les doigts, ou plutôt, le chatouiller, comme peut le faire une loi édentée.

Non-respect tout court

Cette histoire est symptomatique du non-respect envers le fait français et du fait que la loi 101 n’est pas respectable. Et pour l’illustrer, j’aimerais donner un exemple. Imaginez le même genre de campagne publicitaire, mais en changeant la cible. Il serait écrit sur l’affiche : « Pour Noël, je voudrais une plainte de la Commission des droits de la personne ». Et imaginez n’importe quelle image blessante qui viserait une minorité ou une religion, assez blessante pour encourager une plainte.

Même Sugar Sammy ne la trouverait pas drôle. J’oserais même croire que Mike Ward ne la trouverait pas drôle non plus… Pourtant, pour quelqu’un qui a profondément à coeur le fait français au Québec, l’affiche publicitaire de Sugar Sammy est aussi blessante. Et je dirai à ceux qui tenteraient d’amoindrir sa portée : qui êtes-vous pour juger de ce qui devrait ou pas blesser quelqu’un? Qui êtes-vous pour enlever le droit à certains francophones de s’indigner devant quelque chose qu’ils considèrent comme leur étant irrespectueux?

Ce n’est plus de l’humour, c’est un manifeste

S’il y a une loi qui tente de protéger le français, c’est qu’il y a bien quelque chose à protéger, non? Si on connaît un minimum l’histoire du Québec, on sait que ce qui a trait à la question linguistique n’est pas ce qu’il y a de plus drôle… En tout cas, on devrait savoir qu’ici on s’est battu à coups de poing entre francophones et anglophones et on ne peut pas faire comme si on ne savait pas qu’on a tenté de tuer une première ministre dans le contexte de la « guerre » linguistique. Et on ne peut pas faire comme si on ne savait pas que le français est une langue minoritaire en Amérique et qu’au Canada anglais la francophobie est acceptable socialement (ce qui est en train de se passer par ici, visiblement).

Justement, Sugar Sammy utilise la francophobie pour faire réagir les Québécois qui ont à coeur le fait français et pour faire rire les francophobes et les citoyens du monde, ceux qui se considèrent être au-dessus de ça, la question linguistique. S’il n’y avait pas une problématique réelle, il n’y aurait pas matière à en rire ou de raison de s’en servir pour provoquer. S’il n’y avait pas de « guerre », Sugar Sammy ne serait pas aussi populaire.

Sugar Sammy n’a pas fait de l’humour avec cette campagne publicitaire, mais de la politique et du marketing. On lui pardonnera ou non selon les points de vue, mais on ne peut pas considérer la chose anodine. Il faut savoir jusqu’où on peut aller en publicité et en humour et, décidément, le jeu en valait la chandelle : son équipe n’aurait pas pris le risque de saboter sa carrière avec ce coup.

Alors voilà, tout cela est bien représentatif du laxisme linguistique québécois. Dans un Québec qui se tiendrait debout linguistiquement, le Sugar Sammy qu’on connaît n’existerait pas. Si la loi 101 était respectable, on ne s’en servirait pas pour provoquer, pour narguer.

Si la francophobie était considérée comme aussi haineuse que le racisme et la xénophobie, Sugar Sammy ne gagnerait pas d’Olivier.

Mais il y a de l’espoir, comme en fait foi ce message, envoyé par une amie, au principal intéressé :

Marguerite

 

 

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