Huffington Post Québec entre autres amputé de dix personnalités

 

À la veille de l’ouverture du « tant attendu » site Huffington Post Québec, on apprend qu’au total dix personnalités se retirent de l’aventure, avec Amir Khadir et Françoise David. Les autres sont : Normand Baillargeon, Jean Barbe, Philippe Couillard, Pierre Curzi, Bernard Drainville, Louise Harel, Steven Guilbeault et Evelyne de la Chenelière. Sans méchanceté, on pourrait appeler ça une baloune qui dégonfle, puisque ce sont sensiblement les mêmes personnes qu’on avait annoncé en grande pompe pour faire miroiter le futur succès du site. Bien sûr, cela est en lien avec la polémique que cette annonce avait provoquée, polémique autour des blogueurs qui ne sont pas rémunérés pour leur contribution à la réussite du site, en regard des autres expériences ailleurs dans le monde. Le succès états-unien ayant permis d’ailleurs que sa fondatrice Arianna Huffington empoche un beau gros 315 millions sans même sourciller devant ce que cela impliquait, enfin, j’imagine.

Mais au-delà de ça, le rédacteur en chef Patrick White et l’éditrice de la section blogue Tammy Emma Pepin sont en mode défensif dans les médias traditionnels et les médias sociaux. Tandis que le premier disait au journal The Gazette que dans un sens toute cette controverse leur donne un bon coup de main, l’autre essayait de mettre dans le même panier le site de son employeur (elle est payée, en passant) et les Facebook, Twitter, ainsi que tout ce qui ressemble aux sections lettres ouvertes et « débats » dans les journaux.

Je veux bien croire que toute publicité est bonne à prendre, mais j’ose espérer que dans un cas aussi discutable éthiquement le public québécois ne sera pas aussi dupe que Patrick White semble le croire… Parce qu’il a beau pointer un argumentaire soi-disant rationnel pour écarter le problème moral (sa consoeur Tammy Emma Pepin fait de même d’ailleurs — et j’ai parlé de cet argumentaire dans un billet récent), il reste entier à mon avis et à celui de beaucoup de monde. Le problème n’est pas que des blogueurs décident de ne pas être payés (il y en aura sans doute parmi nous au Globe, quand nous serons en mesure de leur offrir une paye), mais d’en faire la base de son modèle d’affaires. Et je crois qu’il faut appuyer très fort là-dessus.

Ils ont beau dire que les blogueurs sont liés minimalement à eux (pas de contraintes comme l’exclusivité), il reste que c’est le lien entre la visibilité du HuffPost et le nombre de publications fournies par les blogueurs qui fera gonfler les statistiques : le nerf de la guerre dans ce monde où les commanditaires sont rois. Et ici, je n’apprends sans doute rien à personne… Encore, cette visibilité actuelle que peut offrir le Huffington Post Québec s’est bâtie grâce à la bonne volonté des blogueurs états-uniens qui, eux, ne savaient pas trop dans quoi ils s’embarquaient à l’époque. Avoir su qu’ils allaient participer pleinement « à la bonne fortune » d’une femme déjà bien en moyen, je ne suis pas certain qu’ils auraient pris la même décision, mis à part ceux qui ont su profiter du Huffington Post comme tremplin.

Mais j’aimerais revenir à cet argumentaire qui met sur le même pied d’égalité Twitter, Facebook, les sections lettres ouvertes dans les journaux et le Huffington Post. À la base, il faut savoir séparer d’un côté le média, et de l’autre le média social. Et dans ce triage, il y a le blogue qui semble être la symbiose des deux mondes et qui vient brouiller les cartes. C’est sans doute pour cette raison d’ailleurs qu’il est possible d’installer un argumentaire apparemment vraisemblable pour considérer la matière, qu’est le billet (de blogue), égale aux phénomènes de socialisation que sont les publications sur Facebook et Twitter. Idem pour ce qui est des lettres des lecteurs et autres participations traditionnelles des citoyens dans les grands médias.

Où est le problème? C’est que le HuffPost n’est rien et tout cela à la fois, en prenant bien soin de prendre le plus possible ce qui maximisera ses profits. Un média doit se doter d’une grande équipe de journalistes couteuse? Le Huffpost a une équipe réduite et fait du remplissage avec des blogueurs bénévoles. Un média social doit travailler ses outils sociaux et améliorer l’expérience des usagers, le HuffPost ne prend que la donnée du nombre et la dynamique des utilisateurs pourvoyeurs de recherche et de contenu : c’est à dire encore les blogueurs (le blogue, à sa génèse, n’était que du partage de lien avec court commentaire). Ils peuvent bien se targuer de vouloir faire comme les grands médias et de publier des lettres ouvertes, comme par magie cela a toujours été du contenu offert gratuitement! Si ce n’est pas de l’opportunisme, je ne sais pas ce que c’est…

En somme, les soldats d’Arianna Huffington pourront toujours se défendre aussi drôlement de participer à une aventure douteuse au niveau éthique, et les autres de seulement s’incliner devant le dieu Visibilité, l’odieux sera toujours de leur côté et ça, les personnalités qui ont quitté le bateau le savent bien, ils en sont même la preuve. D’ailleurs, Le Globe réitère son invitation à ces personnalités : ils sont les bienvenus pour nous aider à créer divers emplois rémunérés, dont celui de blogueur. Pourquoi ça ne pourrait pas être un métier d’avenir?

(Image : carac3)

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Une réponse à Huffington Post Québec entre autres amputé de dix personnalités

  1. gillac dit :

    Je ne verserai pas une larme si cette invasion étrangère échoue.

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