Hausse d’impôts : le malheur des riches…

 

Dans toute l’hystérie entourant la hausse d’impôts des plus riches (je trouve l’idée de rétroaction assez discutable moi aussi), il y a cette sensiblerie du côté des détracteurs de cette hausse que je trouve admirable, tellement elle est insidieuse. On en a un exemple dans la dernière chronique de Michel Girard :

Qu’ont-ils fait de mal, ces «riches» Québécois, pour subir une telle ponction d’impôt rétroactive? […]

Mais utiliser un stratagème pour faire rétroactivement payer davantage les honnêtes contribuables qui ont le malheur de gagner plus de 130 000$, cela m’apparaît hypocrite.

Même si la rétroaction ne me plaît pas, pourquoi victimiser plus qu’il n’en faut ceux qui sont visés par cette mesure? Bien sûr qu’ils n’ont rien « fait de mal », bien sûr que ce n’est pas un « malheur de gagner plus de 130 000$ ». C’est plutôt étrange de mettre ainsi les impôts en contradiction avec les contribuables, comme si c’était une punition. Mais si on tourne ça à l’envers et on se demande, au niveau général, où la fiscalité fait mal et où l’impôt est un malheur, c’est bien surtout du côté de ceux qui gagnent moins de 130 000$, et plus le revenu est bas, plus il y a de chance que le mal et le malheur soit au rendez-vous.

Parce qu’il ne faut pas se leurrer, même très élevés, les impôts des plus riches ne sont jamais ce qui fait la différence au bout de l’année entre arriver juste et avoir un peu de jeu au niveau des finances personnelles comme c’est souvent le cas pour la classe moyenne. À moins d’être bien peu talentueux pour gérer son argent, le seul danger qu’il y a pour un riche de payer plus d’impôts est de couper dans le luxe, ce qui en fait visiblement pleurer quelques-uns, mais ce qui est un excellent spectacle pour ceux qui payent aussi de l’impôt et qui peinent à joindre les deux bouts malgré le fait de travailler aussi fort (sinon plus, parfois) qu’eux. Parce qu’il n’y a que 24 heures par jour, ça serait impensable de lier le mérite salarial aux nombres d’heures travaillées et à la productivité.

Dans le fond, je remercie chaleureusement Michel Girard d’avoir pointé le mal et le malheur comme concepts à considérer dans ce débat. Parce que si le fantasme suprême de certains riches (et de leurs larbins) est d’abolir les impôts et autres taxes pour laisser ceux qui en ont les moyens le soin de se payer des services, c’est la majorité de la population qui aurait mal et serait donc malheureuse, ayant moins (ou sinon pas) les moyens de les obtenir ces services, visiblement, puisque les plus riches payent plus pour que les plus pauvres n’aient pas à payer, ou à payer moins. Et s’il faut pointer le mal, est-il plus du côté de l’impôt progressif actuel avec une augmentation pour les plus riches ou du côté du lobby de la « juste part », des amants du concept de l’utilisateur-payeur, qui par cela veulent amincir, sinon éliminer le filet social pour que les plus riches n’aient pas à se soucier financièrement du sort des plus pauvres qu’eux?

Vous voyez, j’ai beau ne pas être d’accord avec le fait de vouloir imposer rétroactivement ces gens, ce n’est vraiment pas ça qui m’importe le plus. Et puis, tout ça est à mettre dans le contexte de l’abolition de la taxe santé, une mesure très régressive, qui demande un rajustement budgétaire. Et comme mon confrère Daniel Lalonde le souligne, la solution n’est peut-être même pas dans une augmentation d’impôts pour les gens ayant 130 000$ de revenu et plus, mais bien dans le même ménage gouvernemental que l’on suggérait à ceux qui trouvaient juste d’augmenter les frais de scolarité :

Le gouvernement a un ménage à faire dans sa propre cour avant d’ajouter au fardeau fiscal des contribuables et ce peu importe leur revenu annuel. Ajouter des paliers d’imposition pour les plus riches n’enraye pas le système de bonus chez Hydro-Québec et à l’agence du revenu du Québec, les primes de transitions mêmes pour ceux qui prennent leur retraite, les abus ponctuels dans les commissions scolaires et chez les recteurs, les paradis fiscaux, les fraudes à l’aide sociale, etc. On continue donc à demander à ceux qui contribuent déjà à la hauteur de leur revenu de compenser pour les lacunes importantes causées par le laxisme des gouvernements.

Est-ce qu’on a entendu ce discours? Pas vraiment. Tout ce qu’on a entendu, c’est « on ne veut pas payer plus », point, alors qu’en réalité, selon « la plateforme du PQ, le taux d’imposition provincial de la tranche de revenus de 130 000 $ à 250 000 $ passerait de 24 à 28 %. Le taux d’imposition pour les revenus excédant 250 000 $ passerait de 24 à 31 %. » Il n’est aucunement question de ruiner quiconque ici, quand même… Et s’il n’y avait pas d’autres moyens que d’imposer plus les citoyens en général pour aller chercher de l’argent pour les missions de l’État, il faudrait bien de toute façon que les plus riches payent aussi, non?

 

Via @Mindsix

 

Parce qu’il faut se le dire, la majorité de l’argent qui entre dans les coffres de l’État en impôts provient en majorité des citoyens qui gagnent moins de 130 000$, comme on le voit dans le tableau ci-haut. Alors, on repassera pour ce qui est du discours comme quoi le fardeau fiscal repose majoritairement sur le dos des plus riches. Oui, ils payent un peu plus individuellement, mais est-ce si grave? Cela vaut-il toute cette diabolisation du PQ?

Sérieux, tout ça pour une augmentation de 4% ou de 7%?

Ajout :

Tel que vu sur le Facebook de Fournier :

 

 

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