Fondamentalisme

 

J’ai toujours eu un préjugé favorable envers le bouddhisme étant donné qu’on me l’a toujours pointé comme étant « une philosophie plutôt qu’une religion ». Oui, vous le savez, je suis un condensé de mauvaise foi… Quoi qu’il en soit, le chef spirituel actuel du bouddhisme, le dalaï-lama, m’a fait déchanter dernièrement en prenant la part des religions et en repoussant d’autant la liberté d’expression :

 

Au sein de toutes les religions – y compris le bouddhisme -, il existe des fidèles qui portent en eux les germes de sentiments destructeurs, mais il faut se garder de condamner en bloc ces religions

 

Je comprends tout à fait son point, mais je me demande où se trouve la ligne entre pointer le débordement extrémiste d’un fidèle d’une religion – en soulignant obligatoirement celle-ci – et « condamner en bloc » cette religion? En serons-nous bientôt à demander aux médias d’exclure toute référence à la religion quand il est question d’un attentat terroriste, par exemple? D’autant plus qu’il y a divers degrés entre le fidèle modéré et l’extrémiste, et qu’il y a les paroles et les actes comme possibilités d’expressions de la dévotion, positivement ou négativement. J’ai l’impression qu’on tente de contenir la critique envers les manifestations du religieux dans un espace aussi propre que ce que tentent de nous imposer par la publicité les fabricants de produits domestiques : l’ultime stérilité. J’en comprends aussi qu’il est question de respect. Mais serait-ce que le respect est unilatéral?

Parce que la critique envers le phénomène religieux ne se résume pas à pointer les manifestations extrémistes. Elle est globale. Voudrait-on alors lui couper l’herbe sous le pied en passant par le chemin facile, celui de condamner ceux qui réprouvent les « fidèles qui portent en eux les germes de sentiments destructeurs »? Et, par ricochet, de bannir l’ensemble de l’oeuvre, comme le souligne Mathieu Bock-Côté : de tout bonnement enlever « Le droit au blasphème »?

Il ne faut pas oublier que les propos du dalaï-lama ont eu comme écrin la Deuxième conférence mondiale sur les religions du monde où on jetait dans la mare de la Déclaration universelle des droits de l’homme la proposition d’un nouvel article, 12.4, qui se lit comme suit :

Chacun a le droit que sa religion ne soit pas dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement.

Cette idée porte sans aucun doute pour moi la signature du fondamentalisme. Parce qu’elle fait la promotion de l’idée que la religion est fondamentale à l’humain, ce avec quoi je suis profondément en désaccord. Et le chemin n’est pas loin pour laisser de côté les droits des areligieux… C’est même implicite. On a beau essayer d’échafauder une structure démontrant que l’athéisme est une religion, il n’en est rien. Il est question d’absence, il est question d’opposition claire, si bien sûr on peut toujours s’entendre sur le sens des mots. L’agnostique, l’antireligieux, l’irréligieux, l’impie, l’incroyant, le non-croyant n’auraient pas ce droit, puisque son existence même est en soi du dénigrement.

Mais il n’est pas tellement besoin d’un nouvel article de la Déclaration universelle des droits de l’homme pour bâillonner. Les exemples fusent, et pas seulement du côté musulman, et pas seulement du côté critique. L’exemple qui suit est à classer dans l’anodin (et elle est classée sur Cyberpresse dans la section « Insolite »), et pourtant…

Le régulateur britannique de la publicité a interdit comme «irrévérencieuse» une caricature montrant Jésus le pouce levé et le clin d’oeil appuyé, utilisée par un opérateur téléphonique pour vanter ses «rabais miraculeux» à l’occasion des dernières fêtes pascales.

C’est déjà bien planté, et très profondément. Là où il y a de la (grande) noirceur.

 

Ajout :

 

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9 réponses à Fondamentalisme

  1. La religion est fondamentale à l’être humain, c’est me semble-t-il clair et net. Quant au fondamentalisme, il n’est pas le propre des religions , mais de tout système de pensée, en incluant l’athéisme. Il y a des fondamentalistes syndicaux, fédéralistes, écologistes, etc… Je suis en décassord aussi avec vous : l’athéisme est un système religieux, avec son dogmatisme, ses prêtres (Dawkins), son activisme, son évangélisation.

    Je trouve que vous tapez un peu fort sur le phénomène religieux (typique d’une forme d’intolérance tout à fait propre au Québec moderne).

    Ceci dit, je suis contre cette proposition au droit de ne pas être dénigré pour une religion : il est essentiel que quiquonque puisse critiquer tout système de penser, incluant n’importe quel religion, en particulier l’Islam. C’est la base de la liberté et tout le monde en bénéficie.

  2. Je suis plutôt d’accord avec Pierre Tremblay, bien que je ne formulerais pas dans les mêmes termes. J’ai déjà fait un commentaire en ce sens ainsi qu’un billet pour compléter ma pensée. Comme lui et vous, je ne partage pas du tout l’idée de la Conférence des religions de vouloir, par l’octroi d’un nouveau droit, contraindre la liberté de parole. Tant qu’elle se veut présente sur la place publique, la religion doit consentir à être méprisée, ou l’objet de risée (tiens il y a le même mot dans ces deux mots), pour autant qu’elle conserve intact son droit de réplique et le recours aux tribunaux lorsque les propos revêtent un caractère diffamatoire ou haineux.

  3. Tant que nous sommes d’accord sur l’importance de la liberté d’expression, ça me va…

  4. Je trouve que cet exemple de « dérive religieuse » est une belle illustration d’un débat qui doit se faire à l’interne au sein des groupes religieux: est-ce que la morale religieuse propre à une religion devrait être imposée au reste de la société? Moi, je dis non. La morale religieuse n’est acceptable que pour une personne qui partage la foi d’un groupe religieux. Un catholique, par exemple, pour suivre l’enseignement de Jésus et des chefs spirituels de son Église, se « soumettra » de lui-même à certaines règles, le plus souvent dans une progression, car la foi propose un chemin vers un idéal, avec essais et erreurs. Que des catholiques expriment publiquement leurs valeurs et leur morale n’est cependant pas contraire à l’esprit d’un dialogue fécond pour toute la société. Que des gens affichent leur vision d’une sexualité respectueuse de la vie n’est pas un mal, bien au contraire, car la diversité des points de vue exprimés, seule, permet le vrai libre choix. Donc, que des chrétiens réagissent au changement de sexe d’une femme en homme est préférable au silence « public » et à une colère qui ne ferait que couver des intentions réactionnaires.

    Par contre, le débat ici n’est pas vraiment à ce niveau. En ce qui concerne cette nouvelle, c’est aux parents (religieux ou athées) qu’il revient de ne pas montrer ce que leurs enfants ne devraient pas voir, selon leurs convictions… La télécommande est, dans ce cas, l’outil privilégié et non pas la censure venant d’une quelconque autorité extérieure.

  5. reblochon dit :

    La liberté d’expression devrait pouvoir permettre à mes enfants de dire lors de leur cours d’éthique et religions, que ceux qui croient en un Dieu ont un ami imaginaire, qu’ils ont besoin d’un dieu comme d’une béquille pour combler un vide dans leur vie, les aider à traverser des épreuves, donner un sens à leur existence et leur permettre de croire qu’après la mort la fête continue. C’est ce qu’ils croient.

    Et bien ils ne peuvent pas. On appelle cela dans ces cours du manque de respect pour les croyances des autres… mais eux, mes enfants, leurs croyances que Dieu n’existe pas et que donc les religieux sont des gens naïfs… on en fait quoi ?

    C’est cela la réalité de la liberté d’expression dans notre beau coin du monde… Et encore on ne vit pas dans l’ouest canadien chez nos amis créationnistes ! Imaginez !

  6. gillac dit :

    Le sujet me semble plus complexe qu’il n’y parait à première vue. Par exemple, la liberté d’expression est un ingrédient essentiel à une société démocratique mais celle-ci peut-elle être absolue. La séparation de la religion et de l’état me semble aussi une condition essentielle. Personnellement, même comme croyant, la publicité montrée plus haut ne me choque pas. Qui ne mérite pas une risette…Par ailleurs, montrer le Christ en train de partouzer me choquerait profondément et c’est là à mon avis où se pose la question des limites car cette utilisation de l’image du Christ est dégradante tout en ne reposant sur aucun fait démontré. C’est alors que se pose la grande question des encadrements qu’un état doit imposer à ses citoyens comme les feux de circulation dans une grande ville.

  7. Pour ce qui est du Dalai-Lama, personnellement, je trouve qu’un homme d’une telle qualité devrait abolir son titre de « Sa Sainteté » de sur ses cartes de visites! Un terme aussi stupide que la royauté, selon moi. Je trouve cette référence complètement désuète et anachronique dans le monde dans lequel je vis. Il aurait plus de chance de me « convertir’ en étant un simple homme, jusqu’au bout.

    Autrement dit, très intéressant comme texte! Je suis d’avis que les athées et les agnostiques sont trop souvent vus comme une menace, un peu comme les végétariens dans les années 90. Leur absence de consommation religieuse choque les grands adeptes, alors qu’au fond, ça n’empêche en rien ces gens de continuer à agir selon leurs croyances personnelles. Bref, ça laisse plus de bacon aux carnivores….Pourquoi une si grande intolérance envers ceux qui s’abstiennent de nos propres « plaisirs »? (Car selon moi, la religion est fondamentalement un hobby pour passer le temps aussi valide mais non-crucial que le hockey sur gazon, genre.)

  8. Jocelyn,

    à la question de la parentalité, personne ne peut rien y faire, mais je trouve qu’il y a des limites à empêcher les enfants de voir certaines réalités, « selon leurs convictions »… C’est que je ne crois pas que les enfants soient la propriété des parents, à la base.

    S’il y a un décalage vertigineux entre les « convictions » d’un parent et la société dans laquelle il vit avec son enfant, il y a un sacré problème…

    Reblochon,

    je crois qu’il ne faut pas pousser le bouchon trop loin… Même si la croyance de certains implicite ouvertement ou non que l’athée est constamment sous soupçon d’amoralité. Ce qui revient un peu au même.

    Gillac,

    « Personnellement, même comme croyant, la publicité montrée plus haut ne me choque pas. Qui ne mérite pas une risette…Par ailleurs, montrer le Christ en train de partouzer me choquerait profondément »

    je pense à l’exemple de Mahomet. Le fait de vouloir en empêcher toute représentation conduit alors à des représentations explicitement choquantes.

    MaTuqueEstUnePerruque

    « un hobby »

    sacrilèèèèèège!!! 😉

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