Nelly Arcan, Guy A. Lepage, Nancy Huston (màj)

 

Je ne pouvais pas passer à côté de l’histoire concernant Nelly Arcan et Guy A. Lepage. Cette histoire qui y fait aussi s’entremêler Nancy Huston (le côté le moins reluisant de l’histoire, à mon avis).

Quand même, avant la sortie officielle du livre Burqa de chair, je me demande si les Éditions du Seuil ont fait un très bon coup marketing en laissant ce texte à lire gratuitement sur le site de l’auteure, soit La honte, qui écorche l’animateur de Tout le monde en parle. Elle y raconte, à la troisième personne, sa mésaventure psychologique à la suite de sa dernière entrevue à cette émission.

Guy A. Lepage se défend bien de défendre son travail d’intervieweur puisque l’écrivaine n’a plus le pouvoir de réplique, mais il soumet l’entrevue en question au jugement de tous. Ce qui l’honore, bien évidemment. Pour ma part, si j’avais à lui reprocher quelque chose, et c’est très facile de l’écrire après coup, c’est d’avoir trop creusé avec l’aide de ses recherchistes. Quand on creuse trop, on peut trouver des pièges… Sinon, rien qu’une dose de réalisme face à une écrivaine qui ne semblait pas se ralentir des tabous, mis à part quelques mimiques perceptibles de perplexité de sa part. Mais, mystérieusement, l’auteure Nancy Huston, qui signe la préface du livre à paraître, y a vu quelque chose d’épouvantable :

J’ai vu cette scène à Tout le monde en parle, et c’est totalement impardonnable la manière dont l’hôte l’a humiliée.

Pour ma part, je n’ai vu qu’un animateur, qu’un fou du roi et des invités qui ne savaient pas qu’ils gambadaient mains dans la main sur un terrain miné. Je me souviens avoir pensé à Anne-Marie Losique alors que Nelly Arcan semblait surprise qu’on souligne sa robe sexy, et tout ce qui vient avec; et que quiconque ne pouvait s’empêcher de voir, tant ça crevait les yeux. D’autant plus que tous savaient, enfin, les gens qui s’intéressaient à elle de près ou de loin, que sa démarche avait un lien étroit avec son rapport à son propre corps, à sa propre beauté (avec tout ce que cela implique, à notre époque).

Tout cela est tellement gros que je ne peux m’empêcher de penser que Nelly Arcan a puisé dans son inconfort réel pour pondre ce récit halluciné qui lui a servi surtout d’exutoire (le choix de la troisième personne me semble révélateur et, d’ailleurs, il n’a pas été publié de son vivant — serait-ce l’indice fatal du fait qu’elle ne l’assumait vraiment pas?). Et je ne sais pas si Nancy Huston a visionné l’entrevue et puis lu La honte, ou vice versa. Si elle a lu l’histoire avant de voir l’entrevue, cela pourrait expliquer en partie sa réaction extrême.

Pour toutes ces raisons, ce texte n’aurait peut-être jamais dû être publié (aussi, perso, son côté brouillon et sa longueur m’ont été quelque peu désagréables), mais au moins il a permis de créer une controverse qui ravivera la mémoire des gens. Parce que je suis au moins en accord avec Nancy Huston sur un point, l’oeuvre de cette femme a son utilité, au-delà de sa qualité. Nelly Arcan avait, consciemment ou inconsciemment, toute la pression se dirigeant vers les femmes sur ses épaules. Et il me semble, dans un jeu de balancier — ou de balance — entre la fiction et la réalité — ou sa fiction et sa réalité. Impossible de mettre le doigt dessus, mais ça devait être insoutenable. Avec le résultat hors de tout doute qu’on connaît. Ce qu’il en reste, c’est au moins un témoignage important, celui d’une dérive qui nous échappe un peu moins grâce à sa plume.

Et, j’ose espérer qu’il n’y aura pas certains musulmans pour se scandaliser du titre du livre…

 

Ajouts :

Question d’avancer un peu plus dans le brouillard avec un mini-ventilateur :

http://matuqueestuneperruque.blogspot.com/2011/09/pas-nelly.html

http://stupidarium.ca/2011/09/nelly-guy-et-la-petite-chose-que-lon-appelle-la-vie/

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/nathalie-petrowski/201109/13/01-4447398-nelly-et-les-poux.php

http://www.cyberpresse.ca/place-publique/opinions/201109/14/01-4447555-si-vulnerable.php

Màj :

Sur le site de Tout le monde en parle, on a publié un mot de Nancy Huston où elle écrit, entre autres :

‐ je ne faisais pas allusion à Tout le monde en parle et à son animateur québecois, car je n’ai jamais vu l’émission en question, mais à une émission de la télévision française;

 

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11 réponses à Nelly Arcan, Guy A. Lepage, Nancy Huston (màj)

  1. gillac dit :

    J’ai visionné l’entrevue: j’ai vu une femme qui avait beaucoup de difficulté à assumer le personnage qu’elle avait créé elle-même, avec aucun sens de l’autodérision. Bref une femme beaucoup plus fragile que l’image projetée. Par contre Turcotte m’a paru plutôt maladroit.

  2. « avec aucun sens de l’autodérision »

    En effet… mais elle semblait ne pas en avoir les moyens…

  3. Le simple fait qu’elle décrit la verdure de sa robe, qui en fait m’apparait noire dans l’émission de TLMEP, démontre de l’écart avec la réalité, démontre aussi la dramatisation de l’auteure.

    Mais un drame bien réel, pour cette femme qui, selon moi, s’est plongée elle-même dans son propre catch-22.

    Il est touchant, et à la fois exaspérant de lire cette femme.

    Chose certaine, j’ai l’impression de mieux la comprendre depuis sa mort, ce qui en soit est une petite tragédie.

  4. J’aurais dû dire *le simple fait qu’elle décrive*

    Désolée.

  5. rainette dit :

    C’est même pas décolté comparé à ce qu’on voit à tous les jours dans la rue, dans le métro. En 2007 c’était trop osé ? Me souviens plus.

  6. rainette dit :

    J’ai écrit mon dernier com avant de lire « la honte ». En effet, le problème n’était pas sa robe mais son corps.

  7. Anne Archet dit :

    «Un lien ténu»? Ce n’est pas plutôt le contraire?

  8. Tu as bien raison, ma langue a fourchu, j’ai trop extrapolé l’expression, ai à tort voulu exprimer la fragilité de l’auteure…

    Merci.

  9. Marilyn dit :

    Outre-passons la robe. Les seins. Laissons tomber les réactions en chaîne de tous et toutes qui n’ont pas vu par ses yeux. Elle était troublée, fragile. Elle était une grande et admirable écrivaine et, malgré le décarcassement de certains critiques par rapport à son écriture, il fallait y voir une soupape par laquelle Nelly hurlait.

    Peut-on vraiment décemment juger d’un cri?

    Laissons-le simplement résonner. Ceux qui l’écouteront l’écouteront.

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