Éric-Emmanuel Schmitt dans le champs de Dieu

À l’âge de 16 ans, j’ai ressenti le besoin d’expérimenter le voyage astral. Je me suis installé dans mon lit, et hop! quelques secondes plus tard, ce fut le décollage, je me suis retrouvé au plafond et, aussitôt, pris de peur, mon corps m’a aspiré. C’est ce qui m’est venu à l’esprit à mon réveil, à 2 heures du matin, après m’être endormi suite à l’entrevue d’Éric-Emmanuel Schmitt à Tout le monde en parle.

Éric-Emmanuel Schmitt y racontait une anecdote. Perdu dans le désert, il a vécu une expérience qu’il qualifiait de mystique. En gros, sortie de corps et rencontre avec une présence réconfortante, ce qui lui faisait dire qu’il s’était transformé, d’athée convaincu, en agnostique qui croit que Dieu est une possibilité. D’ailleurs, il disait aussi qu’il y a quatre positions par rapport à la croyance, dont deux qui sont dangereuses, soit les croyants et les athées, parce que ces positions peuvent justifier des violences. Avoir été sur le plateau de l’émission, j’aurais demandé des exemples de violences athées… Pour ce qui est des « bonnes » positions, il pointait les agnostiques qui penchent vers l’inexistence de Dieu et les agnostiques qui comme lui penchent vers l’existence de Dieu.

Selon mon analyse, cette vision des choses est visiblement une construction intellectuelle qui sert à justifier la nouvelle croyance d’Éric-Emmanuel Schmitt, puisque simplement dire qu’il est maintenant croyant le mettrait dans une « mauvaise » position, philosophiquement. Et cela me confirme, en regard de son anecdote, à cette époque où l’Occident n’est plus un vecteur religieux, que la croyance est une affaire d’individualisme. C’est là qu’entre en jeu la spiritualité, ce domaine où l’esprit peut se complaire dans la contemplation des possibles, mais surtout ce domaine qui justifie un certain respect pour la religion, puisqu’elle inclut en son sein la spiritualité. Et par spiritualité, il faut entendre celle qui se définit dans la croyance au surnaturel.

Pour vous dire bien franchement, j’aimerais bien un jour comprendre ce qu’est vraiment la spiritualité et en quoi elle est importante pour l’humain. Parce que la vie sur Terre, depuis qu’elle est apparue, s’en est très bien passée jusqu’à l’apparition de bipèdes assez intelligents pour être créatifs et faire des liens, donner du sens. Ce que l’on peut constater, c’est que la spiritualité a été grandement utile pour l’évolution humaine, mais qu’elle est devenue de plus en plus inutile, voire dangereuse, alors que l’humain sortait de sa condition tribale pour embrasser le monde, les guerres de religion étant les exemples les plus probants de ce choc évolutif.

Et nous voilà aujourd’hui dans un monde globalisé où les croyances se butent très facilement, avec l’aide des technologies de l’information, les unes aux autres. Il faudrait vraiment se demander si la spiritualité fait plus partie du problème que de la solution. Dans sa forme religieuse, elle justifie de la violence et des discriminations, et dans sa forme individualiste, au-delà de ses supposés bienfaits, elle réactualise la normalisation de la croyance, ce qui a des incidences sur la société, puisque toutes les croyances se nourrissent au même laxisme intellectuel qui fait que le « peut-être » est plus séduisant que le « non, tant qu’il n’y a pas de preuve ». Ce qui fait que la science est suspecte et mise sur le même pied d’égalité que les pseudosciences, et mise en miettes par les théories du complot.

Cela dit, d’un point de vue rationnel, l’existence n’a pas de sens en soi. C’est l’humain qui lui en donne, et surtout, qui veut lui en donner. Ce que je pense, c’est que ce désir de donner du sens à la vie est un luxe pour ceux qui peuvent se permettre d’y réfléchir et un cadeau à double tranchant pour ceux qui acceptent les réponses toutes faites des religions et autres spiritualités systématisées, quand bien même certains pigent librement dans le buffet pour se concocter un kit à penser sur mesure qui semble bien inoffensif. Donc, le luxe d’Éric-Emmanuel Schmitt a été de vivre un moment intense à ce moment-là de sa vie, qui lui a donné tous les matériaux parfaits pour bâtir son propre édifice spirituel. Mais il ne faut pas oublier que dans le monde des possibles, en dehors de la croyance que nos chemins sont tracés, Éric-Emmanuel Schmitt ne se serait pas rendu dans le désert et je ne serais pas en train d’écrire sur lui pendant une insomnie parce que j’ai fait un lien entre son expérience et la mienne.

Donc, pour revenir à ma propre anecdote, bien qu’elle soit beaucoup moins spectaculaire que celle d’Éric-Emmanuel Schmitt, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas été pour moi un vecteur de croyance. Bien au contraire. Elle m’a surtout permis de comprendre que je pouvais laisser à d’autres, les scientifiques, le soin d’explorer au-delà des limites de ma compréhension immédiate. Tout ce qui pourrait m’intéresser, et même encore, c’est de savoir comment mon cerveau a réussi ce tour de force, si c’est bien d’un tour de force dont il s’agit et non seulement le fruit de mon imagination. Quant au pourquoi, je ne vois pas l’intérêt de donner du sens à cette expérience, elle n’est pas une preuve de quoi que ce soit d’autre que d’une capacité quelconque que je dois partager avec bien des humains, sinon la totalité. Si nous sommes bien peu à y arriver, cela pourrait être comparable à la synesthésie, cette capacité qu’ont certains à voir la musique ou les lettres en couleur, ce phénomène neurologique qu’il serait très facile de prendre pour une manifestation spirituelle…

En somme, je ne vois pas pourquoi la spiritualité et la religion comme inventions conceptuelles humaines devraient avoir le monopole du sens à donner à l’existence et aux repères moraux. On peut tout à fait bien baser son existence et le sens qu’on lui donne sur autre chose que la religion et la spiritualité. Il ne manque pas de raisons de vivre dans ce monde. Ce qui m’a le plus déplu dans l’intervention d’Éric-Emmanuel Schmitt, c’était l’impression qu’il donnait d’avoir enfin compris que quelque chose lui manquait et que ça devrait aussi nous manquer, puisqu’il tient tant à le partager.

On pourrait me reprocher ici de faire la même chose avec mon athéisme, mais je ne suis pas en mode prosélyte, mais d’analyse. D’ailleurs, s’il faut le préciser, l’athée ne vend rien en critiquant la croyance, il ne fait que constater l’absence là où les autres veulent voir. Parfois en l’exprimant avec sarcasme et même en étant insultant (ce que personnellement je condamne). Quoi qu’il en soit, c’est bien là le point plus violent où il peut se rendre à cause de son point de vue…

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