Église de St-Eustache, patrimoine et laïcité

Photo : Hadrianopolis


J’ai vu passer la « PÉTITION CONTRE LA FERMETURE DE L’ÉGLISE HISTORIQUE DE SAINT-EUSTACHE

». Avant même d’en lire son contenu, je voyais déjà un gros problème avec l’idée d’être contre sa fermeture. Parce que je sais pertinemment que l’église de St-Eustache est protégée, étant donné qu’elle fait officiellement partie du patrimoine historique et culturel québécois.

Donc, que sa fermeture ne pourrait laisser miroiter une possible destruction (ce qui oui serait un drame). Et qu’alors, il s’agit seulement de la fermeture de ses activités religieuses. Si vous comprenez bien : IL N’Y A AUCUNE CHANCE QU’ELLE SOIT DÉTRUITE! (À moins qu’il y ait une révolution politique portant au pouvoir des gens farouchement contre le patrimoine qui changeront les lois pour qu’on puisse la détruire impunément…)

Sinon, je viens de lire le texte qui présente la pétition. Dès le début, on peut comprendre où ceux qui sont derrière la pétition se sont plantés, et royalement :

Mise en contexte:

Le 4 avril 2018, il fut annoncé dans un article de « Monjournal » écrit par Stéphane Sinclair que l’Église historique de Saint-Eustache pourrait fermer ses portes et être vendue. Selon Martin Tremblay, vicaire général du diocèse de Saint-Jérôme « cette église n’a pas plus de valeur que les autres au niveau religieux.[i] »

Et la suite de cette partie dresse un portrait historique de cette église et met de l’avant son importance culturelle et patrimoniale.

Défendre le religieux sous le couvert du patrimoine?

Si vous avez remarqué, les propos du vicaire général du diocèse de Saint-Jérôme sont très instructifs sur ce qui se joue réellement à propos de cette église. Il ne pointe pas sa valeur historique, culturelle ou patrimoniale. Il pointe seulement sa valeur religieuse…

Je ne sais pas sur quoi Martin Tremblay se base pour juger de cette valeur, mais ce n’est pas de mon ressort. Par contre, ce vicaire montre bien que dans ce cas l’Église catholique s’occupe seulement de ce qui la regarde. Et cette église, au-delà d’être une partie de l’histoire que le gouvernement a bien fait de protéger, est la propriété d’une organisation religieuse privée qui s’en sert pour des activités religieuses, tout aussi privées.

Alors, dans les faits, on se retrouve avec une pétition citoyenne qui demande à ce que le gouvernement participe à renflouer les coffres d’une organisation religieuse pour qu’elle puisse continuer d’offrir dans cette église en particulier ses activités religieuses. Et tout cela, avec l’argent de tous les citoyens, et en se servant d’arguments basés sur la valeur historique, culturelle et patrimoniale de cette église. Ce qui fait assurément miroiter un danger pour ce qui est de la pérennité de l’immeuble…

Laïcité et bien commun

Je ne sais pas si les organisateurs de cette pétition sont seulement déconnectés de la réalité. Ou s’ils savent très bien ce qu’ils font en mélangeant ainsi ce qui relève de l’histoire, de la culture, du patrimoine – dans ce qu’ils ont d’important pour la collectivité (ce qui inclut la religion comme fait sociohistorique) – et ce qui relève de la religion – dans le sens de la pratique religieuse, bien personnelle.

Pourtant, à partir du moment où on comprend les principes de ce qui relève de la laïcité et de ce qui relève du bien commun, le but de cette pétition est absurde. Il aurait mieux valu organiser seulement une levée de fond, ce qui n’impliquerait que le bon vouloir de ceux qui tiennent à ce qu’il y ait toujours des services religieux dans l’église de St-Eustache.

Parce que selon une perspective laïque qui n’accorde pas de faveur à la religion catholique, contrairement à la perspective « catholaïque », le gouvernement n’a pas à intervenir pour maintenir en vie la religion catholique au Québec, alors que ce projet de vente est visiblement une conséquence de la baisse drastique de la pratique religieuse chez les Québécois francophones.

Sinon, ce que le gouvernement a pu faire pour le bien commun a été fait dans les années 70 (d’ailleurs, il y a une erreur dans la pétition qui pointe une date de 2013) : l’église de St-Eustache est classée « immeuble patrimonial » et le site sur lequel elle a été bâtie est protégé.

Péril en la demeure?

Donc, il n’y a pas péril en la demeure… Qu’elle soit vendue, pour être convertie en quoi que ce soit qui respecte son intégrité, selon ce qu’il est possible de faire selon les lois en vigueur, n’est aucunement un danger pour sa valeur historique, culturelle et patrimoniale.

S’il y a un danger, c’est pour la pratique religieuse catholique qu’elle accueille. Mais, est-ce qu’on veut collectivement la garder en vie sous respirateur artificiel, tout en se disant pour la laïcité et contre les subventions gouvernementales aux autres religions?

J’ose croire que les Québécois sont plus intelligents que ça.

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