Victoriaville n’a pas eu le monopole de la violence…

 

Je vais commencer par dénoncer la violence. Ça ne sert personne, enfin presque…

Voilà, c’est dit, sans subtilités, mais c’est dit.

La manifestation de Victoriaville a été le théâtre de violences désolantes. Un policier qui s’est fait tabasser assez intensément, que vous avez sans doute vu, et que nous verrons sans doute en boucle pendant un bon bout de temps, et quelques blessés ordinaires…

J’étais devant Twitter quand j’ai vu passer la première bavure, l’individu qui a été atteint d’une balle de caoutchouc au cou et qui a failli y passer parce qu’il a fait un arrêt respiratoire. On s’entend que c’est tragique, même si c’était le pire des casseurs.

Eh! bien non, ce n’est pas tragique pour tout le monde. J’ai lu le pire des commentaires, pire que l’étourderie d’Anne Sutherland, pire que l’ignominie de Stéphane Gendron : on a dit qu’il l’avait bien cherché.

Oui, oui, qu’il l’a bien cherché!

Respirons un bon coup.

Tes convictions te poussent à aller manifester (pacifiquement ou non) et tu mérites de te faire blesser gravement? Est-ce que c’est juste moi où ce n’est pas comme ça que ça fonctionne? On nous a assez rabâché que nous sommes dans une société de droits, peut-on s’entendre qu’une société de droits ne rime pas avec cette idée dégueulasse que le respect de l’autorité doit passer par-dessus le respect de l’humain, quel qu’en soit le prix?

Mais je sens qu’il faut que je réitère ici ma condamnation de la violence. Je n’essaye pas d’amoindrir la violence contre les policiers, je pointe la violence implicite dans ce commentaire comme quoi la contestation est un crime à jugement expéditif, condamnable sur le champ, avec au mieux une peine de se voir la cible du dégoût populaire, au pire une peine capitale au hasard du bon vouloir agressif du corps policier. Justement, en ce moment même, un manifestant est entre la vie et la mort.

C’est quand même une bonne occasion de parler de la violence policière, dans le contexte actuel. Normand Baillargeon en a fait un portrait que je soupçonne très juste, et que je vous conseille fortement de lire.

Il y a deux camps. D’un côté la police (anti-émeute) et de l’autre les casseurs (et les manifestants plus ou moins pacifiques). La police ne devrait jamais réagir sous le coup de l’émotion et de la colère comme l’autre camp, ils sont là justement pour la contenir, cette émotion et cette colère. On argue qu’ils sont humains aussi, donc que l’on peut leur pardonner leurs réactions violentes et disproportionnées. Oui, disproportionné, parce qu’un policier c’est comme un journaliste qui doit filtrer le plus possible la réalité avec l’objectivité, comme un soldat qui doit surtout répondre à des ordres. Alors, ce qui sort de ce cadre est disproportionné.

Si les ordres sont de provoquer et de chercher la confrontation, comme les casseurs, que cela soit assumé, mais à ne pas mettre sur le même pied d’égalité. Si ce sont les ordres, c’est très discutable éthiquement. Si ce ne sont pas les ordres, les policiers fautifs devraient faire face à la Justice, tout comme les casseurs. Mais je doute qu’un policier soit aussi redevable de ses agissements qu’un simple citoyen, surtout dans ce contexte. Force est d’admettre que nous sommes plutôt devant un bar ouvert d’immunité. Une espèce de chasse à courre pour se taper du casseur, sans pitié pour les dommages collatéraux.

C’est avec dégoût que je constate que je vis dans un monde où ce qui sort du cadre est traqué, où on applaudit à tout rompre la répression. Je ne nous sens pas très loin de la populace romaine venue se gaver de spectacles sanglants sous le regard arrogant d’un Jules César calculateur. Devant un blessé grave qui perd le souffle et qui ne sent plus ses jambes, on choisit de vomir ses tripes ou de rajouter à la craie une marque sur un décompte.

Que choisissez-vous?

 

(Photo : 8r1ght)

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8 réponses à Victoriaville n’a pas eu le monopole de la violence…

  1. On m’a déjà dit une chose, d’un autre point de vue dans le passé: « Si tu ne veux pas qu’une manifestation tourne au vinaigre, tu ne fais pas venir l’anti-émeute. » Ces gars-là ne sont pas formés pour penser; ils sont formés pour être là, arrêter les gens et survivre à ces deux opérations avec la force, non pas jugée adéquate pour la situation, mais nécessaire pour faire passer un message.

    Sérieusement, faire un congrès PLQ où le PM prévoit défendre sa hausse de frais, c’est méprisant et les gens le méprisent; il y a de la Haine au Québec depuis mon départ, et en quantité.

  2. André Paul dit :

    Faut être un minus pour affirmer que c’est correct de blesser n’importe qui manifeste sous prétexte qu’il l’aurait bien cherché. « minable minus »

  3. André Paul dit :

    Faut être un minus pour affirmer que c’est correct de blesser quelqu’un qui manifeste sous prétexte qu’il l’aurait bien cherché. « Minable minus ».

  4. germain dit :

    je ne sais si j’ai la berlu mais il me semble avoir entendu la SQ affirmer que la manif avait été bien gérée. Si cela n avait pas été le cas combien de morts aurions nous eu!

  5. Arrêtez toujours de pointer du doigt les « casseurs ». La police transforme le monde en « casseurs ». Des gens qui n’en sont pas en deviennent après 15 minutes de répression.

  6. LeLutin dit :

    @Mouton Marron : exact! et devons-nous rappeler également que dans plusieurs cas, certains « casseurs » sont en fait des agents provocateurs envoyés par la police?

  7. Denis Piment dit :

    Excusez ma grande naïveté mais j’aurais aimé que le mouvement demeure pacifiste. Qu’on fasse des blocus pacifistes, des sits-in câlisse. Qu’on laisse les boules de billards aux éléphants et les pavés dans les nids de poule. L’infiltration des manifs étudiantes pour les groupes politiques radicaux québécois commence à porter sérieusement ombrage à la cause. Personnellement je trouve ça opportuniste. ceci dit je viens de découvrir LeGlobe, je le parcours quand j’ai le temps, merci de faire réfléchir.

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