Pont Champlain bloqué – Lettre aux étudiants

 

Chers étudiantes et étudiants,

je vous comprends tout à fait d’être en rogne aujourd’hui. Notre ministre de l’Éducation a tout fait pour vous décourager dimanche dernier durant l’émission Tout le monde en parle. Elle a personnalisé le débat. Elle a appuyé sciemment sur le détonateur de votre colère.

Je ne crois pas trop me tromper en écrivant que c’est cette colère qui en a influencé plusieurs d’entre vous à bloquer le pont Champlain ce matin. Je les comprends, mais je ne suis pas d’accord. Stratégiquement c’est nul. Ceux-là auraient dû simplement faire comme l’autre groupe qui s’est contenté de se montrer au même moment sur le pont Jacques-Cartier avec des banderoles. Quand tu veux l’appui de la population, t’en fais le moins possible pour leur mettre des bâtons dans les roues.

Je ne pèterai pas de coche comme le très élégant maire d’Huntingdon. Je vous écris en ami. Parce que je crois sincèrement que votre combat est plus global qu’une simple question d’argent. Alors que Stéphane Gendron nous prouve encore une fois qu’il n’est pas capable de penser plus loin que son nez en souhaitant ouvertement que les matraques vous écrasent, je ne suis qu’immensément déçu par ce coup d’éclat sur le pont Champlain.

J’ai l’impression que le mouvement des étudiants va aller en s’extrémisant. Devant le mutisme du gouvernement, c’est loin d’être étonnant. Par contre, je crois qu’il vous faudra bien choisir vos cibles et vos actions pour ne pas que finalement vous tourniez l’opinion publique tout à fait contre vous, alors que vous avez presque la moitié de la population qui vous supporte. C’est l’opinion publique le nerf de la guerre, sans elle il n’y aura vraiment plus de gêne pour vous tabasser, vous enfermer, vous dénigrer, vous délégitimer…

Si vous voulez que les carrés rouges se multiplient et fleurissent, ne les placez pas vous-mêmes sous les semelles de vos détracteurs.

 

Màj :

J’allais oublier, si vous voulez exprimer vos idées et les propulser sur le web, Le Globe pourrait tout à fait vous y aider. Il ne s’agirait que de nous proposer vos textes.

 

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14 réponses à Pont Champlain bloqué – Lettre aux étudiants

  1. Ce n’est pas parce qu’un groupuscule adopte une mauvaise stratégie qu’elle est représentative des stratégies employées par l’ensemble des étudiants.

    De plus, rappelons que les Warriors ont déjà réussi à faire reculer les libéraux avec des tactiques bien pires. À ce que je sache, aucun pont n’est bloqué en permanence par des étudiants et aucun policier n’a été tué. De plus, les automobilistes polluants réussissent souvent à bloquer des ponts et des routes par eux-mêmes!

  2. Alain B. dit :

    Merci Renart… ton texte met le doigt sur le malaise que je ressens depuis ce matin.

    « Si vous voulez que les carrés rouges se multiplient et fleurissent, ne les placez pas vous-mêmes sous les semelles de vos détracteurs. »

    Cette phrase est sur le point d’êrtre citée (et paraphrasée) à tous ceux qui voudront l’entendre parmis les militants étudiants que je fréquente.

    Comme toujours, tu sais trouver le mot juste.

  3. les « automobilistes polluants » ??!! ********* [censuré par la rédaction], c’est justement les « automobilistes polluants », dont je fais parti d’ailleurs, qui travaillent pis qui payent des impôts qui financent vos études à rabais!!!!

  4. gillac dit :

    Pour une fois je suis d’accord avec David Gendron pour ne pas imputer à l’ ensemble la mauvaise stratégie d’un groupuscule. Il reste que les risques de dérapage vont augmenter avec le temps tout en conduisant inévitablement à une situation de perdant-gagnant. En passant le dernier sondage est loin d’indiquer que l’appui aux étudiants augmente alors que 76% des sondés ne veulent pas débourser un cent de plus pour les études universitaires. On est vraiment dans le mode « du pas dans ma cour ». En passant, comme retraité sans accroissement futur de revenus, je devrai payer cette année environ 1000$ de plus en impôts et taxes.

  5. Serge dit :

    Il faut réexpliquer aux étudiants, qu’ils devront au bout du compte payer 30 % du cout de leur éducation universitaire et non seulement 11 %.

    Ce qui veut dire qu’ils bénéficieront tout de même de 70 % d’aide sociale à leurs études. Ce n’est pas assez ?…

    Sinon, il faudra couper dans le nombre et les salaires des directeurs et enseignants.

    Matraquons les étudiants !…
    SP

  6. Il me semble clair que je ne pointe pas tous les étudiants : « cette colère qui en a influencé plusieurs d’entre vous »

  7. Dominic,

    « vos études à rabais »???

    L’éducation n’est pas un bien de consommation.

  8. J’en suis bien content! 🙂

  9. Je pense qu’une bonne stratégie des étudiants serait de dresser une liste exhaustive des aberrations économiques de ce gouvernement qui, un coup corrigées, permettraient de sauver de l’argent à l’ensemble de la population. Et les étudiants devrait même s’avancer et dire qu’un coup ces corrections faites, si les surplus dégagés ne suffisent pas, ils vont eux-mêmes proposer d’augmenter les frais de scolarité. Quelque chose me dit que ces surplus pourraient carrément rendre l’éducation gratuite pour tous…

    En bref, avant d’augmenter les frais de scolarité, il y a beaucoup de devoirs à faire. Et c’est pour ceci que je soutiens les étudiants : on n’est pas rendu là.

    Les manifs c’est beau, mais il faut aussi faire avancer l’argumentation. Le gouvernement est de toute évidence à court d’arguments et s’est peinturé dans un coin en maintenant la ligne dure. Il ne peut plus reculer sans perdre la face et désavouer la Ministre. Les étudiants ont alors le beau jeu, ils sont nombreux, infiltrés partout, multidisciplinaires, ouverts aux nouvelles technologies qu’ils maitrisent, articulés, intelligents… À eux seuls, ils peuvent changer profondément la gouvernance de ce pays.

    Peut-être pourrons-nous dire dans quelques années que la hausse des frais de scolarité aura été l’élément déclencheur d’une fondamentale transformation sociale et démocratique.

    Mais bloquer un pont et ainsi démontrer non seulement une incapacité à retenir les troupes, mais aussi une manière archaïque de faire valoir ses arguments jette une ombre sur les espoirs de vent de changement que devrait porter la prochaine génération.

  10. M. dit :

    Je pense que l’idee du blocage etait de creer une pression economique, pas de faire suer monsieur madame tout le monde. Les etudiants comprennent que cela a des consequences sur leur quotidien, mais cela est necessaire pour creer une pression economique sur le gouvernement. De plus, j’ajouterais que 90% (sinon 95%) des etudiants qui ont bloque le pont aujourd’hui ne savaient PAS a quelle action ils allaient participer, sinon qu’il s’agissait d’une action de perturbation, sans avoir plus de details.

  11. Gabrielle dit :

    À tout ceux qui ne souhaitent pas débourser une cenne de plus pour les études des jeunes, voici ce que j’aimerais leur faire remarquer : Nous (je suis une étudiante de 18 ans) sommes une minorité de la population pour qui vous payer qui devrons payer pour la majorité de la population qui sera à la retraite lorsque nous entrerons sur le marché du travail. Pour ceux qui l’ignorent encore, nous serons 1 travailleur pour 2 retraités. Il est donc logique que les impôts et les taxes augmenteront pour subvenir aux pensions de tous ces gens à la retraite. Ainsi, nous ne toucherons probablement qu’une partie encore plus petite que vous à notre salaire. Pourtant, on ne dit pas un mot et on va payer, parce que c’est un geste de société et qu’il est hors de question qu’on laisse du monde dans le trouble plus tard, nous devrons payer.

    Est-ce que je trouve brillant que les jeunes aient bloqué le pont? Non, c’est se tirer dans le pied car nous avons besoin de l’opinion publique. Je ne suis pas gréviste mais je trouve injuste que les étudiants auront à payer plus leur étude alors que les universités ont assez d’argent pour se construire des stades ou des espaces verts. Un ménage doit être fait avant d’aller piger dans les poches de ceux qui n’ont pas encore gagner leur argent. Sans compter que si la classe la plus pauvre aura accès aux prêts et bourses, une grande quantité de gens ne sont pas éligibles aux prêts et bourses, les mettant dans le trouble avec cette hausse inattendue.

    Alors, je souhaite simplement que vous vous mettiez à notre place quelques minutes. On nous reproche d’avoir des Ipod, des cellulaires, des ordinateurs, de partir en voyage. Nous ne sommes pas ceux qui avons conçu tous ces appareils et encore moins ceux qui nous ont éduqué avec l’idée qu’il est normal d’avoir tous ces biens. Nous sommes le résultat d’un phénomène de société dont vous devez, malheureusement, en prendre la faute, partiellement du moins.

    Je comprends qu’une hausse soit nécessaire, mais j’aimerais que l’on cesse de tirer des roches aux étudiants à grands coups de stéréotypes. Nous devrons assumer une dette que nous n’avons pas engendrée avec une éducation qui nous rend prompt à la dépense… et ce n’est pas notre faute. Nous le ferons sans cracher sur nos aînés et ne pourrons pas nous mettre la tête dans le sable en espérant en faire payer d’autres. Comprenez simplement ce message d’une jeune fille qui, sans crier son opinion sur tous les toits, désire ici être entendue.

    Bonne journée à tous.

  12. Savignac dit :

    Un trafic de tempête un si beau jour de printemps … Ô drame.

    Le gouvernement a blindé sa porte, faut pas s’attendre à des cortèges de filets à papillons. Et puis faut prendre une petite respiration, ils ont ralenti le trafic, juste ralenti le trafic, pas plus qu’un filet de cônes oranges finalement …

    Au même moment, les employés d’Aveos, jetés à la rue comme des chiens, se faisaient tabasser par la police.

    Eux, ils sont pas arrivés 45 minutes en retard au boulot, ils en ont plus de boulot.

    Ce matin, la chose inacceptable, c’était ça.

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