Peurs, haines, xénophobies et autres friandises électorales

 

Cette campagne électorale a été le théâtre de toutes les dichotomies. L’axe gauche-droite en a été un personnage, mais c’est vraiment tout ce qui touche au statut constitutionnel, à l’identité et à la question linguistique qui a joué le rôle principal.

On a beaucoup nourri la peur d’un éventuel référendum pour la souveraineté du côté des caquistes et des libéraux pour mettre des bâtons dans les roues de Pauline Marois, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais dans toute cette stratégie qui fait appel à toutes sortes de craintes discutables, il y a quelque chose d’assez absurde. Tout d’abord, il est connu que le PQ n’est pas pressé de faire un référendum sur la souveraineté. D’ailleurs, le parti Option nationale s’est construit surtout autour de ce fait : Jean-Martin Aussant trouvait que le PQ n’était pas assez pro-actif. Pourquoi alors en faire le coeur de son argumentaire? Ce n’est pas pour rien que les politiciens ont la réputation d’être menteurs…

Encore, c’est connu que les fédéralistes, autant les simples citoyens que les politiciens, se plaisent à essayer de prouver de toutes les manières possibles que « la population » ne veut rien savoir d’un référendum, que l’option souverainiste est faible et donc qu’il serait perdant. Pourquoi avoir peur alors? C’est plutôt ambigu, non? Il me semble qu’un troisième référendum perdant serait bien plus un dernier clou dans le cercueil de l’idée de souveraineté qu’une manière de l’encourager pour le futur. Si le clan fédéraliste était si certain de le gagner, comme il le laisse entendre, ça serait une autre paire de manches! En tant que souverainiste, tout cela me rend optimiste.

Et, à propos de l’identité et du français, sujet qui est venu sur la table grâce à la question de la loi 101 et de la constitution québécoise, je n’arrive pas à comprendre pourquoi beaucoup de gens pointent cela comme étant xénophobe, ou sur le bord de l’être. Le but principal de la démarche, en tout cas au niveau linguistique, est de faire en sorte que tous les habitants du Québec puissent se communiquer entre eux avec la langue officielle, soit le français. Et c’est bien certain qu’il y a un côté « protecteur » là-dedans. Serait-ce si mal de vouloir protéger au moins cet aspect de la société québécoise de souche (francophone)? C’est correct qu’un individu se protège, mais une société, pas question! Cela dit en spécifiant que je ne crois pas que quiconque perd son identité à apprendre une autre langue : c’est serait plutôt un ajout. Et d’ailleurs, je suis pour le multilinguisme (volontaire).

Le Québec est déjà un État officiellement francophone, mais cela est en contradiction, pour beaucoup, avec le fait que le Canada est officiellement bilingue et officieusement anglophone. Un Québec souverain arriverait à régler ce problème de message contradictoire pour l’immigration et même la minorité anglophone, mais ce n’est pas le cas. Vient alors l’idée d’avoir des mesures légales qui en soi ne font qu’être en phase avec le fait que le Québec est officiellement francophone, nonobstant de la diversité intrinsèque à ses habitants. Donc, la question qui me vient : pourquoi mélanger le fait français avec le « vivre ensemble » dans un sens où le premier est en contradiction avec l’autre? Pourquoi ne pas voir justement le premier comme une solution au deuxième?

Si tout le monde au Québec acceptait le français comme langue commune, je crois que ça règlerait beaucoup de problèmes… Et puis, dans cette idée du français comme langue commune, il n’est aucunement question de renier les langues maternelles de personne, contrairement à ce que les pourfendeurs de toutes mesures favorisant le français semblent le croire!

Pour certains, il est clair que c’est la norme de dire que les Québécois francophones qui ont à coeur la survie à long terme de leur langue maternelle sont des xénophobes, parce qu’ils acceptent et même demandent des lois et des mesures pouvant le favoriser, ce qui implique par exemple de ne pas laisser le libre choix en matière linguistique, dans certains cas. Mais cette accusation de xénophobie, puisqu’elle semble si pratique, je pourrais facilement la servir à nos unilingues anglophones et nos immigrants refusant d’apprendre le français, en tout cas seulement pour la beauté de la démonstration.

Logiquement, s’il est possible de traiter certains francophones de xénophobes en lien avec la question linguistique, il est aussi possible de virer ça à l’envers. En refusant d’apprendre le français, ces anglophones et allophones sont carrément xénophobes! Ils ont peur de l’Autre, le francophone, et il est très possible d’interpréter ce refus comme étant de la haine pure! Et si c’est seulement de l’indifférence, ce n’est pas bien bien mieux!

Vous voyez comme c’est facile de monter de toutes pièces un discours qui semble plausible? Et un parti politique qui le reprendrait à son compte se verrait couvrir de ridicule. Et pourtant, Québec solidaire accepte et même prête foi à ce genre de discours, comme le rapporte le Mouvement Québec français. L’idée de renforcer la loi 101 et de mettre en place une citoyenneté québécoise est diabolisée à outrance par les médias anglophones et, au lieu de remettre les choses en perspective, Amir Khadir en rajoute une couche :

Je ne comprends pas en quoi ça nous avance de heurter les minorités, de les mettre à l’index, de susciter ce genre de tensions, qui ne sont pas à l’avantage du camp souverainiste

Moi, ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi interpréter toute cette question d’une manière aussi tranchée, étant donné que cela « stigmatise et prête des intentions odieuses à une grande partie de la population du Québec »? Parce que si tout cela est pour vendre l’idée que la défense du français est un projet raciste, xénophobe, intolérant, etc., quand il utilise la voie légale, et surtout quand c’est le PQ qui en fait la promotion, il ne pourrait difficilement faire mieux, pour un politicien…

 

(Photo : alancleaver)

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