Pédophilie hassidique et pressions sociales

pedophilie hassidique

Photo : U.S. Embassy Tel Aviv

L’horreur, j’vous dis.

Oui, on sait que le problème de la pédophilie est partout, mais c’est toujours un choc de se le voir pointé aussi minutieusement.

C’est une amie qui m’a gentiment pointé un article du Vice relatant la problématique pédophile du côté des juifs hassidiques. C’était de la gentillesse, mais un peu trop épicée à mon gout. Si vous êtes du genre à être hanté par les images fortes suggérées par vos lectures, je vous ne le conseille pas. Vraiment pas. Et si vous êtes parents de jeunes enfants, encore moins. C’est mon cas pour les deux, mais j’aime vivre dangereusement et je fais tout ce qu’il faut pour ne pas me cacher d’occasions de me bouleverser. Et ce texte est en quelque sorte un exorcisme…

Tout d’abord, ce n’est pas une histoire de pédophilie comme les autres. Elle raconte le combat d’un rabbin qui dénonce cette horreur et qui se voit rejeté par sa communauté. Elle raconte le problème de la pression sociale religieuse qui ne va pas dans le bon sens, puisqu’elle va à l’encontre, et de l’éthique, et de la loi.

Le rabbin Nuchem Rosenberg se retrouve en Israël dans une mikvah (un « bain public » juif, que l’on fréquente pour la purification rituelle). Au travers des volutes de vapeurs chaudes, il discerne un vieil homme en train d’abuser un jeune garçon. Il s’interpose et houspille le vieil homme en lui disant qu’il commet un péché et qu’il souille l’âme de l’enfant. Le vieil homme le frappe en plein visage avec un accessoire pour se laver le dos et rajoute : « Comment osez-vous m’interrompre? »

Pour ce rabbin, c’était un choc de se retrouver face à une preuve de ce qu’il constate être une épidémie de pédophilie, autant dans sa propre communauté qu’au niveau mondial. Selon lui, environ la moitié des jeunes garçons de sa communauté, celle de Brooklyn, ont été victimes d’abus sexuels. Ben Hirsch, le directeur d’une organisation qui défend ces victimes, croit que le vrai chiffre est plus élevé que la moitié et que cette pratique serait peut-être un rite de passage. Au lieu d’être un héros, le rabbin Nuchem Rosenberg est un paria, sans plus, parce qu’il a décidé de se sortir de la dynamique politicoreligieuse en place et d’ouvrir les yeux.

L’article peint un dur portrait de cette communauté où le pouvoir masculin se permet, au nom de la religion, de prendre un contrôle extrême sur la vie des femmes et des enfants. On y raconte même que des mères se font retirer le droit de voir leurs enfants. Ce n’est pas seulement anecdotique, c’est toute la problématique religieuse, au niveau social, que cela illustre. C’est cette pression sociale induite par des pouvoirs aussi néfastes et illégitimes que les monarchies qu’il faut dénoncer.

Et dans la religion, quelle que soit la confession, à différents niveaux, la pression sociale joue son rôle pour normaliser des horreurs comme la pédophilie et d’autres attitudes néfastes comme l’homophobie. Justement, il est assez surprenant de constater que la pédophilie démontrée dans l’article ne concerne que des hommes et de jeunes garçons alors que l’homosexualité, bien sûr, n’est pas acceptable dans la religion juive orthodoxe entre adultes consentants. On pense à tout plein d’histoires de grandes figures publiques du côté du christianisme, qui d’un côté condamnaient l’homosexualité, et de l’autre se payaient les services de prostitués masculins. Hypocrisie.

Quand toutes ces religions et ces religieux se targuent d’être supérieurs moralement parce qu’un prophète, un messie, des disciples, un dieu, via un livre sacré qui leur a supposément montré la meilleure voie à suivre pour bien vivre (notamment en société) et que cette hypocrisie est montrée au grand jour, on voit bien que l’adhésion à une religion n’est pas un gage de probité personnelle, encore moins de moeurs sociales saines, surtout si la pression sociale rend la dénonciation impossible, sinon très difficile. Je soulève ce point parce qu’il est de bon ton de considérer la religion respectable en général et de pointer ses mauvais éléments comme des exceptions. En vérité, la religion corrompt tous les pratiquants à différents niveaux. La question reste à juger collectivement si cette corruption, les résultats de cette pression sociale religieuse, est acceptable, selon ses manifestations. Parce qu’il est quand même question entre autres de gestes répréhensibles par la loi (civile), comme dans l’exemple exposé plus haut. Alors, le seul éloge que l’on puisse faire ici en lien avec le phénomène religieux s’adressera aux individus comme le rabbin Rosenberg et aux autres qui sont capables de se placer solidement les pieds dans l’éthique et la société civile après s’être sortis des eaux troubles de la logique protectionniste de la religion comme ensemble communautaire.

Et bien sûr, cette pression sociale religieuse va jusqu’à orchestrer la place des femmes selon un schème préétabli. Bien sûr, la pédophilie est un problème plus grave que celui de l’inégalité entre les hommes et les femmes. À moins d’agresser directement une femme, aucune loi n’empêche la société ni la religion, de placer des femmes dans une situation d’infériorité. Ce qui est quand même flou dans la société en général (en tout cas dans nos sociétés occidentales) devient très clair au niveau religieux. On le voit, écrit en toutes lettres, démontré par des règles, crié violemment, montré par des perruques, des voiles, des attitudes de repli, de peur, etc., et on voudrait que ce soit respectable?

Maintenant, la pression sociale tout court. Oui, on en sent une très forte, mais elle n’est pas figée comme la religieuse. Elle est en constante évolution et ceux et celles qui y participent le plus ne sont pas considérés comme des parias par la société. Et si on pense aux activistes féministes, elles (et ils?) se font toujours mener la vie dure, mais ce n’est rien comparé à ce que vit Nuchem Rosenberg. Comme le souligne très justement Nancy Houston, que pointait Jean Barbe, voilà la pression sociale en général au niveau des moeurs :

Grâce à nos médias performants et omniprésents, on reçoit chaque jour d’innombrables messages sauvages primitifs antiques pour ne pas dire préhistoriques : l’homme est un guerrier déchaîné meurtrier musclé violent ; la femme est une chose à décorer, à maquiller, à habiller, à déshabiller, à protéger, à sauver, à frapper et à baiser. Les hommes se rentrent dedans, en politique, en économie, en sport, sur les champs de bataille, les femmes s’occupent indéfiniment d’être belles et/ou maternelles.

Ces messages sont peut-être plus insidieux que ceux qui ont pour cadre la religion, néanmoins, c’est la liberté humaine et la capacité d’analyse qui permettent de les pointer et de les dénoncer, au seul prix de s’en donner la peine (avec bien sûr l’aide de l’éducation). On a beau se plaindre des ravages de l’hypersexualisation – que des rappeurs populaires, ouvertement croyants (!), ont bien participé à mettre de l’avant dans les dernières décennies -, il reste qu’elle n’est pas une règle rigide que toutes devraient suivre, même que c’est plutôt le contraire : une autre pression sociale tend à marginaliser cet extrémisme sexué. Et la pression sociale étant le poids de la somme d’une tendance dans l’opinion publique, nous pouvons donc parler des « pressions sociales ».

Oui, la liberté en prend pour son rhume quand il est question de pression sociale, mais au moins dans la pression sociale débarrassée du dogme religieux il y a possibilité d’assumer sa singularité en toute conscience, et ouvertement. Il y a actuellement un conflit entre la pression sociale féministe et la pression sociale plus traditionnelle (réactualisée par une partie des jeunes) et ce conflit, heureusement, ne se règlera pas nécessairement en faveur des valeurs traditionnelles parce que des hommes, puissants de leurs interprétations de livres soi-disant sacrés, en décideront ainsi et que le peuple suivra la voie. Voilà la beauté d’une société majoritairement purgée des pouvoirs religieux.

Je conviens que je participe à une certaine pression sociale en écrivant et en publiant ce texte. On pourrait même me reprocher de faire entorse à la liberté. Mais la pression sociale à laquelle je participe critique le phénomène socioreligieux dans le but de le reléguer dans l’espace privé, dans la liberté de conscience, en gros dans un espace qui n’entre pas en conflit avec les valeurs humanistes, soit de placer l’être humain comme préoccupation centrale, d’affirmer l’égalité de tous, de reconnaitre la diversité et de rejeter la violence, l’intimidation et la discrimination.

Parce que, que ce soit avec un dieu ou non, l’humain est toujours seul devant ses choix, mais devant tout le monde avec ses décisions. Parce que l’adhésion à une religion n’est pas une exemption sociale, une immunité automatique et inaliénable.

 

(Crédit photo : U.S. Embassy Tel Aviv)

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