Pauline Marois sans carré rouge et contre Duchesneau

J’ai l’impression que les citoyens remarqueront plus l’absence de carré rouge sur la poitrine de Pauline Marois que Jean Charest remarquait sa présence. C’est triste, dans un sens, mais c’est ce qui me semble ressemblera le plus à la réalité, en tout cas, pour les prochaines semaines.

Or donc, Pauline Marois n’aurait jamais dû s’en affubler. C’était assez difficile pour elle de le porter, alors de l’enlever laisse obligatoirement une vilaine tache. Ce carré rouge jurait sur sa poitrine parce que son passé n’est pas tout à fait reluisant :

Lorsqu’elle était ministre de l’Éducation en 1996, Mme Marois avait songé au dégel, avant de reculer. Elle s’y était opposée en 2002, puis y était favorable à la course à la direction du PQ en 2007.

Je vais sûrement me faire lancer des tomates par les péquistes, mais force est d’admettre qu’il est difficile de croire que l’accessibilité aux études est une priorité pour la chef du PQ. Le sujet semble plutôt un accessoire politique qui sert au gré du vent de l’électoralisme. C’est ça le problème avec la politique partisane, même un symbole fort comme le carré rouge peut être un vulgaire instrument au lieu de simplement montrer ce qu’il a à montrer : un système de valeurs.

Personnellement, et je ne suis sûrement pas le seul, je n’ai jamais cru en sa profonde sincérité. Et, à mon sens, il fallait l’être tout à fait pour arborer ce symbole, surtout pour une politicienne de sa trempe. Bien qu’elle se défende de renier tout ce qu’elle a affirmé auparavant par ce geste, et je la crois en grande partie, je n’ai pas le choix quand même d’analyser tout ça comme un retournement de chemise.

Et toute cette histoire est très représentative de ce qui s’est joué par la suite. Alors qu’elle « n’a cessé de haranguer le premier ministre Jean Charest en lui mettant sous le nez le premier rapport Duchesneau à l’Assemblée nationale », son auteur est maintenant l’homme à abattre. Ce choix stratégique est incompréhensible, en tout cas à long terme. Si le PQ est réellement blanc comme neige, pourquoi ne pas laisser simplement libre cours aux travaux de la commission Charbonneau qui devraient alors, on le souhaite, mettre toute la lumière sur la situation? Et si le PQ a des cadavres dans son placard et qu’on les trouve, cette attitude agressive n’est pas du meilleur effet pour espérer calmer l’opinion publique encore plus suspicieuse grâce à cette nouvelle guerre ouverte. (Pour ce qui est de l’attitude de l’avocate du PQ, le leader parlementaire de l’opposition officielle Stéphane Bédard semble dire qu’elle devra se calmer.)

Les péquistes trouveront tout plein de raisons de défendre le parti, mais il reste qu’objectivement il y a eu un changement drastique, et il est clair que ce changement est à analyser dans une optique pré-électorale. Alors que le mouvement des carrés rouges se place du côté de l’accessibilité accrue aux études et d’un désir de réforme démocratique provoqué par la question épineuse du financement des partis politiques, le Parti québécois joue le jeu du funambule en se plaçant, et contre le Parti libéral dans son combat anti-étudiant, et contre les citoyens, enfin ceux qui veulent la transparence, alors que Jacques Duchesneau semble pour beaucoup une clé importante pour y parvenir.

Et dans un contexte où un vote stratégique en faveur du PQ est demandé pour sortir Jean Charest de son trop long règne, ces manoeuvres sont pour le moins stériles. J’ai lu sur Twitter hier quelqu’un conseiller à Pauline Marois de changer de conseillers, c’est le moins qu’on puisse dire…

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4 réponses à Pauline Marois sans carré rouge et contre Duchesneau

  1. germain dit :

    Hier je n’étais vraiment pas tendre envers pauline et le PQ. Je me demandais nême si ce n’était pas moi le problème, mais à la lecture de votre commentaire je retrouve plusieurs points que je partage avec vous. Sincérité, électoralisme, à cette vitesse le parti risque même de perdre le vote de tous ceux qui veulent, comme moi ,juste se débarasser des libéraux.

  2. Moi-même j’étais très ouvert à voter stratégiquement pour le PQ, là, je me sens un peu refroidi…

  3. Exactement même chose pour moi RL. Je viens de lire la lettre de Bernard Drainville et j’ai trouvé ça franchement douloureux. Perdu un peu plus la foi en la nature humaine…

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