Médias sociaux – Magasine-toi une vie!

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Photo : Tobias M. Eckrich

Dire qu’on a une vie ou dire à quelqu’un qu’il devrait aller s’en magasiner une, c’est de moins en moins justifié pour dénigrer les personnes qui sont très actives sur les médias sociaux. Il faudrait en revenir…

Nous ne sommes plus dans les années 90 où le web était nouveau. La réalité d’aujourd’hui, c’est qu’un ordinateur n’est plus vraiment un produit de luxe et la moitié des Canadiens – ceux qui ont un téléphone intelligent – « estiment passer en moyenne près de 90 % de leur temps libre devant l’un des écrans à leur portée ».

Si ce n’est pas avoir de vie pendant ce temps-là, les zombies sont alors une réalité.

On a beau critiquer le fait que la technologie prend de plus en plus de place dans nos vies, il reste que le progrès technologique ne date pas d’hier dans l’histoire de l’humanité. J’imagine un de nos ancêtres se dire que son voisin devrait se magasiner une vie parce qu’il passe beaucoup trop de temps le nez collé dans les livres…

Personnellement, j’ai passé une bonne partie de mon enfance/adolescence le nez collé dans des livres et il allait  de soi qu’aussitôt que j’allais avoir les moyens, je me payais un ordinateur personnel. Je ne me doutais pas que mon désir de partir à l’aventure dans le « World Wide Web » allait avoir pour résultat de tronquer ma vitalité!

Dans le fond, je comprends bien qu’on utilise une formule du genre « t’as pas de vie » pour dénigrer quelqu’un qui fait suer le monde sur le web, mais le problème c’est que ça vise aussi implicitement les gens qui sont sur le web et qui font des choses positives, comme discuter avec leurs « amis » sur les médias sociaux. Même que parfois, il s’agit d’un simple désaccord dans une de ces discussions pour que la valeur de ta vie baisse!

C’est bien exactement de ça qu’il s’agit : la valeur. Comme si ta vie avait plus de valeur parce que tu passes ton temps libre à faire autre chose que d’être devant un écran. Parce que c’est tellement facile de juger de la vie des autres quand tu peux quantifier leur présence quelque part, ce que les médias sociaux permettent. En tout cas, il faut vraiment ne pas avoir de vie pour traquer la vie des autres sur les médias sociaux pour arriver à la conclusion qu’ils n’ont pas de vie…

Et il y a cette conception de « vie numérique » qui prend de l’âge. Est-ce que ça serait trop effrayant de la laisser tomber pour que tout ce qui se passe via un ordinateur ne soit qu’un aspect parmi tant d’autres, et même que ce soit inclus dans notre vie sociale à part entière? J’y pense, avons-nous déjà parlé d’une « vie téléphonique », d’une « vie télégraphique » ou d’une « vie épistolaire »? Non, et pourtant, c’est pratiquement du même ressort, mis à part le fait que c’est plus global au niveau social (en fait, c’est là où ça bouleverse nos vies, mais ce n’est plus tellement neuf comme problématique).

Quand même, il faut se demander si le fait de mettre un mur entre cette partie de notre vie et celle plus « traditionnelle » est utile. Premièrement, ce que je vois, c’est que c’est culpabilisant. Ce n’est pas la teneur de l’activité que l’on prend en compte, mais où elle se déroule. Discuter des heures avec quelqu’un sur Facebook ou Twitter ce n’est pas bien, discuter des heures avec quelqu’un dans un café, c’est bien.

Et on me sortira que dans un café tu vois la personne au complet, que tu peux lire son langage corporel. En effet. Mais pourquoi ça ne pourrait être simplement considéré comme étant deux expériences différentes sans pour autant les comparer ni les juger?

Je crois que l’on mélange, à tort, la personne qui se fait un sain plaisir à profiter des avantages de toutes ces technologies et la personne prise avec des problèmes de santé mentale en lien avec ces technologies. On a l’impression que c’est exactement comme avec l’alcool, mais ce n’est pas la modération la clé, c’est l’attitude. On peut avoir envie de ces activités parce qu’elles nous comblent, c’est seulement quand le moteur est le manque que c’est malsain. Mais le discours populaire tend à généraliser tout ça, autant envers les autres qu’envers soi-même. Donc, nous éprouvons un sentiment d’amour-haine envers nos jouets technologiques.

La réalité, c’est que nous sommes dans un monde qui a assimilé ces nouveaux outils, peut-être pas assez pour certains, peut-être trop pour d’autres, et que nous devrons bien l’assumer un jour. Le préjugé du « geek » dans son sous-sol en bobettes qui mange des crottes de fromage, ce « pas de vie » que l’on pointe à tort et à travers, ne tient plus la route. Le « geek » devient de plus la norme et ceux qui sont à plaindre, ce sont les analphabètes numériques.

Je ne dis pas non plus qu’il faut se lancer dans l’hyperconnectivité à tout prix, mais simplement trouver son propre équilibre.

Et surtout, ne pas juger de l’équilibre des autres.

(Crédit photo : Tobias M. Eckrich)

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