Marc Cassivi et la question qui tue…

mortTout le monde en parle. Dimanche soir. Twitter jamais bien loin.

Pas très longtemps après l’entrevue de Kim Thúy, Jean-François Lisée, dans son rôle de politicien, expose le plan de son gouvernement de demander aux futurs immigrants une connaissance minimale du français. Sur Twitter, Marc Cassivi, en réaction, expose ce questionnement que même Richard Therrien, le chroniqueur télé, partage :

Les parents de Kim Thuy aurait-ils (sic) été accueillis sous les critères de JF Lisée?

Personnellement. je trouve cette question inutile et je l’ai fait savoir au principal intéressé. Il s’en est suivi une petite discussion que la limite des 140 caractères a coupée court assez rapidement. J’ai proposé d’élaborer plus longuement là-dessus. Voilà le travail.

Je l’ai informé que le raisonnement que sous-tend ce questionnement me fait beaucoup penser à cet argument pro-vie qui consiste à dire que l’avortement nous prive de futurs génies, ce qui pourrait donner une question du genre : Albert Einstein serait-il né si l’avortement avait été légal et aussi accepté socialement à son époque qu’à la nôtre?

Et quand Marc Cassivi me répondait que cela n’a rien à voir, je crois comprendre que la différence pour lui entre les deux situations est qu’il est contre ce que propose Lisée, mais pour l’avortement. Donc, cela n’a rien à voir…

Pourtant, imposer une connaissance minimale du français aux immigrants et rendre légal l’avortement sont deux solutions à des problématiques et sont tout à fait égales, chacune dans leurs équations. Qu’Albert Einstein soit né et que Kim Thúy soit au Québec ne devrait pas peser dans la balance pour prendre une décision politique. Légiférer en lien avec une problématique générale ne devrait pas s’embarrasser des cas particuliers. C’est la création d’un dilemme où il ne devrait pas y en avoir. Le passé n’est pas garant de l’avenir, et encore plus, le passé est figé, alors que le présent et le futur sont ouverts et malléables à chaque instant.

Donc, le problème principal avec ces questions, c’est qu’on met sur un même pied d’égalité un résultat positif (l’existence d’Einstein et la vie québécoise de Thúy) et un résultat négatif hautement spéculatif (la non-existence d’un génie et la non-immigration d’une écrivaine de talent). Quel lien sérieux peut-on faire entre une réalité existante parce que le contexte a été tel et une réalité hypothétique dans un contexte en devenir? S’il fallait prendre nos décisions actuelles en ayant seulement en tête que nous nous couperions de bons éléments puisque ces décisions dans le passé seraient hypothétiquement mauvaises, nous ne pourrions avancer, le statuquo serait roi. Alors, il ne reste que l’opinion et la recherche de l’argument massue pour convaincre.

Pour le pro-vie, le présenter de cette manière est, métaphoriquement, comme représenter le scientifique la tête sur le billot et de demander si on devrait laisser la hache faire son oeuvre… Pour ce qui est de l’écrivaine, on demande si on devrait la renvoyer dans son pays d’origine où elle ne serait peut-être pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui… Tout ça en l’honneur de gens qui n’existent pas et d’autres qui ne sont pas encore ici. Tout cela dans le but de convaincre que l’avortement n’est qu’une solution malheureuse, de convaincre que de demander aux futurs immigrants une connaissance minimale du français ne serait qu’un fiasco. Des scénarios catastrophes, quoi!

Mais mon analyse s’appuie seulement sur le soupçon que Marc Cassivi est tout à fait contre les idées du PQ (en revanche, le contraire me surprendrait vraiment). Peut-être que sa question n’avait pour but que de mettre en garde contre un possible problème, mais l’exemple de Kim Thúy est malheureusement invalide comme argument contre, comme je le démontre plus haut, et ne sert qu’à faire écran de fumée. Si on regarde le sujet de l’immigration le plus objectivement possible, il est impossible de prédire l’avenir pour ce que donneraient les différents scénarios, alors il n’y a pas de solution idéale, et elle n’appartient qu’aux décideurs politiques, en lien bien sûr avec ce que l’on désigne comme étant l’opinion publique (aussi abstraite soit-elle), plus amplement influencée par un chroniqueur patenté comme Marc Cassivi que par le blogueur citoyen que je suis. Et de voir qu’elle pourrait être influencée par un raccourci intellectuel du genre ne me sourit guère… Désolé, je suis ainsi fait.

(Et une petite victoire pour moi ici : j’ai réussi à pondre ce texte sans y ajouter des termes comme « fallacieux », « sophisme », « démagogie », etc.)

(Oups!)

 

(Crédit photo : thetim)

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