Manifestations étudiantes : André Pratte et le petit baveux

 

Lire l’éditorial d’hier d’André Pratte, c’est avoir le plaisir de se retrouver en un seul endroit avec les pires clichés pro-hausses. Ceux-là qui relèvent bien malheureusement de l’illusoire et consensuel gros bon sens. Vous savez, ce gros bon sens qui est bien trop souvent antonyme du pouvoir de création, d’invention et d’imagination.

Mais la pire chose à mon avis dans son texte, c’est le dénigrement total et totalement injuste du poids des manifestants et des manifestations. On est passé d’une démarche un peu agressive à des marches silencieuses et rien n’y fait, on envoie André Pratte en héraut pour calmer et conforter l’opinion publique :

La crise? Quelle crise? Ce n’est pas parce que l’hélicoptère de TVA suit les moindres gestes des jeunes manifestants que le Québec est à feu et à sang! À part quelques perturbations à la circulation – bien moins graves que celles causées par les chantiers! – le mouvement étudiant n’a pas d’impact. L’économie n’en souffre pas, personne n’est privé de services sauf les étudiants eux-mêmes.

Désolé, mais le mouvement étudiant pourrait le prendre aux mots et durcir le ton dans ses actions pour lui donner tort. Un peu comme dans une cour d’école où le petit baveux se retrouve à se faire tapocher parce qu’il a poussé « sa k » un peu trop loin…

Justement, une de nos collaboratrices, Myriam AJ, s’exprime sur son blogue personnel entre autres au sujet de la violence et de l’hypocrisie l’entourant. J’en relaye ici un passage parce que cela représente un avis qui n’a pas droit de cité médiatiquement, et parce qu’il montre bien qu’André Pratte joue avec le feu :

Si j’ai envie de me faire arrêter pour péter des vitres, c’est mon problème. Si j’ai envie de me faire arrêter pour de la désobéissance civile, c’est mon problème. Si j’ai envie de taguer une voiture de police ACAB, c’est mon problème. C’est pas avec des fleurs et des signes de peace qu’on va faire reculer ce gouvernement. On n’est pas en Inde avec Gandhi les petits amis. On est en 2012, on fait face à de la répression politique et policière et il est temps qu’on se lève debout. Si ça vous écoeure que ça brasse trop dans les manifestations, bien continuez de faire vos pétitions, vos “actions symboliques”, vos marches silencieuses et vos lettres d’opinion. Vous pourrez même partir une page facebook, du confort de votre salon, pour protester contre les mauvais “extrémistes”, “récalcitrants”, “casseurs” et “fouteurs de trouble”. Sinon, foutez la paix à ceux qui veulent utiliser autre chose que des tactiques victimisantes et enfantilisantes dans cette lutte. Vous trouvez que ça brasse trop ici? Z’avez pas mis les pieds en Europe ou en Amérique du Sud vous là. Z’étiez pas là en ’68 non plus. Peut-être étiez-vous à la version édulcorée montréalaise de Occupy par contre. On s’assoit en rond, on chante des chansons et on espère que le monde change. Continuez à espérer, pendant ce temps-là il y en a qui veulent lutter. […]

Par ailleurs, je me permets de souligner l’hypocrisie générale face à ce qui constitue de la “violence”. On permet de tuer, chaque année, des milliers d’animaux. Cela ne constitue pas de la “violence”, seulement un mal nécessaire pour que l’on puisse profiter d’un steak au souper. Le fait de lancer des pétards, de faire des graffitis et le vandalisme ciblé serait par contre des actes de violence. Aucune vie humaine (ou animale) n’est enlevée dans ces cas-là. Pourquoi le fait de tuer des animaux ne constitue pas de la violence, alors que de lancer des balles de peinture dans une vitrine oui? Est-ce qu’on est rendus aussi incohérents que ça? La gang dans les manifs qui scandent “on reste pacifique”, êtes-vous pacifiques quand vous êtes dans un supermarché à faire votre épicerie? Êtes-vous pacifiques quand vous achetez vos jeans à 15$ chez H&M, produits en Chine par des gens exploités? C’est ce que je me disais.

Personnellement, je ne sais trop où me placer par rapport à la violence dans un contexte de lutte sociale. C’est bien certain que dans un monde idéal tout pourrait se régler par le dialogue, mais nous ne sommes pas dans un monde idéal; la preuve : les nations ont toujours besoin des armées. Quand il est question de rapport de force, peut-on réellement mettre une limite dans le combat citoyen alors que celui des nations est basé sur la destruction et le meurtre? Je suis l’utopiste qui ne voudrait plus d’armées dans le monde ni non plus qu’on ait besoin d’autre chose que le dialogue pour régler les problèmes sociaux.

Par contre, j’ai l’impression qu’André Pratte va participer à exacerber la grogne étudiante, et je ne suis même pas certain que ça me déplaise…

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6 réponses à Manifestations étudiantes : André Pratte et le petit baveux

  1. Hahaha! Je fais ça pour m’inscrire aux commentaires, ensuite j’efface!

  2. Je sais pas pourquoi, mais associer André Pratte au Gros Bon Sens, ça me laisse un goût amer :p

  3. J’ai justement écrit un texte à propos du même éditorial de M. Pratte. Je trouvais aussi ça franchement étonnant qu’il laisse justement entendre aux étudiants de faire plus de casse, plus que « juste bloquer le pont Jacques-Cartier » (!).

    http://lamargedegauche.wordpress.com/2012/03/13/andre-pratte-contre-la-hausse-des-droits-de-scolarite-pour-la-gratuite-scolaire/

  4. je suis juste en secondaire 3 mais je manifeste et je suis contre la hausse de la scolariter car je pense a mon avenir , le gouvernement ne pense pas aux gens qui ne’ont pas de personne pour les aider a payer leur etudes.Plus tard, je veux reussir dans la vie , voila pourquoi je manifeste. Tournons nous contre le gouvernement pour pouvoir reussir notre vie comme tout le monde. Finis l’injustice .

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