J’ai mal à mon sexe

Photo :  Peter Macdiarmid / Getty Images (Oeuvre de Tim Nobles et Sue Webster : « Pink Narcissus » - 2008)

Photo : Peter Macdiarmid / Getty Images (Oeuvre de Tim Nobles et Sue Webster : « Pink Narcissus » – 2008)

J’ai mal à mon sexe, et c’est tout proche de ne pas être seulement au figuré.

Il y a tellement trop d’histoires qui sortent en ce moment au sujet des violences faites aux femmes que je pleure pour elles au passé, au présent et même au futur, malheureusement. Ces histoires, je n’ai même pas la force de les nommer.

J’ai mal à mon sexe masculin parce que je ne comprends pas qu’il puisse, accroché à d’autres, s’exciter autant dans la haine et le non-consentement. Comme je ne comprends pas cette fascination qu’ont certains hommes pour le pouvoir, quand il se fout complètement de l’objet de son désir, quand il se contente d’une proie facile.

Je ne sais pas si c’est parce que je suis un homme rose. Ou parce que j’ai vu tout petit ma mère manger des claques par un homme qu’elle aimait accessoirement, pour oublier mon père. Ça s’est passé voilà presque 40 ans et pourtant ce souvenir est vidéographique, je pourrais presque décrire chaque détail de la scène.

C’était l’alcool qui était en cause, mais pour moi l’alcool n’excusera jamais rien ni personne. Comme la culture, comme la religion, comme l’éducation, comme les traumatismes du passé, comme le caractère, comme le simple fait d’être un homme issu de cette race d’hommes qui prennent au lieu de demander, qui frappent au lieu de parler.

Même pas besoin d’être féministe pour le comprendre. Il suffit d’avoir en tête que nous ne vivons pas en vase clos. On ne parle pas des salaires, du partage des tâches, on parle d’éliminer un monde, celui de nos petites filles, où la peur s’installe sournoisement avec l’apprentissage social.

Pensez-vous que c’est normal que j’aie à tordre mes neurones pour trouver comment expliquer de plus en plus explicitement à ma fille qu’elle doit se méfier de mes semblables, sans pour autant lui donner le goût de se cacher constamment dans sa chambre?

Et sérieux, j’en ai plus qu’assez qu’on tente de justifier l’injustifiable, comme si c’était une partie de plaisir pour une femme de se présenter en victime, comme si c’était simplement avancer un pion dans un jeu qui s’appellerait « la guerre des sexes ». J’ai des petites nouvelles pour vous : le problème de la violence envers les femmes, ce n’est pas une conspiration pour transformer la Terre en planète des femmes.

Et encore, ne venez pas me parler du fait qu’il existe des femmes qui violentent des hommes. Ça existe, mais ce n’est pas un problème endémique comme celui de la violence envers les femmes, qui s’accroche à la normalité comme à une bouée. À ce que je sache, ce n’est pas encore une épidémie transmissible culturellement. Alors, il faudra bien l’affronter de front.

Justement, ne trouvez-vous pas étrange que ce problème soit moins important socialement que celui de l’intimidation? Pourtant, il y aurait des parallèles à faire entre les deux. On pourrait arriver à la conclusion que l’intimidation, c’est le niveau précédent à la violence et que le viol, c’est sa mise en oeuvre. Pourtant, on ne parle que de ce problème cycliquement, comme on parle du problème de la guerre pendant la Journée de la paix, un problème qui ne se réglera pas de sitôt. Tout le monde le sait. On vit avec. C’est loin de nos sociétés américaines, ça se joue ailleurs et plus haut, contrairement au problème de la violence envers les femmes.

Tout ce que je peux faire ici, c’est d’encourager fortement les victimes de violence à dénoncer le plus possible aux autorités les agresseurs, afin de briser la loi du silence, qui est protégée par cette idée insidieuse que les femmes ne sont que des tentatrices ou des provocatrices, ce qui est une forme d’intimidation sociale. Plus des hommes auront à répondre de leurs actes devant la Justice, plus il sera clair que l’impunité n’est plus la norme et qu’il n’y aura plus de doute que les femmes ne sont pas dans le fond coupables de leurs propres agressions.

Mais pour l’instant, j’en suis réduit à trouver normal que toi, lectrice, tu ressentes plus le doute que la solidarité en parcourant mes mots, parce que j’ai tout de même entre les jambes le sexe que j’ai. Même avec toute la bonne volonté dont je suis capable, je ne pourrai jamais te faire oublier toutes ces trahisons. J’espère que le temps le pourra et qu’il me donnera tort de vous pleurer aujourd’hui au futur.

 

 

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