L’identité canadienne postale de Maria Mourani

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Montage photo : Guillaume Martin

Après son revirement spectaculaire de souverainiste convaincue et convaincante à fédéraliste revancharde à cause de la charte, Maria Mourani la toupie ne cesse d’étonner.

Sa nouvelle lubie : convaincre le gouvernement conservateur de « revoir [sa] décision d’éliminer la livraison du courrier à domicile pour ne pas donner des munitions aux souverainistes » et de ne « pas laisser Postes Canada à la dérive, car il s’agit d’une organisation qui “porte l’identité canadienne” partout au Québec. »

Il ne fait pas de doute que les conservateurs font tout en leur possible pour mettre des bâtons dans les roues des indépendantistes, mais ils n’ont visiblement pas pensé à ça… Mon petit doigt me dit que s’ils n’y ont pas pensé, c’est parce que ça n’a pas tellement de bon sens, même s’ils ont souvent le tour de ne pas avoir de bon sens.

Et pourtant, il y a quelque chose de vrai dans ce quel raconte, et c’est ce qu’elle dit à propos de la symbolique identitaire de Postes Canada. Il ne faut pas le nier, le service postal fait partie de la symbolique canadienne actuelle, comme la SAQ et Hydro-Québec participent à la symbolique québécoise. On a beau dire que l’identité canadienne tient sur pas grand-chose, ce grand-chose-là, c’est beaucoup Postes Canada.

Mais là où ça se corse, c’est quand on analyse un peu plus en profondeur. André Forget, collaborateur à l’émission de Douteux.tv « Les fils de la liberté », a lancé cette formule sur Facebook qui fait bien ressortir toute l’incongruité de sa démarche, en regard de son refus d’accepter l’interdiction du port des signes religieux pour les employés de l’État :

Elle prétend qu’une boite à malle peut influencer les gens, mais pas un symbole religieux.

En ce moment, il y a des facteurs qui se disent qu’ils sont ostentatoires et que ça n’a jamais été indiqué dans leurs contrats de travail…

Pensez-y, elle a quitté une communauté d’idée pour défendre le droit de porter des symboles religieux en argüant que c’est un choix personnel et sans conséquence pour autrui alors qu’elle mousse aujourd’hui l’idée qu’un symbole canadien, aussi vague et inoffensif qu’il puisse être comparé à un signe religieux, est effectif pour autrui, particulièrement les Québécois, qui se font justement traiter de xénophobes et de racistes (enfin, une partie) parce qu’ils le remarquent eux aussi.

Visiblement, le fait d’être maintenant une députée indépendante la met en déficit de conseillers… Elle donne l’impression d’être une ex-fumeuse qui ne sait pas trop comment argumenter en défaveur de la cigarette, mais qui veut beaucoup. Beaucoup trop.

Quoi qu’il en soit, l’autre point qui ne va pas très bien avec son argumentaire anticharte, c’est la question de l’identité. Avec sa sortie, elle magnifie l’importance de l’identité canadienne. Le problème, c’est que de l’autre côté la stratégie inclusive (question d’utiliser un synonyme) se sert de la culpabilisation des identitaires Québécois pour tenter de marquer des points (des points Godwin quant à moi).

Pour eux, le projet du PQ est strictement un projet identitaire, relié intimement au rejet des identités autres, diabolique. Nul doute qu’elle est d’accord avec tout ça. Pourtant, de la manière dont Maria Mourani présente son réquisitoire, c’est tout à fait dans l’idée de contrecarrer l’affirmation de l’identité québécoise au profit de l’identité canadienne.

En gros, l’identité est tabou quand il s’agit du Québec, mais c’est bien quand il s’agit du Canada. Un symbole, c’est canadiennement fort, mais religieusement faible. Merci Maria de nous enseigner tout ça, on va se coucher plus niaiseux…

 

(Montage photo : Guillaume Martin)

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