Léa Clermont-Dion est trop belle

lea clermont-dion

Photo : Julie Artacho

Il faut que je me confesse, je n’ai pas encore eu le temps de visionner le documentaire « Beauté fatale », sur lequel a travaillé ma consoeur Léa Clermont-Dion. Mais je n’ai pas manqué de lire quelques réactions, dès la diffusion de la première partie et d’un commentaire plutôt simpliste de Richard Martineau, aujourd’hui, qui va comme suit :

Léa Clermont-Dion qui dénonce la dictature de la beauté, c’est comme Bill Gates qui dénonce le capitalisme… What a joke!

Si je comprends bien, Léa Clermont-Dion est trop belle pour avoir la légitimité de parler de la problématique de la beauté? Donc, on lui reproche de trop bien cadrer dans le sujet, d’être une sorte de paradoxe ambulant. C’est comme si le classique « sois belle et tais-toi » se serait transformé en « tu es belle alors tais-toi ». Ou encore : « tu es belle, alors parle-nous seulement de la beauté de manière positive »…

Aller plus loin que le cliché

Cependant, il faut que je me confesse aussi d’avoir déjà ressenti, quelques secondes, un petit malaise à propos de ce supposé paradoxe d’une belle fille qui parle contre la beauté. Mais le travail d’opinion, qui doit s’accompagner de l’analyse, n’est-il pas de penser plus loin que le réflexe, d’aller au-delà du cliché?

Visiblement, Richard Martineau n’a pas fait ce travail et j’essaye de le faire. N’y a-t-il pas quelque chose de très parlant dans le fait qu’une victime de la dictature de la beauté, qui correspond tout à fait à ce que cette dictature impose, fasse un travail de dénonciation et d’information à ce sujet? Aurait-il absolument fallu que Léa s’enlaidisse pour être prise au sérieux? Ou qu’une plus moche prenne sa place?

Tant qu’à être dans les métaphores, est-ce qu’on reprocherait à un obèse de parler de la problématique de l’obésité parce qu’il n’a pas perdu le poids qu’il veut perdre, alors qu’il est toujours pris avec son obsession de la nourriture?

Parlons des idées

On discourra comme on veut du résultat final, mais ça devrait toujours se passer en aval et non en amont, puisque viser Léa Clermont-Dion pour ce qu’elle est, c’est carrément, comme dans un débat, viser la personne plutôt que les idées. À partir du moment où il est question d’idées, la beauté de Léa Clermont-Dion est secondaire, elle n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, même si elle est centrale dans le documentaire.

Et on me dira que je ne peux pas être objectif puisque nous sommes dans la même équipe, mais je répète qu’il n’est pas question du travail qu’elle a accompli, mais bien de sa légitimité, du fait qu’elle puisse le faire. Même pas comment elle l’a fait. Il me semble que c’est important. Tout aussi important que la liberté d’expression.

Vous conviendrez que c’est quand même assez représentatif du problème des femmes quand leur beauté empêche leurs idées d’être prises au sérieux… Parce que Léa Clermont-Dion n’est évidemment pas la seule.

Dans les années cinquante, c’était banal, aujourd’hui, c’est d’une absurdité sans nom.

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