Le nationalisme québécois, entre acceptation et honte

Drapeau du Quebec sombre
Tous les peuples du monde ont le droit de se reconnaître comme peuple, comme nation, comme groupe ethnique, etc., autant pour des raisons positives que négatives, avec l’aide de l’histoire. Notre regard sur l’immigration et la situation mondiale en témoigne. Mais ce droit n’existe pas pour les Québécois et tous ceux qui se le donnent tout de même sont considérés comme des traîtres au monde, des nationalistes (le dernier terme étant prononcé avec un ton de dégoût – et quand ce dégoût est totalement assumé, le terme choisi est « identitaire »).

Alors, dans cette optique, défendre le fait français c’est se fermer sur le monde. Même chose pour cette idée folle de vouloir transformer la province du Québec en pays, parce que nous serions quelque chose comme une nation qui n’a plus rien à gagner à être insubordonné à une autre nation. Sans oublier toute la question de la laïcité, qui se place dans un désir de faire les choses à la manière québécoise, a contrario de la manière canadienne, et qui pourtant s’inspire d’un courant mondial…

Mais pourquoi le nationalisme québécois est-il toujours associé à cette frange qui rejette tous les immigrants, alors que la partie la plus importante, j’en suis certain, pense le nationalisme en terme inclusif, donc espère accueillir ces immigrants comme faisant partie prenante de sa nation? Je vais vous le dire : il est plus facile pour le citoyen du monde, pour son combat idéologique, de transformer l’ennemi nationaliste en fasciste ou en nazi que de le considérer honnêtement avec ses nuances et accepter l’importance qu’il donne à la proximité géographique, ce qui vient pour lui avec des affinités socioculturelles, accomplies ou en devenir (pour ce qui est des immigrants). Et surtout, d’accepter cette importance comme étant possiblement positive socialement.

Il faut le dire, le but du combat idéologique des citoyens du monde est de faire disparaître lentement mais sûrement cette idée de nation, parce qu’elle a en son sein cette tendance à la différenciation, cela va de soi (ce qui peut soutenir ou encourager le racisme, la xénophobie et l’intolérance – le conditionnel est très important ici). S’identifier à une nation, c’est par définition ne pas s’identifier aux autres. Pourtant, par contre, ce n’est aucunement incompatible avec la possibilité de s’identifier aussi à l’humanité dans son ensemble. Autrement dit, il n’y a pas de contradiction entre le fait de s’identifier à la nation québécoise et de s’identifier à l’humanité. Comme si le nationalisme ne pouvait pas être un humanisme.

Un plan pour faire disparaître la nation

Alors, pour arriver à faire disparaître l’idée de nation, il s’agit de recouvrir de honte tous les nationalistes en évacuant du champ des possibles leur identification à l’humanité (seraient-il ainsi des bêtes?). Puisqu’ils s’identifient à une nation en particulier, c’est qu’ils rejettent les autres, non? C’est cette réflexion binaire qui tient lieu d’argumentaire et il existe bien sûr des nationalistes racistes/xénophobes/intolérants pour leur donner raison, dans une optique utilitaire de généralisation. Le fait qu’ils existent est leur trophée. Mais l’extrémisme se retrouve aussi de leur côté.

Cet extrémisme réside dans une vision du monde qui n’accepte absolument pas que les diverses sociétés placent des balises en lien avec leurs réalités socioculturelles propres et qu’on défende les bienfaits de ces balises. Parce que pour eux, le nationalisme ne peut qu’être qu’une causalité négative, surtout pour tout ce qui a un lien avec l’immigration. Et encore plus pour la nation québécoise, puisqu’il faudrait bien donner l’exemple, ici.

Individualisme et exclusion

En gros, nous avons droit au fantasme d’un monde débarrassé des particularismes collectifs pour mieux magnifier les particularités individuelles, quitte à laisser le champ libre aux communautarismes – ces ensembles antagonistes du nationalisme. Si le nationalisme est un extrémisme, ce n’est pas moins le cas de l’idéologie qui idéalise les liens sociaux dans l’individualisme, là où l’idée d’intégration bat de l’aile et rime avec exclusion.

Parce qu’il ne faut pas s’en cacher, en rejetant le nationalisme on rejette d’autant l’idée d’intégration, enfin, sa version où l’intégration ne se limite pas qu’à se débrouiller dans un nouvel endroit, qui pourrait bien se trouver n’importe où en Amérique du Nord, mais à embrasser avec ouverture cette nouvelle vie dans un État (presque) laïque, francophone, et qui a entre autres comme valeur l’égalité entre les hommes et les femmes, même s’il y a encore beaucoup de travail à faire dans ce sens…

Si on enlève du lot les nationalistes qui sont carrément contre l’immigration par racisme, ceux qui servent de caution à tout l’antinationalisme primaire (et j’ose croire qu’ils sont bien peu, en regard des chiffres disponibles), il reste des gens qui savent où ils sont et qui veulent que le lien social s’articule autour d’un consensus équilibré entre les libertés individuelles et le sens du commun, loin de l’abstraction mondialiste qui fabrique des citoyens de nulle part, qui s’excluent eux-mêmes de leurs milieux, les natifs comme les nouveaux arrivants.

La nation est un point de repère

En somme, la nation est un point de repère se basant sur la proximité, tout d’abord géographique, puis culturelle, et cette idée n’a rien de figée, comme on voudrait le faire croire. Elle est en constante évolution, donc a toujours un pied dans le passé et l’autre dans le futur. Mais surtout, cette idée n’est pas compatible avec la rupture, ce qu’offre le citoyen du monde. Par contre, elle n’a pas à être respectée à tout prix ni ne doit absolument susciter la fierté. Elle est, comme une trame de fond, un dénominateur commun, une convergence active, donc être nationaliste peut être simplement accepter d’en faire partie et être capable de dire, sans honte : je suis Québécois.

Pour ma part, j’ai toujours eu tendance à me tenir loin de la dénomination de nationaliste. Peut-être parce que justement l’incessante charge négative contre le nationalisme avait trop bien fait son travail. Et aussi, parce que le nationalisme me semblait trop prêcher avec les mêmes armes que la religion, dont je suis allergique. Et encore, politiquement, parce que le nationalisme m’a toujours donné cette impression de pencher trop à droite pour le gauchiste que je suis.

Cependant, de plus en plus, la honte fait place à l’acceptation. Je ne suis toujours pas du genre à placarder des fleurs de lys partout (j’accepterai seulement de faire preuve d’un débordement de fierté quand le Québec sera enfin un pays), mais je ne peux pas nier que je suis un nationaliste. Peut-être un nationaliste plus proche du nationalisme civique, surtout pas ethnique (l’ethnicité me semble une chose totalement absurde quand il est question de la vie en société), en tout cas qui considère important l’histoire et la culture québécoise, comme base du lien social.

Et je me demande bien si je suis un « identitaire », puisque je m’identifie à la nation québécoise. Si on regarde la définition stricte de ce mot, rien ne laisse croire qu’il est péjoratif. Cela réfère simplement à l’identité, un concept tout à fait respectable quand il ne sert pas à justifier le rejet des autres identités. Mais pourquoi s’identifier à quelque chose comme un grand ensemble serait-il en soi synonyme de haine? Parce que des idéologues et des autoproclamés champions de la vertu en ont décidé ainsi?

Dorénavant, je me ferai le devoir d’accueillir le sobriquet « nationaliste identitaire » comme un compliment. Parce que cette expression est clairement une construction démagogique, le reflet d’une tentative boiteuse de diabolisation. Elle sert à masquer le flagrant manque d’argument des citoyens du monde, à force de vivre dans un univers mental qui n’a pas de prise sur la réalité, celle-là où les nations ont aussi un important rôle à jouer pour la diversité du monde.

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