Le franglais, ce symptôme d’on ne sait trop quoi… (avec Màj)

La cerise sur le « sundae », c’est un billet récent de Patrick Lagacé. Un billet où il pointe ce qu’on appelle dans le milieu du hip-hop un « battle rap » (une bagarre de mots, une bataille de phrases, de rimes, pour ne pas dire de rimettes, pour certains — donc, pas grand-chose à voir avec la poésie…) . Je ne connais pas beaucoup le phénomène, mais pour le peu de fois où j’en ai vu et entendu, celui que le blogueur étoile montre est vraiment pourri, en tout cas à mon goût (c’est pas parce que je ne connais pas beaucoup que je ne pourrais pas apprécier…). Le seul esprit qu’on peut y entendre, c’est de l’esprit de bottine (et j’exagère à peine). Tout art a besoin de ses croûtes, les voilà pour celui-là!

Sinon, ça m’a rappelé que le franglais est une manière de s’exprimer qui m’agresse vraiment beaucoup. Et dans le milieu hip-hop francophone québécois, ça semble être la norme. Pour être tombé quelques fois sur l’émission « Ghetto érudit » à CISM*, l’émission officielle de hhqc.com (la source du hip-hop Québécois), j’ai pu constater qu’il est de mise d’épicer ses propos de mots et d’expressions anglaises, qui sont la plupart du temps complètement inutiles. Tout pour se donner un genre : c’est la guerre à qui aura le plus d’attitude; encore plus, c’est se complaire dans la « surattitude », l’attitude surjouée.

Pourtant, pendant les émissions, j’ai cru remarquer que les paroles des pièces que l’animateur présentait n’étaient vraiment pas aussi parsemées d’anglais que son propre langage. Même pas du tout, parfois. Est-ce que je devrais en comprendre que le langage de tous les jours dans la culture hip-hop porte à la facilité, a contrario de la composition de rap où c’est, par définition, plus songé, travaillé? Dans le fond, c’est même plus que de la facilité, c’est complètement forcé! Une fois, j’en ai entendu un qui plaçait « you know what i’m sayin’? » pratiquement à toutes les phrases. Et, entre autres, pourquoi dire « track » quand on a déjà le terme « toune », qui est un beau québécisme dérivé de l’anglais « tune », justement?

Je ne veux rien imposer à personne, c’est juste que ça me tape sur les nerfs. Et, tant qu’à faire, je me suis tapé quelques extraits des WORDUP-Battles (une coche au-dessus de ce qui se passe en Outaouais), mais il semble que ça revient pas mal toujours au même, sur le fond : la plupart des gros punchs tournent toujours autour de références à l’homosexualité, comme quoi l’adversaire devrait sortir du garde-robe, « you know what i’m sayin’? » C’est d’un pathétisme…

Mais pour revenir au franglais, plus globalement, ça me semble une insulte aux deux langues, surtout ici, au Québec. Nous ne sommes pas en Nouvelle-Écosse où, historiquement, le français (et le vieux français) s’est extrêmement mélangé à l’anglais (ce qui a donné le chiac) comme en fait foi entre autres l’excellent groupe de rap électro Radio Radio. Oui, au Québec la langue intègre des mots anglais, tout comme la France d’ailleurs, mais ce que font nos amis « yo » accélère consciemment cette tendance, assez artificiellement en plus. Et puis, pensez-vous que les rappeurs anglophones dénaturent à ce point leur langue? Poser la question c’est y répondre. Je ne sais pas trop pourquoi, mais il me vient en tête le terme : « colonisé ».

En tout cas, une chance que c’est un phénomène pratiquement inconnu. (Oups! J’en ai parlé!)

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Fait à souligner, on a eu un exemple plus « adulte » du franglais lors de la dernière édition de Tout le monde en parle. Lors de l’entrevue de Paul Doucet (pour le film Funkytown), le comédien expliquait sa facilité (et son plaisir) de passer du français à l’anglais dans une même phrase. Ça m’énerve tout autant, mais au moins il a réussi à ne pas le faire pendant l’émission…

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*Concernant CISM (la marge), j’ai eu une idée (pas très politiquement correcte) pour un slogan publicitaire :

Mangez-donc d’la MARGE!

(Photo : javaturtle)

Màj :

J’ai eu une réplique à ce billet sur le blogue de l’émission Guetto érudit :

http://ghettoerudit.com/blog/2011/02/18/le-renart-et-les-raisins/

Ma réponse, qui est toujours en attente de modération au moment de publier :

Quand j’ai vu l’adresse de ce billet dans la section « statistiques » du tableau de bord de mon blogue, je m’attendais à une suite d’injures gratuites, à l’image des « battle rap ». Je suis agréablement surpris.

Allons-y plus en détail :

« Cependant, ce n’est pas parce qu’on bénéficie d’une tribune écrite que l’on peut braire toutes sortes d’âneries sur un sujet qui nous échappe. »

J’ai tous les droits, tous les pouvoirs d’utiliser ma « tribune écrite » comme je l’entends. La seule chose qui me semble acceptable serait des arguments pour me donner tort. Je vais continuer de lire le présent billet en espérant en dénicher.

« De surcroît, prétendre qu’un phénomène socio-linguistique est ignoré, voire inconnu, et s’approprier le mérite d’en avoir parlé illustre, une fois de plus, l’irresponsabilité d’un bloggeur croyant s’attaquer à des représentants « Watatatow » du hip-hop québécois. »

Mauvaise foi au cube. Le franglais, comme le hip-hop Québécois, sont des phénomènes encore marginaux, c’est seulement un fait. Et il faudrait me pointer où je m’approprie « le mérite d’en avoir parlé ». Si c’est simplement parce que j’en ai parlé dans mon espace, c’est assez mince.

Pour le reste, c’est assez instructif et agréable à lire.

« L’utilisation du terme « colonisé », dans ce contexte, m’apparait exagérée et inapproprié, étant donné qu’il évoque certainement quelque chose de beaucoup plus tangible auprès des représentants de la génération hip-hop en provenance d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie ou d’Amérique latine. »

Le terme « colonisé » fait référence à l’impérialisme ancien et actuel de la culture états-unienne qui passe par la langue anglaise. On parle surtout de franglais et non d’un français québécois épicé de plusieurs langues (s’il y a deux-trois mots au total, ça ne compte pas…). Si c’était le cas, je serais « cassé » ici…

« et les commentaires externes poussent les acteurs de ce mouvement à se questionner, débattre et remettre en cause certains éléments gênants de la culture hip-hop. »

C’était tout à fait le but (et aussi de pointer un phénomène que mes lecteurs connaissent peu ou pas du tout, alors on repassera sur la critique concernant les propos « déjà entendus », de mon côté je ne les ai pas « entendus », étant spécialisé plutôt dans l’actualité politique, et un peu « touche à tout »…).

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29 réponses à Le franglais, ce symptôme d’on ne sait trop quoi… (avec Màj)

  1. modotcom dit :

    oh Renart!!! Cela me fait tellement penser à la façon dont je m’exprime. Tu as raison, il faut préserver notre langue – je suis avide francophile, mais j’aime beaucoup faire dans le franglais – tant à l’écrit qu’au parlé.

    Je ne sais pas pourquoi je fais ça et je l’ai toujours fait. Et j’aime ça.

    À l’écrit, c’est volontaire, parce qu’il y a des mots anglais qui sonnent bien dans ma tête, une question de rythme, de cassure, d’articulation, d’état d’esprit. Souvent, lorsque j’introduis un mot anglais dans une phrase en français, je le prononce consciemment dans mon esprit et l’inclination y est différente, le « meaning » plutôt que la signification; cela peut être une mise en reflief, un temps d’arrêt, « God knows »…

    Au parlé, je mélange les deux langues dans le même paragraphe surtout lorsque je m’adresse à plusieurs interlocuteurs parlant les 2 langues, dont certains sont plus anglophones et d’autres plus francophones. Dans ma nature sociale, « I guess »…

    Est-ce que cela me fait perdre mon français? Peut-être, peut-être…

    C’est en tout cas un constat à surveiller.

    Salutations,

  2. reblochon dit :

    « le comédien expliquait sa facilité (et son plaisir) de passer du français à l’anglais dans une même phrase. » comme justin trudeau … ça se soigne leur truc ?

    Sinon tout ton article pouvait se résumer à une de tes dernières phrases : gang de colonisés !

  3. gillac dit :

    En vous lisant, je n’ai pu m’empêcher de penser à un autre billet intitulé, je crois, le syndrome du larbin.

  4. Ceci dit, on pourrait encore donner des leçons aux Français sur ce point…

  5. Modotcom,

    pour t’avoir rencontré quelque fois, je ne me souviens pas de t’avoir entendu faire ça.

    Je peux tout à fait te comprendre, c’est ça le pire. Et c’est vraiment plus difficile à l’oral. Par exemple, quand on me fait une demande spéciale au bar, je me pratique fort à ne pas dire « j’check ça », mais bien « je r’garde ça », quand la demande ne me semble pas tout à fait évidente à jouer.

    Pour ce qui est de l’écrit, je fais tout en mon possible pour éliminer les mots anglais, même quand ça me semble « sonner » mieux, et j’ai même l’impression que cela a de l’influence sur comment je parle (certains termes français sonnent de mieux en mieux comme par magie…).

    Bon, voilà que je me sens mal, j’ai l’impression de te faire la morale… 😉

    (Ça rime!)

    gillac,

    c’est tout à fait connexe, en effet!

  6. Simon dit :

    « Est-ce que je devrais en comprendre que le langage de tous les jours dans la culture hip-hop porte à la facilité, a contrario de la composition de rap où c’est, par définition, plus songé, travaillé?  »

    « Plus songé »? Faut apprendre à bien parler le français avant de critiquer le franglais 😛

    Sinon, je suis personnellement un grand fan de rap québécois et, de ce que j’en connais, le franglais est un symptôme de quelque chose. D’abord, du métissage culturel d’où le rap est tiré – francophone, anglophone, créole (dont certains universitaires rendent compte: http://www.erudit.org/revue/du/2008/v/nhs1/019560ar.html?vue=resume). Ensuite, de l’influence des premiers artistes du rap québécois (Muzion, Sans Pression, Rainmen) sur les artistes qui leur suivent, qui en reproduisent certaines expressions à la fois dans leur rap et dans leur parler quotidien.

    L’oral et l’oral préécrit sont évidemment différents, ce n’est pas nouveau qu’il y ait des registres de langue différents selon l’écrit ou la parole, la différence c’est qu’au lieu de parler joual, les rappeurs ou les amateurs de rap utilisent plutôt un franglais. Ton exemple de « toune » et « track » l’illustre bien: pourquoi tu voudrais prioriser certaines déformations de l’anglais plutôt que d’autres?

    Cela dit, je pense que ça devient aliénant quand on ne peut comprendre autre chose que les expressions véhiculées dans le rap. Si c’est le cas ou pas dans le contexte du rap québécois, on peut s’amuser à spéculer.

  7. Simon,

    « « Plus songé »? Faut apprendre à bien parler le français avant de critiquer le franglais 😛 »

    bien sûr que c’est un québécisme, et j’aime bien en placer quelquefois, c’est notre propre couleur!

    « Ton exemple de « toune » et « track » l’illustre bien: pourquoi tu voudrais prioriser certaines déformations de l’anglais plutôt que d’autres? »

    « Toune » est une déformation de l’anglais et « track » est simplement un mot anglais. Dans le premier exemple, « tune » a déjà fait le chemin vers le français (québécois). Dans le fond, c’est la surenchère qui m’énerve le plus là-dedans.

    Pour ce qui est de vouloir prioriser un terme ou un autre, n’est-ce pas là le propre de donner son opinion, qui n’aimerait pas qu’elle participe à changer un état de fait qui nous ennuie?

    Le terme « toune » (parfaitement synonyme de « track ») m’apparaît vraiment utile : « chanson » réfère trop à une forme qui ne tient pas compte de beaucoup de styles musicaux, dont le rap; et « pièce » ou « pièce musicale » ou « morceau » sonnent soit trop archaïques, soit trop flous. Alors « toune » fait très bien le travail et « track » m’apparaît simplement comme un « statement »… 😉

  8. Pierre-Luc dit :

    Moi c’est surtout les parties sur l’homophobie qui m’écoeure le plus.

  9. modotcom dit :

    Renart : aucune offense, te sentir mal??? heu… non, il n’y a vraiment pas de quoi. Je comprends très bien ton point et je suis contente d’avoir à y réfléchir. Cela a beaucoup de valeur. Allez va, bonne soirée!

  10. Pierre-Luc,

    j’aurais pu faire un billet juste là-dessus…

    modotcom,

    😉

  11. J’utilise souvent le franglais, un franglais bien placé. Je l’avais abandonné quelques années, mais il est vite revenu pour faire partie de mon personal branding. J’trouve que c’est identitaire, générationnel, ça représente assez bien les Y. J’suis d’accord pour les « k’na’m say’n » abusifs, mais ça j’pense que ça camoufle de l’insécurité, comme quelqu’un qui finit toutes ses phrases par « man », histoire de leur ajouter une pas très convaincante dose de charisme.

    Pour ce qui est du hip-hop, faut tout d’abord savoir que la rue a son propre vocabulaire et on y retrouve de toutes les cultures, dont les Haïtiens, souvent très près du hip-hop et qui sont pour la plupart trilingues. Sans vouloir entrer dans les stéréotypes, la réalité veut que la mère parle créole (et français) à la maison, le jeune parle français à l’école et, son père (qu’il voit souvent ou non) s’est retrouvé quelque part aux États-Unis, donc parle anglais. Il sont donc souvent très à l’aise dans les trois langues. Il en est de même pour d’autres cultures, même si j’ai seulement illustré celle des Haïtiens (que je connais un peu).

    Même si on est loin d’elle, la rue a des répercussions à court ou moyen terme sur notre vocabulaire (ou celui qui nous entoure). Quand des expressions (juvéniles) semblent nous arriver de nulle part, elles viennent souvent de là. J’trouve ça juste naturel que des gens issus du milieu hip-hop parlent ainsi, même si c’est fréquemment utilisé avec abus extrême.

    Qu’un Québécois de souche emprunte des mots anglais, je trouve que ça passe mieux, vu le cours d’anglais donné au Québec et la télé américaine, qu’un Québécois de souche qui emprunte des mots créoles. ÇA, je trouve ça vraiment forcé, encore plus s’il ne vient pas de Montréal.

    Les battles maintenant. C’est vrai que c’est répétitif, vraiment. Mais toujours intéressant à regarder parce que je sais que certains rappeurs savent se montrer TRÈS créatifs. J’aime les word up pour ça. Au moment où on pense qu’on se fera servir du recyclage de textes et des « yo tapette, t’es une tapette, tapette », on se fait toujours surprendre par quelqu’un qui, comme un humoriste, a cherché la meilleure tournure de phrase pour une ligne qui frappe fort.

    Par contre, je pense que les insultes homosexuelles qu’on peut entendre dans les battles ne devraient pas être considérées blessantes pour les gays. Moi je ne les vois pas comme: « Yo, t’es une tapette pis nous on aime pas ça les tapettes, personne ne les aime. » mais plutôt comme: « Yo, toi t’es hétéro pis je t’accuse de ne pas l’être, c’est-à-dire, tu es dégouté par le pénis d’un autre homme et je t’accuse d’en manger. » En plus de lui donner des images qu’il aurait aimé ne pas avoir en tête, on le sort d’un placard qui n’est pas le sien. C’est une question d’identité avant tout.

    MAIS, plusieurs rappeurs québécois sont homophobes et c’est quelque chose qui tend à rester à cause des « Man, c’est ça le hip-hop, les gays n’ont jamais été acceptés. Gay et rap, ça match pas me semble. »

    Donc, dans un contexte comme celui du rap, même si ce n’est pas l’intention de tous les battleurs de vouloir causer du mal aux homosexuels, on sait que plusieurs sont homophobes quand même. C’est comme si un redneck faisait des jokes passables sur les noirs. Dans ce contexte, c’est mal. Et ça c’est sans compter l’influence que les Word Up ont dans les écoles secondaires. Si avant on entendait régulièrement le mot « tapette », je n’ose même pas m’imaginer combien de fois on doit l’entendre depuis le phénomène.

    Ce que Lagacé a présenté c’est dégueulasse, mais c’est le résultat d’un phénomène nouveau. Dans les Word Up, les concurrents sont aussi d’excellents rappeurs. Dans les « Just Spit it », ils sont mauvais ET sur le terrain de bataille ET sur un mp3. Complètement inutile. Mais s’ils se font du fun…

  12. M. dit :

    Il y a du potentiel dans ces battle raps… Imaginez que l’on oppose deux opinions divergentes sur une cause politique ou sociale, ça permettrait de conscientiser et de rejoindre un public différent. Disons, un battle rap sur les gaz de schiste, il y en aurait une gang qui pourrait apprendre quelque chose non? Je pense que ce n’est pas la formule le problème, mais plutôt le contenu, et ça, heureusement, ça se travaille avec de la volonté.

    Quant à la question du franglais, il s’agit là d’un débat sensible. La culture hip hop est certainement issue d’abord de l’anglais, ce qui peut expliquer une part du phénomène. Je dirais toutefois que, selon mon observation des vidéos présentés ci-haut, il semble que les individus en question soient définitivement trop versés inutilement dans une culture qui n’est pas la leur, prêts à sombrer pour « un monde meilleur », être un « real », know what I’m sayin? Ça revient à la notion de colonisé, comme tu (je me permets) disais Renart.

    Personnellement, j’utilise un franglais dans des circonstances particulières, lorsque la conversation glisse sur certains sujets. Immergée dans le punk/hardcore et les mouvements de libération humaine et animale, il m’est plus facile de m’exprimer en anglais ou du moins d’utiliser certains termes anglais lorsque la conversation glisse dans ce sens. Il s’agit surtout d’une déformation intellectuelle. J’imagine que si j’avais lu les versions françaises des livres et que je passais la majeure partie de mon temps à débattre en français de ces sujets, je pourrais développer le vocabulaire adéquat. Je reste toutefois convaincue que certains mouvements (notamment le mouvement de libération animale ou de libération des Noirs par exemple) sont issus d’une culture anglophone à la base. Dès lors, malgré une traduction technique de certains termes, il demeure difficile d’exprimer certaines idées et concepts dans une autre langue. Voilà d’ailleurs pourquoi plusieurs préfèrent lire les livres dans leur langue originale, notamment en philosophie (allemand entre autres). Je crois qu’il arrive que ce désir de spécificité ou du moins « d’authenticité » exige que l’on utilise à l’oral des termes d’une autre langue, surtout si cette autre langue (disons l’anglais) est largement comprise.

  13. @M, Bonne idée pour les battles à saveur politique/sociale, mais il manquerait de participants je pense! Pour avoir écouté plusieurs albums et reçu des milliers de mp3, j’peux te confirmer qu’y’a maximum 5 rappeurs engagés qui savent de quoi ils parlent, le reste fait de la surface, dans le genre:

    « Pauvre petite Cédrika, ça devrait pas exister des pédophiles »

    « La guerre c’est fucked up, ça tue plein de gens, on devrait arrêter »

    « La grippe H1N1 c’est un complot, on se fait piquer pour mieux se faire contrôler »

    « En 2012, on va tous mourir, le gouvernement nous cache des choses, le Nouvel Ordre Mondial est à nos portes »

    Et la plupart de ces phrases viennent de nos rappeurs les plus influents. Tellement dommage.

  14. M. dit :

    Je m’y connais peu en hip hop francophone (tant français que québécois), je l’avoue, mais c’est effectivement vraiment difficile de trouver un discours qui soit à la fois intelligent, articulé et poétique. C’est bizarre parce qu’en anglais, même des artistes uber connus (entre autres Public Enemy, Dead Prez, K-Os, et même à la limite N.W.A. – si on n’aime pas la police -) ont un discours plutôt intelligent et conscientisé, malgré l’emballage qui vient avec. Il semble aussi qu’il y ait une relève solide en hip hop engagé anglophone (Evolve, Raised Fist Collective, The Herd, etc). Est-ce que c’est un problème de langue ou de pensée étroite – pour ne pas dire défaillante – du « ti peuple »?

    p.s. http://www.myspace.com/evolveone (Evolve, Cincinnati, OH)
    http://www.myspace.com/testamenthiphop (Testament du Raised Fist Collective, Ontario)
    http://www.myspace.com/runningwiththeherd (The Herd, Australie)

  15. Sylvain Langlois dit :

    Renart Leveille Knowimsayinnn t un fag ouii je viens de commettre lirréprochable mais pouquoi dénigrer une radio qui appui les artistes de MTL on devrait parler de ton blog qui nappui pas du tout le mouvement

  16. Maxime dit :

    Tu as fait une faute d’orthographe dans ton blogue :

    « [… ] j’ai pu constater qu’il est de mise d’épicer ses propos de mots et d’expressions anglaises, qui sont la plupart du temps complètement inutile. » (sic)

    inutile = inutiles

  17. Désolé pour le délai de réponse, j’ai une fin de semaine d’anniversaire assez remplie (ma fête était le 11) et puis est arrivée la St-Valentin (qui est une bonne raison de se faire plaisir et de se coller, pour faire comme tout le monde… mais c’était agréable quand même!).

    Murphy Cooper,

    « J’trouve que c’est identitaire, générationnel, ça représente assez bien les Y. »

    personnellement, ça me fait peur. C’est un pas de plus vers une uniformisation culturelle que je redoute…

    Sinon, merci pour la petite histoire du parler hip-hop. J’ai réfléchi un peu à ça depuis la publication de ce billet et ce qui me console, c’est que ce langage n’a vraiment pas sa place ailleurs que dans ce milieu. C’est un terrain de jeu, c’est tout. Dans un contexte sérieux, personne ne se permet de parler comme ça… à moins de vouloir à tout prix se tirer dans le pied!

    Pour ce qui est de l’homosexualité, je n’embarque pas du tout dans tes explications. Nous savons tous que c’est l’homophobie et le dégoût des homosexuels mâles qui est l’outil principal de ces insultes. À quoi bon traiter quelqu’un de « fif » si ça ne l’affecte pas profondément?

    En passant, tu connais le rappeur homosexuel Lunatique? http://tinyurl.com/48ouohd

    En tout cas, que n’importe quelle xénophobie soit acceptée sous prétexte que c’est de l’« art », ça me gosse…

    M,

    « La culture hip hop est certainement issue d’abord de l’anglais, ce qui peut expliquer une part du phénomène. »

    peut-être. Mais je n’ai pas l’impression que, par exemple, les rappeurs de langues espagnoles versent autant dans l’anglais que les Québécois, idem pour les Français. Mais peut-être que je me trompe royalement. Je pense comme ça parce qu’ici on a le fort syndrome du « né pour un petit pain » et « le gazon est toujours plus vert chez le voisin »…

    Sylvain Langlois,

    avec ton français pauvre et le fouillis de tes idées, j’ai failli te laisser de l’autre côté de la douane de mon blogue, mais je me sens bon prince.

    « pouquoi dénigrer une radio qui appui les artistes de MTL »

    Tu ne sais visiblement pas très bien lire puisque je ne dénigre, ni la radio, ni l’émission. Mais bien la manière de parler des gens de ce milieu (qu’on peut entendre par exemple à cette émission).

    « on devrait parler de ton blog qui nappui pas du tout le mouvement »

    Qu’est-ce que tu veux dire par là?

    Maxime,

    merci de m’avoir pointé la faute. C’est bien sûr réparé.

    À mon tour : si en utilisant « dans ton blogue » tu voulais parler de mon texte, c’est une faute de sens. Le blogue est le contenant des textes, le contenu (les billets), comme le journal est le contenant des articles.

  18. Maxime dit :

    Renart (ou renard?),

    Tu as raison, je ne suis pas accoutumé à ce langage, tout comme tu ne sembles visiblement pas accoutumé au « slang » de la culture hip-hop. J’espère un jour avoir le temps comme toi de passer tout mon temps sur un blogue… (Le contenant des textes, bien sûr)

    En attendant, bonne chance!

  19. J’ai eu une réplique à ce billet sur le blogue de l’émission Guetto érudit :

    http://ghettoerudit.com/blog/2011/02/18/le-renart-et-les-raisins/

    Ma réponse, qui est toujours en attente de modération :

    Quand j’ai vu l’adresse de ce billet dans la section « statistiques » du tableau de bord de mon blogue, je m’attendais à une suite d’injures gratuites, à l’image des « battle rap ». Je suis agréablement surpris.

    Allons-y plus en détail :

    « Cependant, ce n’est pas parce qu’on bénéficie d’une tribune écrite que l’on peut braire toutes sortes d’âneries sur un sujet qui nous échappe. »

    J’ai tous les droits, tous les pouvoirs d’utiliser ma « tribune écrite » comme je l’entends. La seule chose qui me semble acceptable serait des arguments pour me donner tort. Je vais continuer de lire le présent billet en espérant en dénicher.

    « De surcroît, prétendre qu’un phénomène socio-linguistique est ignoré, voire inconnu, et s’approprier le mérite d’en avoir parlé illustre, une fois de plus, l’irresponsabilité d’un bloggeur croyant s’attaquer à des représentants « Watatatow » du hip-hop québécois. »

    Mauvaise foi au cube. Le franglais, comme le hip-hop Québécois, sont des phénomènes encore marginaux, c’est seulement un fait. Et il faudrait me pointer où je m’approprie « le mérite d’en avoir parlé ». Si c’est simplement parce que j’en ai parlé dans mon espace, c’est assez mince.

    Pour le reste, c’est assez instructif et agréable à lire.

    « L’utilisation du terme « colonisé », dans ce contexte, m’apparait exagérée et inapproprié, étant donné qu’il évoque certainement quelque chose de beaucoup plus tangible auprès des représentants de la génération hip-hop en provenance d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie ou d’Amérique latine. »

    Le terme « colonisé » fait référence à l’impérialisme ancien et actuel de la culture états-unienne qui passe par la langue anglaise. On parle surtout de franglais et non d’un français québécois épicé de plusieurs langues (s’il y a deux-trois mots au total, ça ne compte pas…). Si c’était le cas, je serais « cassé » ici…

    « et les commentaires externes poussent les acteurs de ce mouvement à se questionner, débattre et remettre en cause certains éléments gênants de la culture hip-hop. »

    C’était tout à fait le but (et aussi de pointer un phénomène que mes lecteurs connaissent peu ou pas du tout, alors on repassera sur la critique concernant les propos « déjà entendus », de mon côté je ne les ai pas « entendus », étant spécialisé plutôt dans l’actualité politique, et un peu « touche à tout »…).

  20. Maxime dit :

    Après avoir relu mon dernier commentaire, je réalise qu’il n’était pas approprié et je m’en excuse.

    Sans rancunes,

    Maxime

  21. Maxime,

    excuses acceptées.

  22. Bonjour Renart.

    Je suis content que tu aies parlé du reportage de Lunatique. Un rapper homosexuel qui a eu beaucoup de difficultés à faire son coming out dans une culture homophobe.

    J’ai connu un graffiteur homosexuel qui a dû quitté d’urgence la ville après avoir fait son coming-out.

    Nous travaillons présentement un reportage sur des agressions homophobes envers un rappeur hétérosexuel juste parce qu’il a fait un clip avec un homosexuel. Ce reportage sera publié en juin dans le magazine Reflet de Société.

    L’homophobie dans la culture Hip hop, une histoire à suivre.

    Raymond.

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