Le droit à l’opinion selon le maire de Trois-Pistoles

Comme on le sait, la chicane est prise entre le maire de Trois-Pistoles, Jean-Pierre Rioux, et Victor-Lévy Beaulieu, au sujet de Gabriel Nadeau-Dubois et de l’Échofête. Chacun a ses opinions et c’est la beauté de la liberté de conscience et surtout, d’expression.

Mais le maire s’entretenait à ce sujet avec Dominic Maurais à Radio X et ses propos sont tout sauf beaux, enfin, à propos de la liberté d’expression de VLB. Donc, selon M. Rioux, le fait que l’écrivain et dramaturge reçoive diverses subventions depuis des années dans le cadre de ses activités artistiques lui enlèverait en quelque sorte le droit d’exprimer son désaccord, désaccord qu’il a verbalisé dans une lettre ouverte.

Ce que le maire explique, assez maladroitement d’ailleurs, c’est que la pureté d’un individu, lequel lui donne le droit de s’exprimer et d’avoir (peut-être) raison, est gravement entachée par le fait d’avoir reçu des subventions :

quand quelqu’un est plus pur que pur, je suis capable d’en prendre

Et il poursuit en déblatérant que VLB, contrairement à quelqu’un de pur, a eu une belle vie parce qu’il a reçu des subventions… (L’argument de Martineau, « La belle vie! », a la belle vie!)

C’est quand même étrange comme discours pour quelqu’un qui fait partie d’un système qui fonctionne avec l’idée des subventions. Lui-même est en quelque sorte un subventionné puisque son salaire provient de deniers publics. C’est comme ça que ça fonctionne. La ville de Trois-Pistoles, en octroyant des subventions à VLB, n’a jamais exigé de lui qu’il adhère à un quelconque contrat moral lui empêchant de critiquer les décisions de la ville, encore moins le maire Jean-Pierre Rioux en particulier.

Et dans le contexte d’une entrevue diffusée via le principal organe de la droite poubelle, cet argumentaire pue la haine, et des artistes, et de l’État. S’il n’était pas si peu étayé, il pourrait avoir du sens, puisque c’est une position défendable en soi. Les gens de droite ont le droit de vouloir le moins possible d’impôts et donc de subventions. Mais dans le contexte d’une bataille entre deux hommes, pour attaquer quelqu’un avec une arme qui ne devrait pas être disponible puisque c’est complètement hors sujet, c’est puéril.

Et pour ceux qui croient dur comme fer que ce n’est pas hors sujet, comme Dominic Maurais et sa bande, j’aimerais bien qu’ils m’expliquent en quoi recevoir des subventions est condamnable au-delà du fait que ces personnes deviennent haïssables, simplement parce qu’ils acquiescent, par ce fait, à ce système. C’est une logique qui met les charrues devant les boeufs, puisqu’elle fait passer conditionnellement la base de la problématique (le système des subventions) devant la liberté d’expression. Tout ce que l’on peut comprendre de leur discours est la haine, qui réduit à néant les arguments intelligibles.

Parce que la seule réponse possible à la question « pourquoi l’avis d’un subventionné ne vaut rien? » est : « Parce que. »

Point.

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3 réponses à Le droit à l’opinion selon le maire de Trois-Pistoles

  1. Enkidu dit :

    @JFC Quant à moi, ce qui m’inquiète, c’est que nos gouvernements distribuent leurs largesses aux corporations qui viennent profiter de nos ressources à vil prix. Et ce, bien sûr, à partir de l’argent des contribuables. En plus d’en être rendu à considérer comme des « ennemis » (quel langage binaire) les artistes, les écologistes et même les scientifiques. Disturbing

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