Le discernement de la police et de leurs partisans

La critique envers les étudiants aime bien se gargariser des débordements de certains éléments plus violents. La manifestation d’hier soir à Montréal s’est vu le théâtre d’un beau feu de haine. Si j’avais le pouvoir de dire personnellement aux personnes coupables que ce genre d’action ne fait qu’attiser le dénigrement d’une certaine partie de la population envers leur cause, je le ferais. Cependant, mon pouvoir se limite à l’écrire ici. Et j’aimerais bien ne pas avoir besoin de le répéter chaque fois que je prends la défense du mouvement étudiant. Mais bon, quand un homme comme Denis Lévesque est capable de dire sérieusement « Pour les jeunes, la démocratie c’est lancer des briques dans les vitres », je me dis que l’esprit d’analyse n’est pas donné à tout le monde et que je n’ai pas terminé de répéter…

Sinon, comparer pour comparer, on parle de bris matériels et de violences (envers des policiers qui ne sont pas loin d’avoir l’air de « Robocop ») versus des violences  envers des personnes (des êtres vivants!) sans défense (bon, certains ont des mouchoirs sur le visage et des lunettes protectrices…). J’ai suivi la nuit dernière la manifestation via Twitter et on a relaté quelques actions discutables, idem pour aujourd’hui. Une jeune femme relatait qu’un ami à elle, qui n’avait absolument rien à voir avec la manifestation en cours, a dû se réfugier dans un hôtel parce que la SPVM a voulu l’arrêter. André Ducharme relatait plus tôt que son fils, qui n’était pas des manifestants, a reçu un coup de bouclier, du poivre de cayenne et des insultes de la police en se rendant au métro.

Une autre histoire assez incroyable s’est déroulée sur St-Denis, au bar-terrasse Le Saint-Bock. Un client aurait insulté des policiers de l’anti-émeute qui passait. La riposte des policiers a été de poivrer tous les clients de la terrasse. RDI a relaté l’histoire, les images sont assez troublantes. Aussi, je suis tombé hier sur un extrait filmé d’un moment fort désagréable, gracieuseté de CUTV. On y voit une ligne de policiers anti-émeutes qui attendent les manifestants dans une petite rue. Pendant un long moment, les deux groupes sont à bonne distance. On aperçoit une jeune fille frêle dans le peloton de tête qui ne bouge pas et qui regarde les policiers. Tout à coup, les policiers avancent d’une dizaine de pas rapidement et s’arrêtent. Les manifestants ne bougent pas, la jeune fille non plus. Le manège recommence, ils sont à quelques pas de la jeune fille qui a l’air d’une statue (à 2:35 environ). Ils avancent encore et la happent violemment, à trois, et elle se retrouve par terre. Plusieurs relatent qu’on l’a empoignée par les cheveux. Pas très longtemps après, la vidéo se termine alors que la commentatrice de CUTV pousse un cri (à 4:25). On relate que c’est parce que le technicien a été « garroché au sol par police ».

Tout cela m’a complètement renversé, et j’en ai une boule dans l’estomac depuis hier soir. Mon taux d’indignation est au plus haut. Mais pour les défenseurs de la loi et l’ordre comme Michelle Blanc, tout ce qui précède est assurément du chantage affectif. Pour eux, la loi est tout à fait justifiée, et tout ce que fait la police est le bien incarné. Donc, l’indignation que je délivre ici depuis le début de la crise étudiante participe du « psychodrame collectif ». Pour les bien-pensants, il ne se passe rien de grave en ce moment. La paix sociale est une finalité en soi et il n’y a aucune bonne raison de la troubler. Mais en vérité, pour eux, la paix sociale est un concept strictement individuel qui ne les concerne qu’en propre, avec en extra de la sympathie pour le confort de ceux qui pensent comme eux. Et pour terminer avec ce point, il me serait très facile de pointer la position des gens contre les étudiants comme étant psychodramatique et la défense des policiers et du matériel et des habitants aux abords des manifestations comme étant du chantage affectif, mais je vais m’abstenir. La situation est assez complexe pour ne pas tenter de l’expliquer par des théories bancales. La sensibilité n’est pas de la sensiblerie. L’humain est un être émotif.

Après le manque de discernement citoyen, le manque de discernement de la police. Si la loi 78 avait pour but de magnifier le sentiment de pouvoir de certains policiers, cela a tout à fait fonctionné. Et si on ajoute à cela des heures interminables de travail (j’ai lu quelque part 18 heures par jour), c’est un cocktail explosif. Et on laisse ces policiers prendre de graves décisions et utiliser des armes, c’est pour le moins discutable. Mais je peux tout à fait comprendre qu’ils sont à cran. Parce qu’ils sont humains, justement.

Cette foutue loi est simplement un beau ring de lutte extrême où les deux adversaires ne sont vraiment pas du même calibre. Et une partie des spectateurs pleure tandis que l’autre partie se pourlèche les babines de contentement.

(Cette finale est une gracieuseté du psychodramatique blogueur que je suis.)

 

(Photo : gonzo_photo)

Ce contenu a été publié dans société, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

6 réponses à Le discernement de la police et de leurs partisans

  1. Michelle Blanc est une fasciste, finalement.

  2. Les tactiques anarchiques visent à obliger les gouvernements à instaurer des lois coercitives pour par la suite pouvoir crier au facisme. La police devient alors une cible facile est les démonstrations/manif soi-disant pacifique, servent d’exemples pour montrer la brutalité policière. La police exprime clairement qu’elle va charger avant de le faire. Elle tape sur les boucliers, donne des avis verbaux demandant aux gens de se disperser, envoie des feux sonore, puis des gaz. Mais certains « brave » restent là, jouent aux martyrs puis servent d’exemple de l’oppression. On en voit aussi des dizaines de ces vidéos qui montre la violence policière mais qui ne montre qu’un point de vue. Étrangement, on ne voit que très peu ce qui est arrivé pour que le soi-disant « drame » arrive. Il y a certes de nombreux dérapages policiers mais il y a aussi de nombreux dérapages étudiants.

    et oui ton billet est du chantage affectif, et oui je t’aime bien quand même…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *