Le dilemme électoral

Plus que toute autre campagne électorale, celle qui débutera incessamment sera marquée par le dilemme. Bousculé entre son coeur et sa tête, l’électorat devra faire un choix difficile entre un vote en phase avec ses convictions profondes et un vote stratégique, enfin pour ceux qui veulent absolument que le PLQ débarrasse le plancher du gouvernement.

Le PQ a tout à gagner à faire la promotion du vote stratégique puisqu’il est le parti le plus susceptible de battre les libéraux, selon les derniers sondages. D’ailleurs, selon la section « Pour qui voter? » du site liberaux.net, sur 47 circonscriptions « où la course risque d’être serrée »,  il y en aurait 21 où le PQ talonnerait le PLQ, alors que la CAQ s’y retrouve à seulement 4 endroits.

Par conséquent, c’est tout à fait normal que les partisans de Québec Solidaire et d’Option nationale soient contre le vote stratégique et qu’ils passent une bonne partie de la campagne à essayer de convaincre les gens de ne pas tomber dans ce « piège ». Et pour ma part, je suis l’illustration parfaite de ce dilemme puisque mon désir de voir les libéraux tomber est aussi fort que mon désir de voir se terminer la dynamique du bipartisme que le PQ ne semble pas vouloir laisser partir en refusant de considérer sérieusement une réforme du mode de scrutin. Donc, vous comprendrez que le PQ m’attire et me repousse à la fois. Et ce ne sera pas en me culpabilisant que les péquistes viendront chercher mon vote, et surtout mon appui durant la campagne. À bon entendeur…

Parce qu’il y a d’autres voies possibles dans le royaume des possibilités, si vous me permettez le pléonasme. Québec Solidaire, comme parti qui a fait ses preuves à l’Assemblée nationale avec Amir Khadir, est une alternative crédible pour l’électorat de gauche et de centre-gauche (son supposé extrémisme est un épouvantail créé de toutes pièces par la droite apeurée). Option Nationale est le parti le plus franchement souverainiste et, contrairement au PQ, son parti-pris progressiste est clair. Et pour l’électorat qui comme moi veut surtout que le PLQ morde la poussière et que le système électoral change, il y a toujours la Coalition pour la Constituante qui ferait le travail (et, quand même, je ne ferai pas ici l’étalage de tous les choix alternatifs). Et dans un monde possible, un de ces trois choix pourrait faire l’unanimité, à l’instar de ce qui est arrivé avec le NPD aux dernières élections fédérales. Je ne crois pas sincèrement que cela pourrait se reproduire, mais je ne veux surtout pas l’exclure. Je veux surtout croire qu’une campagne électorale n’est pas un exercice futile et que tout peut basculer…

Alors, je vais laisser aux péquistes le loisir de faire la promotion du vote stratégique et je vais demeurer un électron libre. Mais quand même, il faut que je spécifie que le PQ aurait certainement mon vote et mon appui personnel durant cette campagne s’il changeait son fusil d’épaule au sujet d’une réforme du mode de scrutin et d’un message clair que le vote stratégique ne signifie pas, en cas de victoire, un chèque en blanc que signerait l’électorat.

Je m’explique. Il faudrait que le PQ prenne acte du cynisme que provoque notre système électoral et qu’il prenne l’engagement d’aller vers un changement politique en profondeur, et non seulement poursuivre ce qu’il avait commencé avant le règne des libéraux, ce qui n’était pas bien différent d’ailleurs, surtout avec les années Bouchard. Il serait temps que le mot « changement » serve à autre chose qu’à faire beau dans un slogan et que le PQ s’engage dans la voie d’évacuer tout ce qui fait en sorte qu’on le qualifie d’opportuniste. Et il faudrait que Pauline Marois annonce que si elle gagne (ce qui serait bien évidemment grâce au vote stratégique), elle sera extrêmement consciente du contexte qui l’aura mené là, ce qui guidera sa gouvernance. Donc, une démonstration d’humilité et d’ouverture devant la suprématie du peuple qui légitime tout l’exercice démocratique.

Devant moins que ça, je continuerai de tenter le diable.

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3 réponses à Le dilemme électoral

  1. Ceci dit je ne voterai jamais stratégiquement pour la CAQ, même si cela veut dire la réélection de Charest.

  2. Sara Léha dit :

    Bonnes idées, mais que ça demeure raisonnable dans notre déraison! Je ne crois pas au vote stratégique. C’est éterniser le problème. Le PQ ne tiendra pas compte du vote stratégique ni ne préconisera la réforme du scrutin, à moins qu’on l’y force. Inutile de se montrer plus naïf qu’on est.

    Dans le contexte présent c’est préférable de voter pour le parti qui nous parle; la Coalition pour la constituante, Québec Solidaire ou Option nationale. Y a-t-il autre chose? Même si Charest est élu, son Gouvernement sera minoritaire. Et avec un tas de députés de toutes les couleurs ça lui donnera quelques sueurs froides et ça bloquera quelques uns de ses projets. J’imagine une douzaine de députés aussi impliqué qu’Amir Khadir, il en fera des cauchemars. Quelques représentants de la Coalition pour la Constituante qui feront le tour du Québec et reviendront avec des idées venues du Peuple. Ce serait un bon moment pour le peuple de demander qu’on la fasse cette réforme et qu’on lui permette de participer entre les élections. Et une opposition péquiste. Je rêve oui| Seuls les rêves permettent les changements à un moment donné.

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