L’anglais et le respect linguistique

 

J’écris en français sur Le Globe et les réseaux sociaux. Et ma vie sur ces réseaux, je veux la vivre le plus possible en français. Mon rapport à l’anglais est une question personnelle, mais ce que je peux dire c’est que je le considère surtout utilitaire : pas trop le choix dans notre monde, quand même…

Au-delà de ça, il y a mon rapport aux autres, particulièrement sur Twitter. Et quelques anecdotes et discussions m’ont donné l’occasion de réfléchir sur le respect linguistique, lequel me semble bafoué par certains anglophones (même s’ils sont bilingues — et même peut-être des francophones bilingues).

Je m’explique. Dernièrement, un abonné anglophone (québécois) répond à un de mes messages (francophone) en anglais. Je lui ai fait savoir que j’aimerais qu’il m’écrive en français. Notez le verbe : « aimer ». Je ne l’ai pas intimé de communiquer avec moi en français, mais bien sous-entendu mon désir de le voir respecter ce fait (français). Parce qu’à la base, cette personne n’a jamais su mon niveau de compréhension de l’anglais, si je suis bilingue ou unilingue. Alors, j’ai trouvé très discutable qu’elle agisse comme s’il était certain que je suis bilingue (pourtant, le taux de bilinguisme au Québec, bien qu’il soit le plus élevé au Canada, n’atteint pas encore 100%).

Tout ce que j’ai trouvé comme réponse de sa part, c’est un discours comme quoi sa liberté de s’exprimer en anglais était plus importante que tout. J’avais beau lui répéter que je ne lui avais rien demandé, qu’il avait pris la liberté de réagir à un de mes messages en anglais au lieu de le faire dans la langue du message, il n’y avait rien à faire, j’étais devenu un sale anglophobe. Peut-être même que toi, lecteur, tu vas penser que je suis un sale anglophobe.

Remettons tout ça dans un contexte plus large. C’est très bien de faire la promotion du bilinguisme et même du multilinguisme, mais dans les faits, ce n’est pas tout le monde qui connaît plusieurs langues. Et le Québec est une province officiellement francophone, comme le Nouveau-Brunswick est bilingue (anglais-français) et les autres provinces sont anglophones. Alors, c’est bien mal venu pour un anglophone du Québec de s’adresser en anglais à quelqu’un de visiblement francophone sans au minimum s’assurer qu’il peut se faire comprendre.

C’est quoi cette idée d’agir comme si tout le monde comprenait et voulait parler anglais? Nos chers citoyens du monde bien pensants peuvent bien croire que c’est une hérésie de ne pas parler couramment la langue commune mondiale, il reste qu’il est encore question de choix et de contexte : il y a des gens qui n’auront jamais besoin de l’apprendre parce que leur vie peut très bien se passer totalement en français alors que d’autres, comme moi, n’ont pas eu le choix de l’apprendre, par nécessité. Mais au-delà de ça, pour rester sur mon cas, j’ai tout à fait le droit de ne pas vouloir me faire imposer l’anglais sur Twitter (et dans la rue aussi, par exemple) par un quasi-inconnu. C’est une question de respect et d’entregents. Et ça heurte tout à fait l’idée que le Québec est francophone, donc que la langue commune est le français. Pour le reste, je ne vois aucun problème à ce que l’on jase dans n’importe quelle langue, tant que tout le monde est consentant…

Aussi, il y a un autre truc qui me heurte. C’est cette idée toujours sous-entendue dans le discours pro-bilinguisme (avec l’anglais comme langue seconde) que les gens qui ne sont pas bilingues sont moins accomplis, qu’il leur manque quelque chose. Et même qu’ils ne peuvent pas aller loin dans la vie, avoir du succès, etc. J’ai tellement eu la preuve du contraire voilà pas si longtemps à la télé. J’écoutais une émission, celle où le chef états-unien Anthony Bourdain fait le tour du monde pour découvrir ses différentes cuisines. Il était en Espagne. Il est allé à la rencontre de grands chefs de ce pays et une traductrice l’accompagnait, parce que sur 5 chefs, seulement une parlait anglais. Est-ce que, pour les autres, cette méconnaissance de l’anglais les a empêchés d’exceller dans leur domaine? Non. Et si l’envie leur prend de chercher à faire une carrière internationale, ils feront bien les choix en conséquence.

Ce qui me tue ici avec le rapport au bilinguisme, c’est le côté propagandiste de ceux qui en font la promotion. À les écouter, tout le monde sans exception a besoin d’être bilingue (sans accent) pour réussir. L’exception n’existe pas, enfin, elle existe, mais ce ne sont que des citoyens de second plan, un peu comme des analphabètes pour ce monde mondialisant, tant fantasmé. Et visiblement, cet anglophone que je pointais au début de ce billet vit déjà dans ce monde fictif. Le problème, c’est qu’on ne vit pas dans le même monde. Dans le mien, il y a toujours un débat linguistique parce que, comme tant d’autres, je n’ai pas abdiqué totalement devant le rouleau compresseur culturel états-unien.

Nos anglophones devraient être fiers de vivre dans une contrée résistante au lien d’avoir peur d’une décision démocratique (un référendum gagnant pour la souveraineté) qui pourrait cristalliser ce fait, ce qui ne serait aucunement un déni de leur place au sein de ce nouveau pays.

 

(Photo : missrogue)

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