En cette Journée de la gentillesse

4444 students from 25 schools in Gwalior

Photo : STRDEL / AFP / Getty Images

En cette Journée de la gentillesse, je ne pouvais pas écrire sur une mauvaise nouvelle ou sur un sujet qui porte carrément à l’indignation. Ou plutôt, je ne voulais pas. C’est tellement rare, dans le monde de l’opinion, d’avoir une bonne occasion d’être positif. Alors je vais en profiter. Non sans par la même occasion écorcher son contraire, la méchanceté. Même aujourd’hui, je ne peux pas taire mon côté critique.

Les bienfaits de la gentillesse

Voilà pas si longtemps, La Presse + faisait paraître un texte sur la gentillesse. Ce qu’on pouvait y lire entre autres, c’est que de « nombreuses recherches démontrent les bienfaits de la gentillesse sur la santé, sur le moral et dans la vie professionnelle. Ce serait même une preuve d’intelligence. Par exemple, une étude réalisée à l’Université Simon Fraser de Vancouver démontre que les bonnes actions, comme donner à des œuvres de charité, favorisent le bonheur et réduisent le stress. »

Donc, la gentillesse est payante au niveau personnel. Les études et recherches à ce sujet sont presque superflues parce que ça va tellement de soi, dans le fond. S’organiser pour bien s’entendre avec les autres, même dans les désaccords, c’est en même temps une preuve d’intelligence sociale et un exercice pour influencer positivement les rapports humains. Mais dans ce monde relationnel qui s’élargit avec la place grandissante que prennent les médias sociaux, la gentillesse en prend pour son rhume à mon avis.

Les médias sociaux comme incitateurs de la méchanceté

Ce qu’on remarque, c’est que la distance que procure l’écran encourage pour certains la méchanceté, étant donné qu’il n’y a pas cette proximité physique qui pourrait faire ressentir pleinement ses répercussions. Dans ce monde, il n’y a pas ce retour instantané qu’engendre habituellement une insulte dans la « vraie vie », avec toute la charge d’énergie négative que peuvent transmettre le langage corporel et le son de la voix. Sans avoir à prendre la juste mesure des conséquences, la méchanceté est alors une option un peu plus facile sur le web. Et surtout, il n’y a pas ce risque de recevoir des claques ou des baffes…

Ce qu’on remarque aussi, c’est que la méchanceté est pour certains un très bon plan pour acquérir de la popularité. Certaines vedettes du web en usent comme si c’était une démarche artistique. On fait preuve parfois d’une très grande originalité et même de beaucoup d’esprit pour insulter personnellement des gens. Mais ça reste tout de même une entreprise de haine de l’autre, et la popularité qui vient avec n’est pas très reluisante pour la masse qui la cautionne, en applaudissant bêtement. Nous ne sommes pas loin du cliché de la populace qui bave et s’excite devant le sang qui coule des plaies des gladiateurs ou des coqs en combat.

La gentillesse est suspecte, et pourtant…

La gentillesse, disait l’empereur et philosophe romain Marc-Aurèle, est « le plus grand plaisir » de l’être humain. Penseurs et écrivains ont abondé dans ce sens pendant des siècles, mais aujourd’hui beaucoup de gens trouvent ce plaisir incroyable ou du moins hautement suspect. On en est venu à penser l’être humain comme étant dépourvu de générosité naturelle. Nous sommes pour la plupart convaincus qu’en tant qu’espèce nous sommes profondément et foncièrement hostiles les uns aux autres, que nos motivations sont égoïstes et nos élans d’affection des formes de protection. La gentillesse – et non pas la sexualité, non pas la violence, non pas l’argent – est aujourd’hui notre plaisir interdit.

Cette citation provient d’un article de 2009, republié aujourd’hui par le Courrier International en l’honneur de la Journée de la gentillesse. C’est un texte qui veut réhabiliter la gentillesse et c’est une très bonne chose. Il faut le lire pour comprendre que ce que je décris plus haut concernant la méchanceté n’est pas fortuit. Pour que la méchanceté soit une normalité, qu’elle suscite autant l’intérêt, il faut bien que la gentillesse soit considérée comme au moins suspecte, sinon négative :

La plupart des adultes pensent secrètement que la gentillesse est une vertu de perdants.

Qui n’a pas le réflexe de penser que la gentillesse, c’est tout simplement gnangnan? Et là on pense aux exceptions : envers nos conjoints, nos enfants, notre famille, nos amis et certaines de nos connaissances, les gens qui peuvent nous être utiles, etc. Alors, se battre pour une gentillesse globale aujourd’hui, dans ce monde grugé par le cynisme et l’individualisme, c’est tout un défi.

Mais la gentillesse, ça peut tellement être simple parfois. Il suffit d’imaginer que sa bulle est immense et perméable. Et que le bonheur des autres fait partie de notre bonheur. Ce qui donne un tout autre sens au fait de tenir la porte de la personne que l’on précède. Au fait de respecter rigoureusement les règles de civisme. Au fait de dire merci chaque fois que l’occasion se présente, et encore plus.

Parce que la gentillesse, c’est le moteur du sourire.

 

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