Grève étudiante : avoir les moyens de mettre de la pression

 

On a beau être d’accord ou non avec la hausse des frais de scolarité, il reste que devant une décision gouvernementale aussi importante, l’expression du désaccord part dans la course avec un handicap. Alors, quand on dit que les étudiants sont de gros méchants d’avoir bloqué le centre-ville, qu’il y a des gens qui gagnent leur vie à cet endroit, etc., j’ai le goût de répondre premièrement par un adage très connu : on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs. Deuxièmement, que si par des moyens de pression on ne peut pas déranger personne, aussi bien interdire tout moyen de pression et laisser la police frapper sur tous ceux qui osent…

Les biens pensants de notre société voudraient bien que la révolte ne dérange jamais ailleurs que dans les arts, et même encore. C’est de l’hypocrisie. Je le répète, on a le droit d’être en désaccord et de penser que la hausse est une bonne chose. Mais il ne faut pas oublier qu’il est légitime pour ceux qui sont contre de le manifester. Nous ne sommes pas à proprement parler en dictature, même si parfois j’en doute. Cependant, à en lire certains j’ai l’impression que c’est un désir inconscient qu’on en soit, quand il est question de certains sujets.

D’un côté, on parle de liberté comme si c’était un absolu et de l’autre on s’aperçoit qu’elle est en fait sélective. La liberté a plus de valeur, et c’est le cas de le dire, quand on a les moyens de la payer. La liberté des étudiants de manifester ne pèse pas bien lourd. Et quand on en est à pointer les dépenses personnelles de certains étudiants pour s’en concocter des arguments contre, c’est signe qu’on en est au fond du baril de l’analyse sociale. Sérieusement, parce que des étudiants ont les moyens de se payer de la bière, des joints, etc., il faudrait qu’on s’organise pour hausser les frais de scolarité au point de leur imposer un mode de vie ascétique (pour ceux qui veulent se concentrer seulement ou le plus possible sur leurs études) ou une surcharge de temps travail/étude (pour ceux qui veulent se payer quelques plaisirs de la vie, en plus des frais courants, s’il y a lieu)?

Et c’est bien certain que ce discours est une autre manière de délégitimer le mouvement contre la hausse. Et on ne parle même pas de ceux qui sont pour la gratuité scolaire. C’est carrément du domaine du tabou dans une société qui culpabilise ceux qui n’ont pas les moyens de se foutre de l’argent.

 

(Photo : 20minutes.fr)

À lire absolument à ce sujet : http://www.cyberpresse.ca/la-tribune/opinions/201202/22/01-4498572-gates-nos-etudiants.php

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7 réponses à Grève étudiante : avoir les moyens de mettre de la pression

  1. Ayant vécu plusieurs grèves dans le cadre de mon bac à l’UQAM, je peux dire que chacune a été formatrice. J’appuie fortement les étudiants et je partage l’esprit de ton billet.

  2. gillac dit :

    J’ai pu bénéficier de la grève étudiante puisque le centre-ville étant bloqué et la police fort occupée, je me suis garé sur une piste cyclabe sans conséquence. J’ai trouvé les étudiants sympathiques et respectueux, ce qui ne m’empêche pas de croire qu’à part l’aspect « formateur », ils devront passer à la caisse comme une majorité d’entre-nous. Les nombreux avocats et enquêteurs de la Commission Charbonneau vont aussi passer à la caisse mais différemment. Ceux qui croient qu’il y a encore du mou dans les finances publiques ou que les plus favorisés vont finir par payer seront amèrement déçus.

  3. Le problème, et il est de taille, c’est que ce n’est même pas une grève au sens légal du terme, soit dit en passant, mais bien un boycott des cours!!! La définition d’une grève, c’est que ce sont des salariés qui, pour mettre de la pression sur l’employeur lors d’une négociation collective, décident, à la suite d’un vote, de lui refuser leur force de production!!!

    Les étudiants ne sont pas des salariés et ils ne sont pas soumis au Code du travail!!! Donc, les cours devraient se donner quand même et, les absents ayant toujours tort, nos valeureux pseudo-grévistes de pacotilles devraient se mériter un beau 0, à la fin de la session, si ils ne retournent pas à leurs cours!!! Mais, nos professeurs n’ayant aucune épine dorsale, je sais fort bien qu’ils ne le feront pas!!!

    Les étudiants ne sont que les clients (ou les consommateurs) de notre système d’éducation et rien de plus!!! Les fameuses associations étudiantes qui placardent les murs de leurs locaux au Cégep avec des symboles de l’URSS et des photos du Che (en tout cas, c’était le cas, au Cégep où j’allais, quoique c’est moins pire, lorsqu’ils sont rendus, à l’université) ne sont que des associations de consommateurs, ce ne sont pas des syndicats!!! Il n’y a pas de Formule Rand là-dedans!!!

    Au lieu de chialer contre les frais de scolarité, pourquoi on n’entend jamais un seul «leader étudiant» demander l’abolition des scandaleux frais afférents qui ne sont que des frais sur les frais!!! Je vais vous le dire, moi, pourquoi: parce que les frais afférents vont dans les poches de ces futurs grands syndicalistes marxistes, pour garnir leurs caisses en pseudo-cotisations syndicales et à se bâtir un pseudo-fond de grève, que, moi, j’appelle le boycott des cours, juste pour faire ch*er le peuple!!!

    J’ai l’impression qu’il y en a beaucoup qui sont nostalgiques du boycott massif de 2005, contre la réforme des prêts et bourses!!! Mais, le boycott de 2005 et celui de 2012 ne sont pas comparables!!!

  4. fernet g dit :

    Je pense bien que vous avez bien compris le « système » pourri des frais afférents qui servent à financer une partie des supposés associations qui se disent représentatives des étudiants.Il y aurait du ménage à faire là dedans.

    Ceci dit, c’est pas facile pour un non fortuné de payer ses études même si les frais de scolarité sont bas.Je serais en faveur d’une augmentation substantielle des bourses et des prêts pour les moins fortunés.

    Moi j’ai réussi à compléter mes études universitaires,y’a plusieurs années.. grâce à l’aide des prêts et bourses, de ma blonde, de mon meilleur ami, du club optimiste et d’un prêt sans intérêt du boucher du coin qui ne me connaissait même pas. Et le boucher était de la classe moyenne, c’était pas un communiste, croyez-moi.

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