Fais-moi la mort

fais-moi la mort
à petites doses
toi le temps suceur d’espoir

fais-moi la mort encore
pour que ça explose toujours dans ma tête
mais pas vraiment pour toujours :
c’est le coup de poing réaliste
qu’attendait mon poème

une explosion qui fait avancer
par millimètres et par secondes
vers la peur que ça arrive
plus vite que le fantasme parfait
que ça détruise nos plans
avec l’accident toujours quelque part
comme l’invité qui ne l’était pas

fais-moi la mort à temps partiel
pour que je m’acclimate
que je m’éteigne déjà
le souffle court des malades
sans pronostic
m’habituerai

m’habituerai à tuer le temps
à coups de belettes et d’habits
à coups de trompettes et d’apis
de lapis-lazuli

n’en déplaise
m’habituerai pas à la vie
pour préférer faire le mort
l’habiller d’espérance
pour y voir un début
alors que c’est le noir
ce noir-là d’infinitude

alors
s’il faut que je le répète
que je récapitule
le temps est un tueur en série
qui s’égraine en ravine
nous entraîne en des rivières
c’est nos sangs qui se les gèlent
en sépulcres éphémères

fais-moi la mort comme on joue
comme on fait des chefs-d’oeuvre
à la chaîne
mais fais-moi surtout la mort
parce que ça ne veut rien
et
tout dire

Ajout :

Et j’aimerais dédier ce poème à la mise à mort du blogue Biscuit Vio.

Ajout (bis) :

et à celle de la blogosphère, tant qu’à y être!

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Une réponse à Fais-moi la mort

  1. Zoreilles dit :

    Très beau… Touchant, ton poème. Ça tire sur une corde sensible chez moi.

    Le dernier billet de Biscuit Vio m’est rentré dedans comme une tonne de brique!

  2. Mort, source de vie. Et l’automne qui s’amène. J’aime bien.

  3. Patrick dit :

    Très sombre, mais juste poème Mister L’éveillé! -J’ai l’impression de me parler en écrivant ça!- J’ai un peu la même impression face à cette mourante blogosphère québécoise. Par contre, j’attribuais ça surtout à mon désintéressement personnel pour les communications virtuelles, plutôt qu’une réelle décroissance des encres quotidiennes du citoyen en ligne.

    J’ai toujours consommé la blogothérapie par tranches de quelques jours ou semaines, puis j’abandonnais totalement la lecture pour y revenir quelques mois plus tard. C’est de cette façon-là que j’ai pu ressentir son déclin, ses multiples abandons et quelques unes de ses insuffisantes renaissances. Même certains blogues qui se sont ranimés, sont beaucoup moins incarnés qu’à la belle époque.

    Ça sent l’automne dans les carnets, mais un automne qui n’a ni la beauté, ni les parfums d’un recueillement crépusculaire. J’y sens plutôt l’odeur d’une indifférence grandissante, une désincarnation précipitée, mais qui a la douloureuse manière de préparer son trépas dans le plus religieux des mutisme.

    Mais peut-être que ça annonce quelque chose d’autre, un grain pugiliste qui se bat contre l’ivraie et qui triomphe.

    Only the strong will survive…

    Il me semble qu’après le croque-mort, ce sont les anges qui viendront jouer avec la chair. De cette joute post-mortem, toutes les possibilités sont entrelacées dans l’air; la vie dépouille la mort et lui fourre son bat dans la fosse commune…

    Le blogue reviendra; c’est un Michael Myers qui aiguise ses couteaux en attendant la prochaine récolte de citrouilles!

  4. Zoreilles,

    c’est gentil.

    « Ça tire sur une corde sensible chez moi. »

    Faut juste pas la péter! 😉

    Le Détracteur Constructif,

    « Mort, source de vie. »

    bon condensé!

    Patrick,

    je ne pensais pas à l’automne, mais c’est vrai qu’il y a un lien. Comme quoi notre environnement physique est notre première muse…

  5. Dino dit :

    Merci pour ce poème, même si je ne suis pas sûr d’avoir saisi tout le sens (par manque de culture poétique sûrement).. hehe

    Comme dis Patrick, peut-être que c’est le temps d’un renouveau.

    Merci pour le lien, j’apprécie. 🙂

  6. Patrick dit :

    L’automne, c’est la mort idéale puisqu’elle est promesse de retour. C’est mourir en beauté, multicolore et parfumé; transportant la mélancolie d’une ultime chaleur à travers nos enveloppes humaines. Savoir que tout renaîtra après la blancheur, n’est-ce pas là que devrait résider les prémices de l’immortalité? Mes vignes savent qu’elles reviendront, mes pommiers et mes vivaces également. Même mes tournesols me donnent assez de graines pour s’assurer d’être là quand toute la neige sera sniffée par Dame Nature. Et quand elle décide de se faire un rail de printemps, elle y passe par là la p’tite fuckée! Il faudrait que je puisse avoir le même sentiment face à l’existence; reconnaître que tout renaît à perpétuité, du chagrin le plus aride au bonheur le plus poissonneux. Tout est à revenir; les lendemains seront à jamais ces objets en édition remasterisée, se jouant de nos musiques comme de nos silences.

  7. Jean Vitchier dit :

    Je viens de me procurer la programmation 2009 du Festival International de Poésie de Trois-Rivières…

    Couverture: le premier mot que l’on voit c’est Quebecor (un mot qui me fait tout de suite penser à poésie!)

    Deuxième page: Publicité de Quebecor

    Troisième page: un mot de l’honorable James Moore, ministre de la culture (rires gras)des Conservateurs

    Quatrième page: un mot de Christine St-Pierre et mot de Nicole Ménard (les communications, condition féminine et le tourisme des Libéraux (rires grassouillets en kékane)

    Cinquième page: Mot du président et vice-président du conseil des arts du Canada (rires obèses)

    Sixième page: mot du président-directeur du Conseil des arts du Québec, Yvan Gauthier (rires morbides)

    Septième page: Mot de Danielle Saint-Armand, la députée de Trois-Rivières (rires boulimiques)

    Huitième page: Le mot du maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque (rire anorexiques)

    Neuvième page: Le mot de Pierre-Karl Péladeau (imaginez le rire d’Orson Welles dans Citizen Kane)

    Dixième et Onzième page: le mot du président du Festival de poésie, Gaston Bellemare (rires subventionnés à l’os)

    Douzième page: le mot de la directrice générale du festival, Maryse Baribeau (rirolarma)

    Je suis déçu de ne pas y trouver un mot de Patof ou du chien errant que j’ai vu fouiller dans le container du Zellers…

    Après…

    Et bien là on a un tableau des poètes invités… Pas de photos, pas de mots juste des noms et des prix remis (16 prix en tout!) Des médailles, dont l’une d’elles porte le nom de « Prix Quebecor! » Pénétration Double mixé au Banquier cet automne live from Trois-Rivières!

    C’est ça la poésie aujourd’hui. Une cochonnerie à la merci des fonctionnaires et des poètes vendus…

    La honte déguisée en art!

    Au moins Verlaine se faisait enculer par Rimbaud, c’était brun, mais encore parsemé de poésie…

    Et dire que quelque part en 1997, j’avais dit à ma conjointe en farce: « c’est tellement désincarné qu’un jour Quebecor va sponsorisé le festival… » Je riais, j’étais jeune et provocateur, mais des fois j’ai tendance à niaiser futuriste et ça m’écoeure en tabarnac!

  8. Violaine dit :

    Coucou Renart,

    Trop gentil, cette petite dédicace. Ça me touche vraiment beaucoup.

    L’automne est vivifiant, l’air sent bon en tout temps (alors qu’au printemps, ça sent le caca de chien) et c’est un sommeil qui se prépare, non pas une mort, pour réparer des bobos et méditer sur la suite. Crains pas que je vais refaire surface ailleurs avant longtemps!

    En attendant, je continue de te lire avec plaisir, même si je ne commente pas souvent.

    La blogosphère ne meurt pas, mais elle évolue selon le même principe que nous: les plus faibles partent et les plus forts survivent.

    Longue vie!

  9. Dino,

    de rien!

    « même si je ne suis pas sûr d’avoir saisi tout le sens »

    C’est pas grave! Même moi je ne suis pas certain de bien tout le comprendre… Il y a beaucoup du jeu dans l’écriture d’un poème, enfin pour moi — je ne peux pas parler pour les autres… C’est jouer avec les sens, les degrés, les sonorités, la musique des mots. J’ai flashé sur l’expression « fais-moi la mort » et j’ai tricoté autour.

    S’il faut que je le spécifie, je l’ai écrit avant de vous le dédier, j’y voyais trop un lien, après-coup : la blogosphère nous faisant la mort.

    Jean Vitchier,

    « Je riais, j’étais jeune et provocateur, mais des fois j’ai tendance à niaiser futuriste et ça m’écoeure en tabarnac! »

    une idée, dès qu’elle est conscientisée, est déjà dans le royaume du possible. Si on arrive à l’avoir, c’est qu’il y a un chemin qui se traçait. Et ça n’a rien à voir avec le destin!

    Violaine,

    coucou!

    « Crains pas que je vais refaire surface ailleurs avant longtemps! »

    Et n’oublie pas de me faire un autre coucou!

    Bon sommeil en attendant, fais surtout de beaux rêves!

  10. Dino dit :

    Renart: J’imaginais bien que se fut écrit avant, sinon je serais prétentieux de croire le contraire hehehe

    Cool, merci de ton explication sur le poème. Parfois l’art garde ses mystères même au travers de son expression.

    🙂

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