Contrecoups de la mondialisation

J’ai lu une nouvelle qui est sortie voilà deux semaines et je l’ai laissé sur la glace, question de voir si elle exploserait comme du maïs soufflé. Résultat : on ne pourrait même pas appeler ça un feu de paille…

Pourtant, « le stratège géopolitique de la Financière Banque Nationale Pierre Fournier » a concocté une étude nommée « Obstacles structurels à la croissance dans les économies avancées » où est développé l’idée que les « pays riches sont condamnés à vivre plus pauvrement » à cause, entre autres, du laxisme passé de certains :

Des gouvernements à courte vue et des entreprises en quête de profits rapides se sont aussi plu à croire et à faire croire que le transfert de leurs emplois manufacturiers vers la Chine ou l’Inde n’était pas grave et était même souhaitable parce qu’ils seraient remplacés par d’autres, mieux rémunérés, dans les services, les hautes technologies ou ailleurs. «Cette illusion était d’un optimisme délirant, constate aujourd’hui Pierre Fournier. On n’est jamais parvenu à remplacer les emplois perdus, et bientôt c’est la Chine et l’Inde qui nous vendront des autos et des avions.»

Est-ce qu’il faut que je souligne que ce constat ne vient pas d’un obscur blogueur de gauche, mais bien de quelqu’un qui a un poste de premier plan dans une banque?

Et ce qui est sidérant, après avoir bien vérifié, c’est qu’il n’y a qu’un seul article qui en parle, et il est paru dans Le Devoir (l’hyperlien est plus haut – le dernier, en fait). Et avec le nuage gris qui se dessine au-dessus de l’économie au niveau de la reprise post-récession, est-ce que cela expliquerait ceci?

J’en ai bien l’impression.

(Photo : choudoudou)

Ce contenu a été publié dans économie, opinions, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

33 réponses à Contrecoups de la mondialisation

  1. Minarchiste dit :

    Quelques commentaires là-dessus:

    1) L’une des conséquences de la libéralisation du commerce international (ce que les gauchistes appellent la mondialisation) est le nivellement du niveau de richesse entre les pays en voie de développement et les pays riches. Plus d’égalité, n’est-ce pas ce que vous souhaitez cher gauchiste? Alors pourquoi s’affoler?

    La libéralisation graduelle de plusieurs pays, dont la Chine, a sorti un milliards de personnes de la pauvreté en un laps de temps relativement court. La conséquence inévitable est que ces pays deviennent plus compétitifs. Avec le lourd poids de leurs syndicats, il est très facile de concurrencer GM, Ford et Chrysler. Ces pays émergents maîtrisent des technologies de plus en plus avancées ce qui permet à leur niveau de vie de ratrapper le notre. Est-ce une mauvaise chose?

    2) S’il y a une chose sur laquelle l’emphase est mise dans le rapport de la FBN c’est bien l’endettement insoutenable. Cet endettement résulte de gouvernements qui vivent au-dessus de leurs moyens ce qui entravera la croissance future. L’augmentation soutenue de l’endettement est inextricablement liée à notre système monétaire déficient et se déroule tel que prévu par la théorie économique autrichienne.

    3) Quant au remplacement des emplois manufacturiers perdus, le rapport est plutôt flou. Il fait référence aux pertes d’emplois industriels aux États-Unis. Une bonne partie de ces emplois étaient reliés à l’industrie de la construction, dans laquelle le gouvernement américain a gonflé une bulle. Et comme la récession n’est pas entièrement résorbée (et ne le sera pas avant longremps), il est normal que le taux de chômage soit élevé.

    Si on prend le Québec comme exemple, beaucoup d’emploi ont été perdus dans l’industrie manufacturière durant les années 2000s. Pourtant, avant la récession, le taux de chômage était à un bas historique. Ces emplois ont donc été remplacés par de nouveaux emplois.

    4) Ceci étant dit, le rapport confirme la théorie autrichienne à l’égard du fait que « les nations avancées ont affaibli elles-mêmes les fondations de leur croissance ». À cet égard, je pointe du doigt les politiques ayant comme impact de décourager l’investissement à long terme; je fait évidemment référence à la création de monnaie dans le cadre d’une politique monétaire expansionniste. Quant les taux d’intérêt sont bas, les gens épargnent moins et s’endettent pour consommer. Encore une fois, nous récoltons les fruits empoisonnés d’un système monétaire déficient.

  2. Je n’aime pas ce commentaire teinté de nazionalisme corpo-fasciste de la part de Fournier.

    Je vais commenter ce que Pierre Fournier a dit

    « Des gouvernements à courte vue et des entreprises en quête de profits rapides se sont aussi plu à croire et à faire croire que le transfert de leurs emplois manufacturiers vers la Chine ou l’Inde n’était pas grave et était même souhaitable parce qu’ils seraient remplacés par d’autres, mieux rémunérés, dans les services, les hautes technologies ou ailleurs. »

    Les États ont provoqué des délocalisations par leurs entraves au libre-marché. En ce qui concerne les entreprises, tant pis pour eux! Cependant, il y a eu d’autres emplois, et d’autres vont être créés, surtout si l’État cesse ses entraves au libre-marché.

    Évidemment, si les États continuent à subventionner ce qui n’est pas rentable, il y aura des pertes d’emplois.

    « Cette illusion était d’un optimisme délirant, constate aujourd’hui Pierre Fournier. On n’est jamais parvenu à remplacer les emplois perdus, et bientôt c’est la Chine et l’Inde qui nous vendront des autos et des avions. »

    Le Québec ne construit plus de voitures, subventions à l’industrie automobile ontarienne obligent, et ne construit presque plus d’avions, subventions aux fédérâleux de Bombardier obligent! Mais d’un autre côté, je suis heureux pour les Indiens et les Chinois!

    Il est temps que l’Occident subisse le retour du balancier!

  3. Darwin dit :

    Et ce qui est sidérant, après avoir bien vérifié, c’est qu’il n’y a qu’un seul article qui en parle, et il est paru dans Le Devoir»

    Moi, cela ne m’étonne pas vraiment…

    Je partage quelques points de l’analyse de Pierre Fournier telle que rapportée par l’excellent article d’Éric Desrosiers. Il est par exemple vrai qu’on ne peut s’attendre aux taux de croissance observés depuis 1945. En plus de certains des arguments mentionnés par M. Fournier pour soutenir cette conclusion (dont les effets du vieillissement de la population), j’ajouterais la hausse de la scolarité et l’entrée massive des femmes sur le marché du travail depuis au moins 30 ans. Comme la croissance de ces deux facteurs est maintenant derrière nous, on ne pourra pas compter sur eux à l’avenir.

    Cela dit, je conteste le titre de l’article (Les pays riches sont condamnés à vivre plus pauvrement) et le sous titre (Inévitable baisse du niveau de vie). L’étude ne parle pas d’une baisse de niveau de vie, mais bien d’une baisse relative («Notre niveau de vie va baisser en termes relatifs»), c’est-à-dire que l’écart entre les pays pauvres et riches rétrécira et que la croissance sera moins forte dans les pays riches. Baisse de croissance ne veut pas dire baisse de niveau de vie. Cela est une confusion classique chez les titreurs des sections économiques des journaux.

    À moins que M. Fournier ne pense à la dégradation de la qualité de vie due au réchauffement climatique et à l’épuisement graduel des ressources qui entraînera des hausses de prix et des explorations de combustibles fossiles (comme le gaz de schiste) dans des lieux habités… Mais, dans le contexte de cette étude, il est clair qu’il associe directement le niveau de vie au PIB par habitant. Et cet indicateur ne baissera pas selon lui, mais augmentera moins rapidement qu’avant.

    @ Minarchiste

    «Une bonne partie de ces emplois étaient reliés à l’industrie de la construction, dans laquelle le gouvernement américain a gonflé une bulle. »

    Hum… Le graphique de Paul Krugman à http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/08/24/hangover-theory-at-the-fed/ montre bien que l’emploi a baissé encore plus dans le secteur manufacturier que dans la construction. Et rien ne vient appuyer votre affirmation que les industries touchées étaient en lien avec la construction.

  4. Minarchiste dit :

    @Darwin

    J’ai justement commenté ce billet de Krugman la semaine dernière.
    Voici ce que ça donne sur ce point en particulier:

    Dans ce billet, Krugman nous montre un graphique montrant les pertes d’emplois cumulatives du secteur de la construction comparativement au secteur manufacturier. Il tente ainsi de démontrer que le problème de chômage aux États-Unis n’a pas été causé par du sur-investissement dans la construction et donc une inadéquation entre l’offre et la demande de travailleurs. C’est en quelque sorte un affront à la théorie autrichienne des cycles économiques.

    Cependant, peut-être que si les pertes d’emplois du secteur manufacturier ont été plus élevées que celles de la construction, c’est parce que l’industrie manufacturière est beaucoup plus grosse que celle de la construction? Dans ce cas, il faudrait observer le taux de chômage dans chacune de ces industries, n’est-ce pas? Pas besoin d’un prix Nobel pour penser à ça! Le tableau ci-bas parle de lui-même…(voir le lien)

    Le taux de chômage dans la construction est de 20.1% alors que celui du secteur manufacturier est de 9.9%.

    http://minarchiste.wordpress.com/2010/08/26/krugman-versus-rajan-et-autres-stupidites-de-notre-nobelise-favoris/

    En fait, l’article de Krugman que vous citez montre à quel point ce dernier est malhonnête intellectuellement, chose largement reconnue par la communauté des économistes.

  5. Minarchiste dit :

    Quant à l’histoire complète de la crise financière, j’ai récemment publié ceci:

    http://minarchiste.wordpress.com/2010/08/18/les-bulles-speculatives-partie-3/

  6. renartleveille dit :

    Minarchiste,

    « 1) L’une des conséquences de la libéralisation du commerce international (ce que les gauchistes appellent la mondialisation) est le nivellement du niveau de richesse entre les pays en voie de développement et les pays riches. Plus d’égalité, n’est-ce pas ce que vous souhaitez cher gauchiste? Alors pourquoi s’affoler? »

    si je ne m’abuse, la critique de la gauche quant à la mondialisation au niveau de l’emploi concerne la perte d’emplois assez bien payés en occident pour des emplois discutables en orient… Donc, premièrement, un appauvrissement des travailleurs pour un enrichissement des patrons en occident, ce qui est loin de signifier l’égalité. Et c’est certain que si on regarde ça globalement, il y a plus d’égalité mondialement, mais ça me donne plus l’impression qu’il n’y a simplement que plus d’hyper riches un peu partout (en occident et en orient), avec le contrepoids des hyper pauvres qui se trouvent d’autant plus ailleurs (en Afrique par exemple).

    « 4) Ceci étant dit, le rapport confirme la théorie autrichienne à l’égard du fait que « les nations avancées ont affaibli elles-mêmes les fondations de leur croissance ». À cet égard, je pointe du doigt les politiques ayant comme impact de décourager l’investissement à long terme; je fait évidemment référence à la création de monnaie dans le cadre d’une politique monétaire expansionniste. Quant les taux d’intérêt sont bas, les gens épargnent moins et s’endettent pour consommer. Encore une fois, nous récoltons les fruits empoisonnés d’un système monétaire déficient. »

    Bien d’accord!

  7. Minarchiste dit :

    @Renart

     » un appauvrissement des travailleurs pour un enrichissement des patrons en occident, ce qui est loin de signifier l’égalité. »

    C’est faux. Cliquez sur le lien ci-bas, c’est justement un graphique de la Financière Banque Nationale. Il montre que la part du PIB mondial appartenant aux pays émergents remonte alors que celle des pays industrialisés diminue. Ce développement est peut-être mauvais pour les employés de GM qui gagnent $73/heure pour poser des boulons, mais il est bon pour les habitants des pays émergents qui voient leur niveau de vie s’améliorer.

    Les indicateurs de pauvreté ont d’ailleurs grandement reculé dans les pays qui se sont libéralisés en Asie et ailleurs (comme au Chili par exemple).

    http://minarchiste.files.wordpress.com/2010/08/nbf2.jpg

  8. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «En fait, l’article de Krugman que vous citez montre à quel point ce dernier est malhonnête intellectuellement, chose largement reconnue par la communauté des économistes. »

    Chose peut-être reconnue par les économistes autrichiens et monétaristes, cela je n’en doute pas une seconde. Quand les données réfutent leurs théories, ce sont bien sûr les données qui ont tort… Alors, pour la malhonnêteté intellectuelle, on repassera…

    Krugman ne prétend pas que, proportionnellement, les pertes furent plus fortes dans le manufacturier. Il présente ce graphique pour contrer l’argument voulant que les pertes d’emplois dans la construction créent un chômage structurel qui empêche les industries manufacturières d’embaucher. Jamais il ne niera que la construction a été touchée davantage que le manufacturier, ayant prévu la bulle immobilière pendant que les économistes néolibéraux la niait encore deux ans plus tard.

    Avec ce graphique, on voit que les industries manufacturières disposent d’un bassin de travailleurs formés pour cette industrie (Marx parlerait d’une armée de réserve de chômeurs… 😉 ). Le fait que le chômage soit plus élevé dans la construction n’empêche donc pas les industries manufacturières d’embaucher, ce qu’il voulait démontrer dans ce billet. Si vos économistes ont voulu lui faire dire autre chose, ils peuvent bien parler de malhonnêteté intellectuelle…

    «Cependant, peut-être que si les pertes d’emplois du secteur manufacturier ont été plus élevées que celles de la construction, c’est parce que l’industrie manufacturière est beaucoup plus grosse que celle de la construction? »

    Ça dépend de votre définition de «beaucoup plus grosse». En 2009, il y avait en moyenne 14,2 millions d’emplois dans le manufacturier par rapport à 9,7 millions dans la construction (ftp://ftp.bls.gov/pub/special.requests/lf/aat17.txt ). Les taux de chômage respectifs étaient de 19,0 % dans la construction et de 12,1 % dans le manufacturier, un écart moindre que ce que vous mentionnez (ftp://ftp.bls.gov/pub/special.requests/lf/aat26.txt). Comme le taux de chômage est historiquement toujours plus bas dans le manufacturier, cet écart n’est pas hors norme.

  9. Minarchiste dit :

    @Darwin

     » un écart moindre que ce que vous mentionnez  »

    C’est que moi j’ai pris les données de juin 2010, pas celles de 2009.
    Cliquez sur ce lien pour voir la répartition:
    http://minarchiste.files.wordpress.com/2010/08/employment_by_sector.jpg

    Quant à l’emploi du secteur manufacturier, il ne faut pas oublier qu’une portion significative de l’industrie manufacturière américaine est directement reliée à la construction.

    Par exemple, si vous fabriquez des pentures de portes d’armoires de cuisine, des aspirateurs centraux, des stores verticaux, des vis à gypse, des moulures en mdf, des robinets, etc…

    Il y a aussi eu beaucoup d’emplois affectés dans les services: agents immobiliers, notaires, décorateurs, paysagistes, arpenteurs, architectes, préposés aux prêts hypothécaires dans les banques, etc.

    Et que dire de l’industrie du bois d’oeuvre et autres matériaux de construction, qui ont connu tout un choc suite à l’implosion de la bulle…

    Ensuite, il faut considérer l’industrie du commerce de détail et les manufacturiers des produits que ceux-ci vendent. Parce que figurez-vous que beaucoup d’américains ont profité de la bulle pour réhypothéquer leur maison à une valeur plus élevée, ce qui leur a permis de hausser leur consommation. Après le passage de cette manne, le retour à la réalité a été plus difficile.

    En somme, le boum de la construction n’affecte pas seulement les emplois directs dans la construction. Ainsi, l’argument de Krugman est simpliste et déconnecté de la réalité.

  10. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «Ainsi, l’argument de Krugman est simpliste et déconnecté de la réalité.»

    Vous trouvez déconnecté de dire qu’avec 10 % de chômage dans le manufacturier (les données de juillet 2010, parlent de taux de chômage de 10,0 % pour le manufacturier et de 17,3 % pour la construction, ftp://ftp.bls.gov/pub/suppl/empsit.cpseea31.txt), les employeurs ne devraient pas avoir de difficulté d’embauche en raison du chômage dans la construction, alors que le taux de chômage dans le manufacturier était de 4,2 % en moyenne en 2007 (par rapport à 7,4 % dans la construction), juste avant la crise ?

    Je le répète, le billet de Krugman ne parlait que de cela ! Tout ce que vous dites après n’a aucun rapport avec l’affirmation que les employeurs auraient de la difficulté à trouver des travailleurs en raison du chômage dans la construction, argument que Krugman a démoli avec son billet.

    «En somme, le boum de la construction n’affecte pas seulement les emplois directs dans la construction. »

    Bien sûr que la bulle immobilière a encouragé les ménages à surconsommer et que son éclatement a eu des conséquences dans tous les secteurs ! Ni moi, ni Krugman ne nions cela…

  11. « La libéralisation graduelle de plusieurs pays, dont la Chine, a sorti un milliards de personnes de la pauvreté en un laps de temps relativement court. La conséquence inévitable est que ces pays deviennent plus compétitifs »

    Disons 100 millions de personnes, ce serait plus honnête.

  12. Minarchiste dit :

    @Darwin

    L’argument auquel Krugman s’attaque est le suivant:
    « today’s unemployment problem is caused by issues the Fed can’t solve, such as the mismatch between the skills of jobless workers and the skills that employers wanted.  »

    Je pense qu’énormément de chômage structurel est apparu suite à l’implosion de la bulle parce que beaucoup de travailleurs qui ont perdu leur emploi ont des compétences qui ne sont plus en demande (la bulle étant dégonflée) et qu’ils refusent d’accepter un emploi à un salaire plus bas que celui qu’ils obtenaient durant la bulle. Ce chômage structurel est prolongé par les actions du gouvernements, dont certaines visent à regonfler la bulle pour redémarrer la construction. Il faudrait que ces chômeurs finissent par se faire à l’idée que la bulle est finie.

    Krugman voudrait que les gens se remettent à s’endetter de façon à consommer et ainsi stimuler la demande. Or le problème de la crise que nous venons de traverser était justement trop d’endettement.

    Mais pour revenir à ce que je disais dans mon premier commentaire (et à quoi vous vous opposiez) est que l’étude de la FBN nous parle du chômage actuel comme étant un fléaut relié aux délocalisations d’emplois et à la mondialisation, alors que c’est le dégonflement de la bulle qui en est responsable.

  13. J’adore l’image. Rien de mieux qu’une promenade en felouque sur le Nil avec un bon Coke froid.

  14. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «Krugman voudrait que les gens se remettent à s’endetter de façon à consommer et ainsi stimuler la demande.»

    Encore de la malhonnêteté intellectuelle… Il aurait voulu un plan de relance plus vigoureux, entre autre autres en aidant les états et les municipalités, pour éviter qu’elle ne mettent à pied leurs enseignants, policiers et autres, comme beaucoup le font. Plus de personnes étant en emploi, il est sûr que la consommation serait repartie.

    Votre commentaire de 15h 31 disait bien que bien d’autres secteurs sont touchés. En fait, ce ne sont pas seulement la construction, ni les secteurs touchés par la baisse de la demande dans la construction, mais tous les secteurs. Les taux de chômage dans des secteurs absolument pas liés à la construction, comme l’hébergement et la restauration (11, 8 % en 2009 par rapport à 7,4 % en 2007), les arts et loisirs (de 7,3 % à 11,1 % entre 2007 et 2009) et les services d’enseignement (de 3,8 % à 6,6 %) montrent que le problème en est un de manque de demande, pas de manque d’offre. Il en est de même sur le marché du travail. Il ne manque de travailleurs dans aucun domaine. Ce n’est donc pas encore un problème de chômage structurel, mais de chômage conjoncturel. Pas encore, mais ça s’en vient…

    C’est sûr que, comme la Fed et le gouvernement ont tardé à agir, le chômage de longue durée a augmenté encore plus que celui de courte durée. À la longue, on pourra parler de chômage structurel, pas parce que les compétences ne sont pas dans les bons domaines, mais parce que les compétences se seront perdues.

    Ça, c’est la réalité, pas une théorie…

  15. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «Mais pour revenir à ce que je disais dans mon premier commentaire (et à quoi vous vous opposiez) est que l’étude de la FBN nous parle du chômage actuel comme étant un fléaut relié aux délocalisations d’emplois et à la mondialisation, alors que c’est le dégonflement de la bulle qui en est responsable.»

    Je me suis opposé à ça ? Ou ça ? J’ai écrit : «Je partage quelques points de l’analyse de Pierre Fournier», quelques points, ce n’est pas tous ! Et je n’ai pas mentionné la délocalisation !

    Disons qu’il y a plusieurs facteurs, mais je suis assez d’accord avec votre affirmation que la crise a joué un rôle beaucoup plus grand que les délocalisations.

    Ce que j’ai nuancé de votre commentaire (ce qui ne veut pas dire que je suis d’accord avec tout le reste, la vie étant trop courte pour tout commenter…) est l’affirmation qu’une bonne partie (combien ?) des emplois perdus sont liés à la construction. Si on parle de 20 ou 30 % ça peut aller, mais vous semblez écrire comme si c’était la part la plus importante. Avez-vous des données qui confirment votre affirmation et la quantifie ?

  16. gillac dit :

    Ce que peu d’occidentaux ne veulent voir, c’est la nécessité de revoir nos habitudes de consommation. Actuellement, il suffit que le prix de l’essence baisse un peu pour qu’on se remettre à faire l’achat de gros véhicules. Tout ça parce que les vraies conséquences de la récente crise et de la mondialisation sont camouflées par une stimulation artificielle de nos économies. Il faudra bien faire face un jour aux réalités suivantes: des gouvernements et des ménages surendettés, le vieillissement de nos populations, les bourses qui font du surplace, des taux d’intérêt ridiculement bas, etc.

  17. Minarchiste dit :

    @Darwin

     » Il ne manque de travailleurs dans aucun domaine. »

    Pourtant il y a des dizaines de milliers d’offres d’emploi non comblées.

    « (combien ?) des emplois perdus sont liés à la construction. »

    Impossible à déterminer.

     » Les taux de chômage dans des secteurs absolument pas liés à la construction »

    Les chômeurs reliés à la construction consomment moins, ce qui réduit la demande de ces autres industries dans une moindre mesure. Ces autres industries avaient aussi indirectement bénéficié du boum; il est donc normal qu’elles en souffrent.

     » le problème en est un de manque de demande »

    Et la solution est que le gouvernement s’endette pour dépenser? Inutile de poursuivre le débat Keynes vs Hayek ici.
    Néanmoins, ne faîtes que me nommer une période durant laquelle un plan de relance économique du gouvernement (de dépenses et non de baisses d’impôts) a réussi à véritablement relancer l’économie. J’ai beau fouiller et je ne trouve pas, mais peut-être pourrez vous m’éclairer?

  18. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    Même si j’en nommais, vous les nieriez comme vous avez déjà nié le rôle du New Deal. C’est bizarre que vous disiez ne pas vouloir «poursuivre le débat Keynes vs Hayek ici» et que votre question porte justement sur ce débat.

    Bon, pour vous faire plaisir : les plans de relance de tous les pays du monde l’an dernier et cette année. Ils n’étaient pas parfaits (on aurait dû entre autres nationaliser les banques à court terme comme en Suède au début des années 1990), mais ont su éviter le pire, même aux États-Unis. Et aucun n’a brisé de vitres pour les réparer !

  19. Minarchiste dit :

    @Darwin

     » le rôle du New Deal »

    Vous voulez rire ou quoi?

    Le taux de chômage a continué d’augmenter pour atteindre 25% en 1933. Il est par la suite demeuré au-dessus de 15% presque tout le temps et ce jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.

    Le New Deal a plutôt empêché toute reprise de perdurer, parce que pour le financer il a fallu que Roosevelt augmente le taux marginal d’impôt à 90%; et malgré cela, l’endettement du gouvernement est passé de 18% du PIB à 42%.

    Entre les années fiscales 1930 et 1932, sous la présidence de Hoover, les dépenses du gouvernement ont augmenté de +42%. L’élection du président Roosevelt en 1932 a assuré la continuité des politiques irresponsables de Hoover. L’économiste Murray Rothbard a d’ailleurs qualifié ces deux présidents de « jumeaux idéologiques ». Selon un des conseillers de Roosevelt, du nom de Rexford Guy Tugwell, le New Deal proposé par Roosevelt était une extrapolation des programmes précédemment initiés par Hoover. En 1934, les dépenses avaient augmenté de +97% par rapport à 1930. En 1936, l’année où le second New Deal a été mis en place, les dépenses du gouvernement avaient augmenté de +148% par rapport à 1930.

    Je vous demande de me parler d’un épisode où un plan de relance a fonctionné et vous me parlez d’un de ses plus lamentables échecs, la pire récession de l’histoire?

    Pour ce qui est de l’état actuel de l’économie américaine, il semble évident que les choses sont déjà en train de se retourner et qu’un double-dip se pointe à l’horizon, alors que le plan de relance a été gigantesque. C’est loin d’être une réussite pour le keynésiannisme.

    L’autre épisode où les prescriptions de Keynes ont été suivies à la lettre: le Japon des années 1990. Le Japon a tenté par tous les moyens de stimuler son économie. Ils ont maintenu les taux d’intérêt à 0% en créant des milliards de yens et engendré d’importants déficits gouvernementaux pour financer des dépenses visant à stimuler l’économie. De 1992 à 2000, le gouvernement japonais a mis en place 10 plans de relance économique totalisant plus de 100 billions de yens.Le déficit budgétaire du gouvernement a augmenté à 4.3% en 1996 et à 10% en 1998. Cette année là, le taux d’endettement du gouvernement a atteint 100% du PIB.

    En bref, ils ont appliqué la recette de Keynes. Les Japonais ont refusé de laisser la récession « guérir » leur économie. Ils se sont donc retrouvées avec des entreprises moroses et des banques « zombies ». Les mauvaises entreprises étant sauvées par l’État, elles sont demeurées en opération, créant un climat économique peu propice à l’entreprenariat, à l’innovation et à la croissance. Par ailleurs, entreprises étaient tellement endettées qu’elles n’avaient pas d’argent pour investir dans leur capital productif. Ils ont par conséquent fait en sorte de prolonger le marasme économique, lequel dure encore à ce jour.

    Je pourrais maintenant vous parler de la Grande Inflation des années 1970s. À cette époque, le gouvernement et la Federal Reserve ayant embrassé le keynésianisme, ceux-ci visaient un taux de chômage inférieur à 2%, et ce à n’importe quel prix (vous connaissez sûrement la courbe de Philips?). Pour ce faire, le gouvernement dépensait sans relâche avec de l’argent nouvellement créé par la banque centrale. Dans les années 1950s, qui furent très prospères en raison de l’après-guerre, la masse monétaire a augmenté de 23%. Durant les années 1960s, celle-ci a augmenté de 44%. Dans les années 1970s, elle a augmenté de 78%! Le résultat a été la stagflation; i.e. de l’inflation et du chômage en même temps.

  20. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «Inutile de poursuivre le débat Keynes vs Hayek ici.»

    Il est évident que vous ne vouliez au contraire que repartir votre cassette de propagande libertarienne, comme vous aviez commencé à le faire dans votre tout premier commentaire ici.

    Je n’ai même pas pris la peine de lire tout votre commentaire. Ça ressemble trop à du copier-coller, et moi, c’est VRAI que je n’ai pas du tout l’intention de perdre ma journée à recommencer cet éternel dialogue de sourds, qui détourne le sujet du billet et qui n’intéresse personne.

  21. Minarchiste dit :

    @Darwin

     » Ça ressemble trop à du copier-coller »
    C’est en effet du copier-coller, mais de mon blogue ou tout est bien documenté.

    « cet éternel dialogue de sourds »
    En effet, les keynésiens semblent incapables d’avouer qu’à chaque fois que leurs prescriptions ont été implantées, ça n’a pas fonctionné.
    Et lorsqu’on demande preuve du contraire, ça devient tout à coup une perte de temps.

    Mon tout premier commentaire ne détournait pas le sujet du billet.

  22. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «Mon tout premier commentaire ne détournait pas le sujet du billet.»

    Comme d’habitude, vous détournez le sens de ce que j’ai écrit. J’ai dit que votre premier commentaire était de la propagande libertarienne, pas qu’il détournait le sujet du billet.

    «Et lorsqu’on demande preuve du contraire, ça devient tout à coup une perte de temps.»

    Pour revenir au sujet du billet, lorsque je vous ai demandé des données sur la proportion des emplois perdus directement liés à la construction, j’ai eu droit à un laconique «Impossible à déterminer.». Bref, vos affirmations à ce sujet ne demeurent que des affirmations basés sur votre petit livre autrichien.

    Quant à votre demande de preuve, vous avez vous-même dit ne pas vouloir repartir un débat là-dessus. Je pourrais vous répondre 1938, vous reviendriez avec d’autre explications et vogue la galère !

    «C’est en effet du copier-coller»

    🙂

  23. Minarchiste dit :

    Je me demande ce que Krugman dirait de cela:

    « The ISM survey in August showed manufacturing managers’ desire to hire increased to 60.4, the strongest level since December 1983. »

    L’industrie manufacturière veut embaucher, mais les chômeurs n’ont pas les compétences et/ou refusent les salaires offerts.

     » un laconique «Impossible à déterminer »

    C’est impossible à déterminer parce que les données ne permettent pas de le faire. Ceci étant dit, les données ne permettent pas non plus de prouver que ce n’est pas le cas. L’absence de données au sujet de quelque chose ne signifie pas que cette chose soit fausse.

    « vos affirmations à ce sujet ne demeurent que des affirmations basés sur votre petit livre autrichien. »

    Et vos affirmations proviennent de votre petit livre keynésien.
    Cependant, dans mon post de 7h58, j’ai donné pleins de chiffres justifiant mes affirmations. Le « petit livre autrichien » colle excessivement bien à la réalité. C’est pourquoi il perdure depuis plus de 100 ans.

  24. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «C’est pourquoi il perdure depuis plus de 100 ans.»

    Dans des chapelles idéologiques, c’est vrai. Mais où est-il mis en application intégralement ? Bref, des données sur son application, cela n’existe juste pas…

    Même les néolibéraux appellent Keynes à la rescousse :

    http://www.leftycartoons.com/?s=keynes

  25. Minarchiste dit :

    @Darwin

    « des données sur son application, cela n’existe juste pas… »

    …tout comme il n’en existait pas avant l’avènement du keynésianisme. Maintenant nous en avons suffisamment pour rejeter cette doctrine et passer à autre chose.

    Par contre, nous avons des bribes de données indiquant que les politiques autrichiennes tiennent la route.

    Par exemple, le laissez-faire monétaire et fiscal qui a prévalu durant la dépression de 1920-21. Celle-ci fut assez sévère pour mériter le nom de dépression, mais elle fut très courte et la reprise a été très forte. Notez qu’elle avait été causée par l’excessive création de monnaie par la Fed pour financer la première guerre mondiale.

    L’effet stimulant des baisses d’impôt a aussi été largement démontré.

    Pour ce qui est d’un système monétaire sain tel que souhaité par les économistes autrichiens, l’État dévalue la monnaie depuis l’Empire Romain et probablement avant. Vous conviendrez donc qu’il est difficile d’avoir des données sur le comportement de l’économie dans un système monétaire sain puisque cela n’a à peu près pas été mis en place dans l’histoire. Peut-être pourrions-nous l’essayer pour un certains temps et voir ce que ça donnerait?

  26. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «L’effet stimulant des baisses d’impôt a aussi été largement démontré.»

    Les baisses d’impôt de Bush furent en effet révélatrices : taux de croissance faible par rapport à avant, passage d’un surplus budgétaire à un déficit, hausse des inégalités, etc. Comme 40 % des contribuables québécois (et canadiens) ne paient pas d’impôt (http://jeanneemard.wordpress.com/2010/08/14/ces-contribuables-qui-ne-paient-pas-dimpot/), ces baisses, qu’on subi depuis une dizaines d’années, ne peuvent que favoriser les plus… favorisés de la société ! C’est peut-être stimulant pour vous, mais pas pour moi !

    «Peut-être pourrions-nous l’essayer pour un certains temps et voir ce que ça donnerait?»

    Il y a un moyen bien éprouvé quand on veut des réformes, cela s’appelle la démocratie. C’est ce que je fais de mon côté avec des mouvements sociaux et Québec solidaire. Rien ne vous empêche de faire de même. Le «nouveau» (je n’y vois que les visages habituels…) Réseau Liberté-Québec devrait vous attirer…

  27. Minarchiste dit :

    @Darwin

    La démocratie ne sert à rien si la population ne comprend rien aux enjeux et se laisse berner par des politiciens enjôleurs.

    J’essaie plutôt de faire ma part en informant les gens, en les instruisant et en tentant de les intéresser aux enjeux économiques.

    Pour clore le sujet, s’il y a une chose qu’un économiste autrichien a pu apporter à l’humanité, c’est bien l’ouvrage « La route de la servitude » de Hayek. Il figure encore aujourd’hui parmi les best-sellers mondiaux et même Keynes n’avait que de bons commentaires à son égard.

    La version abrégée qui a été publiée dans le Reader Digest (et qui est plus accessible au commun des mortels) devrait figurer en lecture obligatoire à l’école secondaire. Il est primordial que les générations futures sachent éviter la route de la servitude.

  28. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «J’essaie plutôt de faire ma part en informant les gens»

    Ah oui, j’ai oublié de mentionner dans mon commentaire précédent que je tente de faire cela, moi aussi ! 😉

  29. Minarchiste dit :

    @Darwin

    L’autre lien intéressant entre l’éclatement de la bulle immobilière et le taux de chômage élevé est le fait que la baisse des prix des maisons a fait en sorte que beaucoup (voire la majorité) de gens se retrouvent dans une situation où la valeur de leur maison est nettement inférieure à l’hypothèque.

    Ceux qui sont au chômage ne peuvent donc pas vendre leur maison pour aller s’établir dans les régions où le taux de chômage est plus faible et où il y a des offres d’emploi correspondant à leurs compétences. Autrement dit, leur mobilité est négativement impactée par la baisse du prix de leur maison.

    Dans certains cas, ces chômeurs devraient fair défaut sur leur prêt et foutre le camp.

  30. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    «a fait en sorte que beaucoup (voire la majorité) de gens se retrouvent dans une situation où la valeur de leur maison est nettement inférieure à l’hypothèque.»

    Je ne nie pas ce phénomène au contraire. Par contre, «beaucoup (voire la majorité)», ça me semble beaucoup… Il y a quand même des propriétaires aux États-Unis qui n’ont pas d’hypothèque, ou dont l’hypothèque est à un niveau inférieur à la valeur de leur maison. Avez-vous des données là-dessus ? Et quel pourcentage d’entre eux sont en plus en chômage ? Et quel pourcentage de ces derniers pourraient vraiment trouver plus facilement un emploi en déménageant dans une autre région où ils n’ont aucun contact ?

    Je le répète, ce phénomène existe, aucun doute. Mesurer son ampleur est toutefois difficile.

  31. Darwin dit :

    @ Minarchiste

    À http://tinyurl.com/2aa4e2k , on trouve une analyse des travailleurs des États-Unis qui voudraient travailler à temps plein, mais qui doivent travailler à temps partiel parce qu’ils ne trouvent pas mieux. Cette analyse est intéressante, car, comme ces gens travaillent, on ne peut pas dire qu’ils n’ont pas les compétences pour les emplois disponibles, car, si c’était le cas, ils seraient en chômage.

    Or, la proportion de ce travail à temps partiel involontaire pour des raisons économiques (en raison d’un ralentissement de la durée du travail) a augmenté de 150 % depuis le début de la récession (de 2 % à 5 % des emplois). Cette augmentation est répartie non seulement dans toutes les industries – l’augmentation la plus faible, 44 % étant dans le secteur minier et la plus forte, 182 % dans l’administration publique (qui avait toutefois le taux le plus faible au départ) – mais aussi dans tous les genres de professions – les augmentations variant de 99 % à 150 %.

    Cette analyse va aussi dans le sens que le chômage et la baisse d’emploi ne sont pas dus à un problème structurel (les compétences des chômeurs et des gens à temps partiel involontaire ne corresponderaient pas à la demande des employeurs), mais bien à une demande insuffisante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *