Quand le Canada finance l'anglais au Québec…

Photo : Presse Canadienne / Ryan Remiorz

Photo : Presse Canadienne / Ryan Remiorz

On apprend via Le Devoir qu’Ottawa a injecté 45 millions dans les prestations de services de santé en anglais de 2008 à 2013, avec « la bénédiction du gouvernement du Québec ». Le problème, c’est que la langue est un domaine de compétence strictement québécois.

La santé est un autre domaine de compétence provinciale et pourtant, c’est « Santé Canada, de concert avec Patrimoine canadien », qui a injecté ces sommes par la voie d’un programme qui existe depuis 2004. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le pacte fédéral est loin d’être respecté.

L’anglais comme langue commune

Mais revenons sur le fait que tout cela se joue avec « la bénédiction du gouvernement du Québec ». S’il faut le rappeler, en 2004, c’était le Parti libéral qui était au pouvoir, celui-là même qui mettait et met toujours des bâtons dans les roues à la francisation des nouveaux arrivants en coupant les budgets alloués à ces programmes. Cette année-là, le gouvernement de Jean Charest coupait « plus de 50 % du programme d’intégration linguistique » et depuis, on continue de sabrer.

Et si on rajoute à ça le fait qu’on pousse l’immersion anglaise pour les francophones alors que les anglophones et les allophones dans le système d’éducation anglais n’y sont contraints d’aucune manière, il s’agit d’un effort de bilinguisation à sens unique.

Un bilinguisme de combat fédéraliste

Pourquoi Ottawa n’a-t-il pas plutôt pris ces montants pour les investir dans sa politique de bilinguisme ailleurs au pays, là où justement il y a un manque à gagner et où c’est légitime, puisque le bilinguisme se porte déjà très bien au Québec contrairement aux autres provinces?

Si vous ne le saviez pas, en date de 2011, c’est au Québec que l’on comptait le plus de personnes bilingues au Canada, devant le Nouveau-Brunswick, qui est pourtant une province officiellement bilingue.

Je ne dis pas ici que c’est une bonne ou une mauvaise chose, je parle d’équilibre, puisqu’il en faut pour préserver le fait français. La pérennité du français passe par son utilité. Plus on rend le français inutile, et pour les francophones, et pour les anglophones, et pour les allophones, plus il est voué à la minorisation et à l’extinction.

Et le bilinguisme que l’on tente de nous vendre et de nous imposer par tous les moyens ici participe à ce phénomène d’inutilité, ce que le linguiste Paul Daoust explique ainsi, en regard d’un constat historique :

Bizarre ce phénomène : arrivé à sa perfection, le bilinguisme, d’immense richesse qu’il est, devient un encombrement et la langue minoritaire ne se transmet plus. Ce phénomène se déroule tellement en lenteur que les minoritaires prennent du temps à prendre conscience de son degré de dangerosité. Il est très rare en effet qu’une chose saine en soi devienne mortelle quand elle devient le lot de tous.

D’ailleurs, le franglais semble être un stade de ce phénomène, particulièrement au Nouveau-Brunswick où l’influence du bilinguisme a dénaturé le français et non l’anglais. Idem au Québec, mais dans une moindre mesure.

Maintenir le poids de l’anglais

Parce qu’il ne faut pas se leurrer, le but de tout ça est de diluer tous les efforts mis pour le fait français, particulièrement pour le français comme langue commune. Le Canada ne veut pas du français comme langue commune au Québec, il veut le bilinguisme et il s’y affaire en faisait la promotion de l’anglais. Ces 45 millions dépensés en sont une des preuves.

Ce que le Canada veut pour le Québec, ce sont des francophones bilingues et des institutions bilingues pour que les anglophones et les allophones puissent avoir le choix de vivre seulement en anglais, si ça leur chante. Dans cette logique, il ne faut absolument pas que la communauté anglophone trouve la moindre occasion d’avoir à parler français, en dehors de sa bonne volonté.

Heureusement qu’il y a des anglophones francophiles et des anglophones simplement respectueux du fait que cette société est majoritairement francophone.

Ce que le fédéraliste ne veut pas, c’est qu’on n’ait pas le choix d’apprendre le français pour vivre au Québec. Ce qu’il veut, c’est qu’on n’ait pas le choix d’apprendre l’anglais pour vivre au Québec. Et pour arriver à ça, le fédéraliste veut un noyau dur d’unilingues anglophones au Québec. Accompagné bien sûr d’un fort contingent d’allophones qui ne parlent que l’anglais comme deuxième langue. Et, en parallèle, que les francophones trouvent de plus en plus arriéré de vivre en français, cette langue qui n’est pas celle du citoyen du monde.

Heureusement que les défenseurs du français et ce qu’il reste de la loi 101 sont là pour contrebalancer, même s’ils ont sur leurs épaules le poids d’un lourd passé qu’on tente par tous les moyens de faire oublier.

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