Black bloc – La police comme élément déclencheur de la casse?

 

En l’honneur de la manifestation de la nuit dernière, j’ai ressorti une vieille histoire des catacombes de mon blogue personnel.

Ça s’est passé en 2007, durant une manifestation à Montebello, dans le cadre d’un sommet. Patrick Lagacé avait pointé cette histoire qui avait été la première vraie victoire de la blogosphère. À partir d’une vidéo publiée sur Youtube qui a éveillé les soupçons, on a eu la preuve avec une photo (ci-haut) que la SQ avait infiltrée les manifestants — enfin, les casseurs, le bloc noir (Black bloc) —, parce qu’ils portaient tous les mêmes bottes, celles fournies par la SQ aux policiers.

Désolé, mais je ne crois pas que c’est l’exception qui confirme la règle. Cette histoire serait plutôt la pointe de l’iceberg. D’ailleurs, à mon réveil, ma conjointe, qui suivait ce qui se passait sur Twitter après que je me sois couché cette nuit, m’a rapporté que des personnes ont vu un casseur briser une vitrine puis s’être dirigé vers le cordon de policiers qui l’ont laissé passer. Malheureusement, après d’intenses recherches, je n’arrive pas à retrouver les tweets en question. Mais une recherche avec les termes « policiers casseurs » donne des résultats assez représentatifs du laisser-faire de la police devant les méfaits des casseurs.

Quoi qu’il en soit, j’avais déjà commencé la rédaction de ce texte avant qu’elle m’en parle, alors j’aurais tout autant pointé la chose. La tactique est assez fluide, quand même. Parce que la populace attend juste des histoires de casse bien tranchantes pour s’énerver le poil des jambes et mettre en contradiction le vandalisme (la destruction d’objets inanimés) et la violence envers des manifestants pacifiques. Justement, cette populace gavée aux grands titres et à l’information biaisée en faveur du gouvernement va-t-elle se rendre compte un jour que cette escalade ne peut pas seulement s’expliquer par la théorie des bébés gâtés?

Concernant les manifestants pacifiques, je reprends ici le témoignage laissé sur ma page Facebook d’une citoyenne qui y était :

Je reviens de la manif, le coeur oppressé. Je n’ai pas vu de vitrines brisées, mais je dois dire que j’étais vraiment à la toute fin de la manif. Oui j’ai entendu la police faire son annonce. Stupeur et consternation. Nous ne comprenions pas ce qui justifiait cette décision. Tout se déroulait à merveille. La police a chargé une partie des manifestants, les encerclant. Postés tout autour, nous essayions de parler avec eux. De temps en temps un policier s’énervait et nous chargeait à cheval. J’ai tenté de discuter avec un policier. Lui ai demandé de donner des directives à la foule pour qu’elle se disperse. Il m’a ri en pleine face. Arrogant et méprisant. Bin oui madame, c’est sûr que vous étiez venue pacifiquement! Et c’est alors qu’a commencé une course folle dans le centre-ville mais partout où nous allions la police nous attendait. Comment une foule de milliers de personnes peut se disperser en criant ciseaux? Nulle part où aller. Colère, rage. J’avais tellement le gout de riposter contre ces policiers imbus d’eux-mêmes! Moi une tranquille mère et étudiante de 32 ans. Ce soir, quelque chose s’est brisé en moi. Je sais que dorénavant, mon gouvernement est mon ennemi.

Et dans les médias sociaux, on félicite grandement le travail de CUTV (la télé étudiante de l’université Concordia), qui a transmis en direct des images de la manifestation, qui ont même été reprises par CNN. Les Justiciers masqués ont même fait l’apologie de leur travail, la petite équipe a donné une leçon d’objectivité aux grands, et ils ont rapportés un incident assez représentatif :

Même qu’à un moment, l’équipe a été aspergée, en direct, de poivre de cayenne ou de gaz irritant, ce n’est pas important. Ce qui est important c’est que cette petite équipe forcera sans aucun doute les grands médias traditionnels, même si leurs équipes sur le terrain ont également couru de grands risques, à opérer de grands changements dans les prochains jours.

J’ai été témoin virtuellement d’une multitude de témoignages pointant des violences injustifiées de la part des policiers qu’il m’est impossible de passer sous silence. Les policiers ont beau faire leur travail, on ne devrait pas frapper sur des gens levant les mains en l’air, sur des gens qui chantent, sur un petit couple se tenant main dans la main. On ne devrait pas frapper sur un jeune au point qu’il en vomisse.

 

Màj :

Par hasard, je viens de voir un tweet passer :

 

 

 

Aussi, un témoignage à lire absolument :


http://voir.ca/lea-clermont-dion/2012/04/26/les-coups-de-matraque/

 

Complément d’information :

 

 

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16 réponses à Black bloc – La police comme élément déclencheur de la casse?

  1. Le témoignage sur les agents provocateurs d’hier est fort troublant, mais il ne faut pas cependant se mettre la tête dans le sable: il est plus que probable que les BB d’hier aient été en grande majorité d’authentiques militant-e-s.

    Le Black bloc a été très très sélectif, selon ce que j’en ai vu, s’attaquant exclusivement aux banques et à la méga-librairie Chapters. Et plus tard, à la police, peut-être. La plupart des commerces ont été épargnés. Même de très chics commerces.

    Les méfaits sur des voitures civiles, par contre, et sur des vitrines de commerces indépendants, il est plausible que ce soit le fait de provocateurs de la police. Ou peut-être de gens désoeuvrés et/ou saouls. Mais quelles preuves on a?

  2. Peut-être pas des preuves, mais des témoignages. Je viens d’en ajouter une trace en mise à jour…

  3. Il serait préférable, alors, de surveiller les lignes de flics plutôt que les « casseurs ».

    Après le G-20, des individus qui n’avaient pas fait grand-chose ont été arrêté-e-s parce que des militant-e-s qui les avaient pris pour des flics les avaient photographié-e-s et présenté-e-s partout sur des sites web comme des infiltré-e-s.

    Si vous faites du « cop watching », assumez toujours d’abord que les manifestant-e-s cagoulé-e-s sont des manifestant-e-s véritables et attendez d’avoir des preuves tangibles avant d’agir. Peut-être que ce sont aussi simplement des gens qui DOIVENT protéger leur identité.

  4. Jean Temps dit :

    Meme commentaire que j’ai laisse sur le blogue de Jean Barbe. Mon temoignage de la soiree du 25 avril.

    J’étais présent à la manifestation d’hier soir, qui était massivement pacifique. J’aimerais déplorer l’absence de toute présence policière sur la rue Sherbrooke entre St-Denis et Guy. Le cortège s’étendait sur au moins 8 coins de rue, et les policiers se trouvaient en tête et en queue. Mais devant le bureau de Charest, personne… des caméras et un garde de sécurité attendent… Devant les banques, pas de police. Devant les commerces, pas de police. La rue Sherbrooke était une cible ouverte, pour les casseurs. N’est-ce pas le devoir de la police, que de protéger le bien public? De protéger les citoyens?

    Pendant ce temps, sur les fréquences radio, l’anti-émeute se positionnait sur René-Lévesque, à l’angle des rues ou ils sont intervenus plus tard. Un coup bien monté quoi!

    Et parlons en, justement, des casseurs. Ils sont tellement faciles à identifier. Ils seraient tellement faciles à arrêter, à isoler… Alors, pourquoi pas le faire? Toute la casse que j’ai vue s’est produite au moins 15 minutes avant l’intervention policière et seule la foule pouvait tenter, aussi bien que mal de contenir et de blâmer haut et fort ces quelques individus. Parce qu’on ne peut pas s’en prendre à quelqu’un physiquement, nous…

    Je répète, l’anti-émeute anticipait déjà la foule qui reviendrait plus tard sur Ste-Catherine… Personne ne surveillait la manifestation alors qu’elle avait lieu.

    Tous vêtus de noir, propres, trop propres même. À croire que leurs vêtements sortaient de chez le nettoyeur… Un sac en bandouillière tout neuf acheté dans un surplus d’armée, certainement bourré de briques et de pières. Que peut-on faire pour arrêter ces agents provocateurs, si la police ne le fait pas?

    Plus tard, j’ai croisé des policiers poster à un coin de rue en périphérie. À notre passage, ils blaguaient en nous identifiant comme « de futurs premiers ministres ». Nous n’avons rien dit, nous avons rien fait. Nous avons succombé à l’intimidation.

  5. Kamarad dit :

    J’encourage tous les organisateurs de manifestations à se doter d’un service de sécurité afin d’arrêter tous ces casseurs et faire la lumière sur cette supercherie si elle existe.

  6. J’ai la solution mais elle ne peut fonctionner que si vous êtes réellement solidaires.
    ,
    Décrochez.

    Imaginez: tous les étudiants menaçant de décrocher à la prochaine session, si on persiste à vouloir les ignorer ou à salir leur réputation. Imaginez l’embarras du gouvernement. Cela pourrait précipiter les élections et le renverser.

    Si vous êtes réellement solidaire, ça pourrait fonctionner (personnellement, je doute que vous soyez capable d’une telle audace).

    Dites-leur : Nous refusons de jouer votre jeu, si on refuse de nous prendre au sérieux et de vraiment nous faire une place dans cette société. Nous refusons de financer votre retraite, si vous refusez de financer nos études. Les soins de santé sont gratuits, pourquoi l’éducation serait-elle payante?

    Apparemment, la société préfère soigner ses vieux et négliger son avenir.

    Croit-on vraiment en l’avenir? Dans les discours, oui, mais dans les actes, c’est beaucoup moins clair. Pourquoi trouve-t-on les moyens en santé, mais pas en éducation? Parce que les électeurs âgés sont plus nombreux? Inconsciemment, peut-être…

    C’est un conflit de génération. Le gouvernement l’incarne, mais sachez que la réalité des choses est plus profonde. Il vient toujours un moment où une génération doit prendre ça place. Ce moment est peut-être arrivé pour vous.

  7. Sébastien dit :

    C’est exactement ce que je vais faire :
    je suis sur le point de terminer une maîtrise en ingénierie . J’était un peu hésitant à savoir est-ce que je continue au doctorat ou je me contente d’un M.Sc et sincèrement je suis tellement dégoûté par l’attitude générale du gouvernement et sur la gestion de nos université que je vais à la place me trouver un travail.

  8. Tellement dommage, vu tes capacités…

  9. Les organisateurs/trices seraient pas mieux que les flics en faisant ça. Vous voulez qu’il y ait un climat de méfiance parmi les manifestant-e-s?

    Ce sont les flics qui frappent les manifestant-e-s, pas le Black Bloc. Il va falloir que vous finissiez par comprendre qui sont les ennemis et qui sont les allié-e-s.

    Plus on essaie de contrôler une foule, plus il y aura de désordre.

  10. François P dit :

    Pour commenter ton message le Canadien Errant, effectivement, ceci s’avère une action irréalisable. Une action semblable a déjà été soulevé plusieurs fois dans le milieu étudiant, soit que tous les étudiants ne paient pas les droits de scolarité pour la prochaine session d’automne. Étant donné qu’il s’agit d’un geste individuel, c’est impossible que ça arrive. Il faudrait une mobilisation et solidarité imperturbable, encore là n’importe qui pourrait, dans le confort de son foyer, payer ses frais par internet. En ce sens, votre proposition revient à ce même esprit je pense. Je sais très bien que vous en êtes conscient. Qu’est-ce qui serait plus fort comme message, des étudiants qui font la grève, ou des étudiants qui décrochent tout simplement, laissant les institutions vident sans même n’avoir aucune inscription à aucun cours?

  11. M. dit :

    C’est quoi le rapport entre le copwatch et les individus cagoulés?

  12. M. dit :

    Bien d’accord. La dernière chose dont on a besoin, ce sont des fascifistes dans nos manifs!

    (fascifiste) – néologisme créé par les mots fasciste et pacifiste.

  13. Il y a eu 35 arrestations de « casseurs » hier. Combien de flics là-dedans? Combien de personnes peut-être innocentes accusées d’agression sur des flics parce que des « pacifistes » ont décidé de « faire la loi dans les rues », sous les applaudissements unanimes des médias?

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